Jeux malsains

Ils jouent avec les mots et les maux. « Je ne peux pas accepter la haine, la violence et l'irrespect. Dans une dictature on a le droit de le faire » Cette phrase sidérante a été prononcée par Emmanuel Macron !

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Cette phrase appelle deux remarques : cela donne aux dictatures le blanc-seing d'un « droit » à la haine, ce qui est pour le moins curieux dans la bouche d’un Président de la République. De fait, cela ne définit-il pas en creux son propre régime, celui qui impose tant de réformes anti-sociales, qui méprise et violente « Jojo le Gilet Jaune » comme les grévistes pacifistes ? Sans parler de la haine de classe qui s’écrit depuis des mois sur les réseaux sociaux de la part d’innombrables soutiers de LREM.

Plus d'un an après la multiplication de violences policières inadmissibles dans un Etat de droit, violences dont le pouvoir autoritaire est totalement responsable, voici que les bonnes âmes du macronisme sortent de leur léthargie coupable, terriblement coupable. Des éditorialistes et soi-disant journalistes les découvrent, sans parler de l’ineffable Anne Sinclair chez qui l’aveuglement est un naufrage. Jusqu'au Ministre de l'Intérieur et au Président lui-même. Mais voilà, le croche-pied fatal à la déontologie et à l’éthique ne date pas de jeudi dernier... Le croche-pied à notre Démocratie a des racines multiples. Et elle va très mal ! La réaction, quasi factieuse d’un syndicat de police en est un autre signe. Alliance Police parle en effet dans son dernier tract d’un « élan de désaffection envers l’autorité » dans les rangs de la police…

Concernant la « réforme », il apparait clairement que la stratégie du Gouvernement a été pensée très en amont. Non pas la bouffonnerie autour d'un âge pivot « provisoire », mais bien la com', la propagande et le choix du timing. Après avoir laissé les grévistes s'épuiser dans une grève longue et couteuse (et c'était voulu), suite à l'annonce de samedi, tous (à commencer par les médias) font comme si « emballé, c'est pesé ». Mais non, pas du tout. Le soutien à la grève perdure, comme le refus du projet. 7 ports sont bloqués, les raffineries aussi, les grèves de transports continuent, celles des enseignants, des personnels médicaux, des avocats aussi. Dans un contexte de mise en cause du droit de grève par intimidation, poursuites ou violences, les manifestations se déroulent un peu partout et ce jeudi est une nouvelle journée de mobilisation. 

Un seul mot d'ordre : retrait ! Pour - enfin - ouvrir des négociations. Et en finir avec les mensonges gouvernementaux. Car contrairement à ce qu'affirme le pouvoir et ses nombreux sbires, l'article 64 du projet de loi sur les retraites porte clairement sur la retraite par capitalisation et appelle à un recours généralisé « aux assureurs, aux gestionnaires d’actifs et au fonds de retraites supplémentaires »… 

Dans ce contexte, comment s’étonner que la CFDT et l’Unsa aient des problèmes avec leurs fédérations locales, où la grogne monte. Comment en serait-il autrement ? Laurent Berger s’est donc cru obligé de préciser : « On est loin d’être à la fin de l’histoire », et le patron de l’UNSA : « Nos revendications n’ont toujours pas abouti. » C’est le moins que l’on puisse dire.

Alors, il parait qu’il faut « savoir arrêter une grève », comme le répètent à l'envie Philippe, Pénicaud ou Riester (tiens, il existe… mais juste pour taper sur les grévistes, à Radio France et ailleurs) ? Oui, « il faut savoir arrêter une grève », mais pas dans cette malhonnêteté intellectuelle qui consiste à faire dire à l'auteur de la phrase le contraire de ce qu'il disait en 1936. Car Maurice Thorez le disait clairement en fin de cette citation tronquée : « Il faut savoir terminer une grève dès que la satisfaction a été obtenue. Il faut même savoir consentir au compromis si toutes les revendications n’ont pas encore été acceptées mais que l’on a obtenu la victoire sur les plus essentielles revendications. » C’était en juin, après les Accords Matignon qui instituaient la Semaine de 40 heures, les Congés payés, une forte augmentation des salaires et le libre exercice du droit syndical. En janvier 2020, les grévistes n’ont rien obtenu, que du vent.

Quand donc LREM va-t-elle arrêter de mentir ?

Quoiqu’il en soit, plus que jamais, aidons les grévistes en donnant aux caisses de grève, comme par exemple ici : 

https://www.cgt.fr/actualites/france/retraite/mobilisation-solidarite/caisse-de-solidarite-envers-les-grevistes

et en signant la pétition :  https://lapetitionretraite.fr/

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