Un à un, les masques tombent.

Été 2018, deuxième été le plus chaud en France. C’est ce que l’on apprenait ce mardi 28 juillet. Plus qu’un symbole. Auquel s’en ajoute un autre : Édouard Philippe était l’invité d’honneur de l’université d’été du Medef, le jour de la démission de son Ministre de la transition écologique.

L’ancien dirigeant de la filière nucléaire Areva était à l’aise parmi les siens. En s’exprimant devant les journalistes, il avait l’air résigné, mais pas vraiment affecté, c’est bien parce que cette démission de Nicolas Hulot ne le surprenait pas. Combien de fois l’a-t-il retenu par la manche, lui et Emmanuel Macron en personne ? La dernière, c’était en plein coeur de l’affaire Benalla, le 27 juillet. L’info était passée tout à fait inaperçue, loin des radars braqués sur les Commissions d’enquête parlementaires, sans cesse empêchées par les petits soldats de la macronie. Or Hulot avait exigé d’urgence un rendez-vous en plein été, sans que cela soit même inscrit à l’ordre du jour de l’agenda du Premier Ministre. Ce n’était surement pas le moment pour le Gouvernement d’avoir, en plus, à gérer un départ sans cesse annoncé et retardé. Dont acte : le Ministre Hulot partirait en vacances. Cela laissait du temps pour penser la suite et songer à gérer la crise qui allait suivre. Car la démission ne faisait plus aucun doute - Monsieur Ushuaia avait déjà tellement perdu en crédibilité.

Alors bien sûr, aucune surprise, hier, du côté du pouvoir. Il n’y avait plus qu’à sortir le dossier « éléments de langage suite au départ de Nicolas » et à le faire circuler. Emmanuel Macron, machoire très serrée pour répondre aux journalistes depuis le Danemark où il se trouve en déplacement, s’y attendait depuis longtemps. Car Hulot a pris une décision « murie depuis de longs mois », comme il le précise lui-même. 

Et maintenant ? Le roi est nu. Après le barbouze violent de son entourage le plus proche, sa Ministre de la Culture, Françoise Nyssen, qui se moque des lois et de l’impôt, voilà son trublion écolo qui fait tomber un autre masque. Et qui dénonce pêle-mêle le libéralisme à tout crin de ce Gouvernement, la politique de Bruxelles, les lobbies, l’absence de toute volonté politique en matière écologique, le culte de la « croissance »…

Son constat est accablant : « Est-ce que nous avons commencé à réduire nos émissions de gaz à effet de serre ? La réponse est non ! Est-ce que nous avons commencé à réduire l’utilisation des pesticides ? La réponse est non ! Est-ce que nous avons commencé à enrayer l'érosion de la biodiversité ? La réponse est non ! Est-ce que nous avons commencé à se mettre en situation d'arrêter l'artificialisation des sols ? La réponse est non. » Sans oublier le nucléaire…

Tout en dressant ce constat sans appel de la macronie, cet homme empêtré dans ses contradictions ajoute, déplorant sa solitude : « au quotidien, qui j’ai eu pour me défendre ? » Il répond à sa propre question… en accusant  « en même temps » l’opposition qui n’aurait pas su « se hisser au dessus de la mêlée pour se rejoindre sur l'essentiel » et même la « société » qui ne s’est pas mobilisée pour le soutenir. Là, on croit rêver : « L’opposition » ? Mais depuis le début, dans les rues comme à l’Assemblée, la France Insoumise n’a cessé de proposer, de pousser à l’action et à l’urgence, se heurtant au refus et à l’obstruction des macronistes. La « société » ? Mais l’agriculture raisonnée, les milieux associatifs, les actions locales, multiformes, les réseaux d’Amap, sans aucun moyen, se battent au quotidien face aux subventions déversées aux tenants de l’agriculture industrielle, comme aux lobbies multiples du nucléaire, des pesticides, de l’automobile… 

Hulot, deuxième fortune du Gouvernement, accable donc l’opposition et la société, tout en assénant « en même temps » le pire des camouflets à Macron en personne, par la forme anti-protocolaire comme par le fond saignant des arguments imparables. « Je ne veux plus me mentir » disait Hulot en s’expliquant. Il refoulait donc et refoule encore, largement empêtré par ces quinze mois de totales contradictions. Fort bien, mais le problème n’est pas dans l’ego d’un homme. Il est dans le rapport à la parole publique. A sa place de Ministre d’Etat, se mentir veut dire mentir aux citoyens. Hulot dit donc clairement que, depuis quinze mois, il (se) mentait. Et nous le savions. Sa place, son rôle était bien de cet ordre : participer de l’édifice de mensonge, de propagande autour d’un soi-disant « nouveau monde ». Et tout s’effondre. 

Le vrai visage de la macronie se montre cet été à nu : cynique, manipulateur, menteur. Partout. Les masque tombent et la parole vraie, l’urgence politique véritable reprennent leur place. Et maintenant ? La crise est devant. Et les laborieux, les pitoyables éléments de langage de la macronie n’y pourront rien.

 

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