8 mai : Comme un bruit qui court

Les bruits autour d'une commémoration sont de toute nature...

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- Pourtant, il n'y avait aucun, mais alors aucun bruit hier matin aux abords des Champs Elysées, déserts et gardés de loin comme de près par des centaines de policiers. Décidés à aller visiter l'expo "Rouge" au Grand Palais, nous avons vu un quartier en état de siège et totalement interdit à tout public ! Très compliqué d'arriver à l'expo (passionnante) avec les stations de métro fermées. L'exact contraire du 8 mai 1945 sur les Champs, pour une cérémonie qui prétendait commémorer cette date historique. Et le rappel du 11 novembre 2018, pareillement désert - 6 jours avant l'éruption de la crise des Gilets Jaunes.

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- En 1945, ce "bruit qui court" est celui de la capitulation allemande signée le 7 mai à Reims, quelques heures avant la capitulation officielle (qui avait été pourtant prévue, par tous les alliés, comme devant être unique) signée à Berlin le 8 à 23 h (donc, pour l'URSS, le 9 à 1h du matin en raison du décallage horaire.) Ce simple doublon marque déjà le début d'une autre guerre - froide.

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- Ce n'est pas un bruit qui court : Juste avant la commémoration de 2019, la tête de liste LREM aux élections européennes, Nathalie Loiseau, a parlé de relancer sa campagne en mai sur le mode de la Blitzkrieg. Un souvenir de son passage sur les listes d'extrême droite sans doute... et une référence particulièrement mal venue car le 10 mai 1940, Hitler lançait sa Blitzkrieg contre les pays occidentaux. Très mauvaise pioche. D'autant que dans un même élan de références historiques déplacées, elle ajoutait, en meeting ce 7 mai : «Nous sommes à Caen et ça ressemble un peu à un débarquement allié... Dans vingt jours, ce sera notre D-day». Comment dire... C'est cela une tête de liste aux élections européennes du parti qui dirige la France ?

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- 8 mai 1945, c'est le bruit étouffé du souvenir terrible des massacres de Sétif, Guelma et Kerrata dans ce qui était alors l'Algérie française. Si loin du discours émancipateur de Brazzaville, prononcé par de Gaulle en janvier 1944 !

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- "Comme un bruit qui court" c'est le titre de l'émission hebdomadaire sur France Inter, débarquée parce qu' « elle ressemble à un tract de la CGT, votre émission ! », d'après le reproche de la directrice, Laurence Bloch, adressé dès le mois de décembre dernier (1). Charlotte Perry, l'une des productrices, précise, amère : « les luttes sociales, ça fait un peu tache entre les paillettes, le champagne et les stars. On nous a dit : “c’est anxiogène” »... On apprend cela au moment où, ce jeudi, les deux invités de la matinale du jour sont... LREM. Ce qui pourrait amèner à dire « elle ressemble à un tract de Macron, votre radio ! » Mais ce n'est qu'un bruit qui court...

- Dans le réel de la vraie vie, le 9 mai 2019 est le moment de grève de tous fonctionnaires afin de protester contre le projet de loi sur le statut des agents de la fonction publique, présenté à l’Assemblée à partir du 13 mai. 13 mai, autre date historique au fondement de ce "coup d'état permanent" (comme disait François Mitterrand...) qu'est la Vè République. Ce jugement daté reste d'une grande actualité et n'est pas qu'un bruit qui court, nous le mesurons au quotidien...

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1/ Portrait (très) récent de Laurence Bloch : http://www.leparisien.fr/culture-loisirs/tv/laurence-bloch-forte-tete-de-france-inter-05-05-2019-8065809.php

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