Cataclysme italien ? Mais qui s'en étonnerait ?

L’Italie a voté. Les démocrates s’inquiètent. Les pro-européens béats aussi.

Le Monde du 6 mars 2018 Le Monde du 6 mars 2018

Le séisme de 2005 est loin d'être terminé. Puisque l'Europe est purement libérale, si loin des préoccupations populaires, rigidifiée sur son austérité, pourquoi en serait-il autrement ? Le tout dans un contexte de tensions migratoires où cette Europe est totalement impuissante ; où chaque pays se replie ; où la France accueille quelques milliers de réfugiés là où l’Allemagne en accepte plus d’un million et l’Italie plus de 600.000.

On ne peut oublier que la campagne électorale italienne fut particulièrement lamentable, démagogique et raciste, voyant se multiplier les promesses les plus incroyables de baisses d’impôts. Aucune perspective politique autre ne se dessinait, chez aucun des quatre partis qui dépassent les 10%. (le M5S, le PD, la Ligue, Forza Italia)

On ne peut oublier que ce pays, aujourd’hui largement xénophobe dans les votes, est encore foncièrement catholique et clérical. Le jeune dirigeant du M5S, Luigi di Maio (32 ans) multiplie d’ailleurs les accès de religiosité. Mateo Salvini, le dirigeant de la Ligue (45 ans dans quelques jours) proche de Marine Le Pen, finissait sa campagne, chapelet et évangile à la main, par une exhortation auprès de ses « 50.000 apôtres » (ses militants) : « Si chacun y met du courage et du cœur, cette année, la Pâques sera la fête de la Résurrection et de la libération. » L’Islam est visé (« L’Evangile ne dit pas qu’il faut accueillir tout le monde »), la Vierge annexée : « La Madonnina (la Sainte Vierge) veut ramener la sérénité en Italie. Un pays comme le nôtre ne peut que se définir chrétien. » (1)

On ne peut oublier que le publicitaire Matteo Renzi, dirigeant du Parti Démocrate (environ 17% hier) fut présenté comme le sauveur, le réformateur européen, le Macron italien qui voulait remplacer la vielle classe politique, par des médias français énamourés, qui ne cessaient de le porter aux nues, lorsqu’il dirigeait il y a peu, le Gouvernement italien. Voilà où mènent de telles politiques libérales et anti-sociales, organisant, entre autres joyeusetés, la précarité.

Il y a quelques jours, à Rome, je discutais - je ferraillais - avec un professeur d'économie italien « de gauche » qui insultait littéralement les français d'avoir voté non en 2005, disant que si l'Europe était malade et libérale, c'était à cause de ce « non ». Déni absolu de démocratie, le menant à affirmer péremptoirement que nous n’avions pas à organiser un référendum ! Le monde intellectuel à l’envers, la raison devenue folle, alors que Sarkozy et Hollande ont ratifié puis gravé dans le marbre ce traité dont nous ne voulions pas. Je crois que cet homme très intelligent, et dont la fibre sociale n'est pas en question, doit être scandalisé par ces résultats italiens. Mais il n'est clairement pas prêt à entendre ce qui se dit là à propos de l'Europe. Au moment où l'extrême droite italienne et la droite raciste font près de 70% des voix, en additionnant le mouvement 5 étoiles (32% !), la Ligue et Forza Italia de Berlusconi… 

Alors que la Hongrie (regard vers l'Amiral Horthy et son régime pro-fasciste), la Pologne (regard vers les gouvernements ultra-droitiers des années 20-30), l'Autriche (regard vers ces mêmes années trente)... connaissent aussi un glissement vers cet extrême mortifère, c’est bien le temps de nous souvenir que l'Italie fut le berceau du fascisme en Europe. Berceau et atelier expérimental où la droite se mit facilement à la remorque de l’extrême. Comme on le voit de nos jours.

Que faire ? Une réponse, en France, est dans le travail d'une opposition réelle et cohérente qui propose une autre Europe, un tout autre chemin. Qui tourne le dos à l'extrême droite et répond aux inquiétudes, aux peurs, aux colères par de toutes autres mesures. Voilà bien pourquoi les milieux d’affaires, par médias interposés, s’en prennent aussi violemment aux idées et aux personnes qui incarnent cette opposition populaire. C’est cette opposition qui a permis de freiner très fortement le Front National au premier tour des élections présidentielles avec le résultat obtenu par la France Insoumise et son candidat. L’enjeu est là : c’est une course de fond et une course de vitesse à la fois.

Voilà pourquoi l’an prochain, les élections européennes seront bien l’occasion de proposer une réelle double alternative : à l’Europe que nous subissons et à ce cataclysme en devenir si nous laissons le terrain aux extrêmes droites, comme c'est aujourd'hui le cas en Italie. 

(1) Voir cet article, d’un site d’extrême droite :

http://www.medias-presse.info/italie-salvini-avec-rosaire-et-evangile-aux-eveque-pro-migrants-levangile-ne-dit-pas-quil-faut-accueillir-tout-le-monde/88058/

 

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