1917 : vous reprendrez bien un peu d'Histoire ?

100 ans tout juste après la Révolution d’Octobre, on entend et lit de grandes et doctes choses ces derniers temps. Stéphane Courtois ou Pascal Ory ont sonné la charge.

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- Sur France Culture (mais pas seulement là), vingt ans après « le livre noir du communisme », Stéphane Courtois parlait de son nouveau livre sur - ou plutôt contre - Lénine. Et de prétendre tout simplement que Lénine en 1917 était « totalement déconnecté de la réalité de la Russie. » Ah bon ? Courtois venait pourtant d’évoquer les écrits de Lénine, laissant entendre qu’il connaissait bien ces lectures qu’il présente comme indigestes. Pour ne citer qu’une référence, quid du « Développement du capitalisme en Russie » ? Dans cette enquête sociologique avant l’heure, Lénine faisait un constat documenté, précis, chiffré, implacable de l’évolution de son pays en cette fin du XIXè siècle. Là comme ailleurs dans ses écrits, Lénine se montre particulièrement sagace, au courant de la vie économique, financière, politique de la Russie tsariste comme nul autre. C’est bien cette connaissance là qui fit de lui le fer de lance de la Révolution de 1917. Le portrait à charge de Courtois manque de l’élémentaire rigueur que l’on est en droit d’attendre d’un élève de 1ère - de l’élémentaire honnêteté que tout citoyen est en droit d’attendre de la part d’un « historien » aussi médiatique.

- Sur France Inter (mais pas seulement là), l’ « historien » Pascal Ory, Professeur d’histoire contemporaine à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, assène des évidences qui sont tout sauf des vérités historiques : « Comme Lénine, Trump a su parler à l’oreille de ceux qui se jugent dominés par un establishment, comme Lénine il bénéficie de tout un réseau d’agit-prop qui ignore souverainement les médias de référence mais qui irrigue efficacement les profondeurs du corps politique. » Ou encore : « Mussolini, c'était le Mélenchon de 1914. » Autrement résumé : tout est dans tout et réciproquement - et la rigueur historique, le sens de la mesure, de l’entendement - sans parler de l’esprit critique - sont jetés allègrement par dessus bord.

- Des historiens ? Mais il ne s’agit plus d’Histoire, juste de mensonges, d’amalgames bêtes ou d’invectives onctueusement sussurées. Avec Ory et Courtois, ce sont là deux cas d’école de la malhonnêteté  intellectuelle alliée à une totale et insigne paresse de la pensée. Ce n’est pas ainsi que le débat - indispensable et utile - sur la question centrale de cet évènement fondateur du XXè siècle gagnera en hauteur de vue. Que l’on ait le droit de raisonner, critiquer, d’argumenter ? Bien sûr ; et comment. Mais avec de la raison, du sens critique, des arguments. Pas avec de la mauvaise foi et des assertions totalement mensongères et purement haineuses. 

- Dès lors, où sont donc les vraies références historiques ? Par exemple à l’Assemblée Nationale où l’Histoire a droit de cité. Il y a quelques jours, le député F.I. François Ruffin évoquait Adolphe Thiers, avec une pertinence autrement en situation. C’est ici, c’est dans le combat politique au quotidien, que vivent les liens dialectiques entre Histoire et politique. Pas dans des déclarations outrancières d’histrions médiatiques rabaissant à ce point le beau métier d’historien.

- Le mieux est aussi de se plonger dans le réel des textes eux-mêmes, avec la publication ces jours-ci de "Lénine dans la Révolution", textes choisis par Francis Combes et Guillaume Roubaud-Quashie (édité par Le Temps des Cerises)

« Le peuple n'a pas besoin d'appauvrir le riche pour être heureux » Adolphe Thiers (1871)   https://twitter.com/Francois_Ruffin/status/921329052350337024

 

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