Les étranges leçons que l'on tire de l'histoire (4)

( L'introduction : les-etranges-lecons-que-lon-tire-de-lhistoire ; le premier chapitre : les colonisations et la lutte des cultures ; le seconde chapitre : La culpabilisation et la détestation de soi )Chapitre 3 : L'amour de soi sous la condition de l'amour de l'autre. L'occident est tiraillé entre un passé qui ne passe pas et sa volonté toujours présente de préparer « le nouvel homme », « l'homme de demain », le « vrai homme », « l'homme universel », bref « l'homme moderne », enfin advenu tel qu'il devait être.Car on ne cesse de nous dire ce qu'il faut être et où nous entraine inexorablement "le sens de l'histoire" (mondialisation, hypertechnicisme, métissage des cultures, etc.). Et il faudrait que l'on se réjouisse d'y être poussé malgré soi!

( L'introduction : les-etranges-lecons-que-lon-tire-de-lhistoire ; le premier chapitre : les colonisations et la lutte des cultures ; le seconde chapitre : La culpabilisation et la détestation de soi )

Chapitre 3 : L'amour de soi sous la condition de l'amour de l'autre.

 

L'occident est tiraillé entre un passé qui ne passe pas et sa volonté toujours présente de préparer « le nouvel homme », « l'homme de demain », le « vrai homme », « l'homme universel », bref « l'homme moderne », enfin advenu tel qu'il devait être.

Car on ne cesse de nous dire ce qu'il faut être et où nous entraine inexorablement "le sens de l'histoire" (mondialisation, hypertechnicisme, métissage des cultures, etc.). Et il faudrait que l'on se réjouisse d'y être poussé malgré soi!

Cela est d'autant plus paradoxal qu'en fait c'est précisément cette volonté qui l'a entrainé dans les pires catastrophes : lorsque l'on est en charge de faire advenir l'humanité, il n'est guère besoin de s'embêter beaucoup avec les individus qui ne sont pas d'accord.

 

 

Comment est-ce donc possible d'en arriver encore et toujours là? C'est que la confession des péchés passés permet de ne pas aller plus loin dans l'analyse des causes. La « modernité » actuelle condamne son passé, mais c'est pour se donner libre cours sur le présent – et surtout sur l'avenir.

 

Il faut reléguer le passé aux historiens : c'est affaire de spécialiste, de gardiens de musées. Nos aïeuls et nos ancêtres étaient des arriérés ; nous sommes heureusement sorti des siècles obscures, et ceux qui pensent qu'il ne faut pas se couper de ses racines sont eux-mêmes des arriérés qui veulent nous y ramener – sauf si ces racines sont étrangères. En ce cas, ils ont bien raison de demander le respect auquel ils ont droit, et qu'autrefois, et encore trop souvent aujourd'hui, on leur refusait.

 

Mais, disais-je, nous sommes sorti des siècles obscures : nous savons désormais que l'homme, le vrai, c'est celui qui s'efface pour accueillir l'autre.

L'amour de soi doit être soumise à condition - et c'est bien normal, car il peut conduire à des excès violents. Et cette condition est l'amour de l'autre.

 

On peut déjà faire remarquer que demander l'amour, c'est une condition un peu forte : on peut respecter l'autre sans l'aimer pour autant. On peut respecter la culture tibétaine sans désirer vivre soi-même dans un environnement extrême-orientale. On peut respecter la culture amazonienne, sans désirer vivre pour autant dans une forêt tropicale.

 

Mais non, si vous pensez cela, vous n'avez rien compris : si vous ne voulez pas vivre dans une culture, c'est que vous ne l'aimez pas – et si vous ne l'aimez pas, c'est que non seulement que vous ne la comprenez pas mais, en plus, que vous ne la jugez pas aimable. Et si vous vous comportez de manière sous-entendre qu'elle n'est pas aimable, il est manifeste que vous ne la respectez pas.

 

Préférez-vous vivre dans un environnement culturel plutôt qu'un autre? Vous stigmatisez l'autre, vous l'insultez – vous êtes racistes.

 

 

Pourtant, il ne faut pas être trompé par l'expression. La condition pour un « homme bien » n'est pas seulement d'aimer l'autre – non, la condition est que l'autre nous aime.

En effet, s'il ne nous aime pas, c'est bien la preuve que nous ne sommes pas aimables. Et si nous ne sommes pas aimables, la cause en est que nous n'aimons pas assez nous-mêmes. Il faut donc que nous changions notre comportement, que nous nous corrigions.

 

On dirait la modernité conquise par une version simpliste de la morale chrétienne : aimez votre prochain plus que vous-même et le reste suivra.

Dans ce bas monde, ce n'est malheureusement pas exact : car il est encore possible que, par pure considération politique, par exemple, un inconnu tue un inconnu dont le sort n'aurait pas été changé s'il avait davantage aimé son tortionnaire. La mort de bien des arméniens, bien des juifs, bien des palestiniens en porte témoignage.

 

 

Pourtant cette idéologie existe : si un chrétien blanc demande à conserver ses traditions, c'est un ringard qui n'a rien compris et qui respire encore les vieux relents de xénophobie – et on le lui fait bien comprendre.

Ce qui est plus étonnant, c'est que lorsqu'un musulman demande à conserver ses traditions, on dit qu'il est « progressiste » d'y accéder. La burka dans les rues? Pourquoi pas?! Ce qui compte, n'est-ce pas, est que chacun fasse ce qu'il veut.

 

Mais un catholique? Ce n'est qu'un « beauf ».

Au point même que, dans ces conditions, la démocratie devient un risque. Il ne faudrait pas que la majorité – dominante – des « beaufs » continue à imposer trop longtemps sa culture.

 

Quelle est donc la raison de cette différence de traitement? Lorsque le chrétien blanc réclame, ce serait être complice de sa xénophobie d'y accéder. Lorsqu'un musulman réclame, c'est être complice de xénophobie que de le refuser.

Évidemment, le chrétien de culture occidentale porte en lui les tâches du passé et il doit les laver dans un repentir et une affliction – c'est-à-dire une soumission – constante jusqu'à l'énoncé du pardon – c'est du moins ce que les « communautaires » nous font savoir en répétant sans cesse combien l'esclavage et la colonisation furent des horreurs : d'un point de vue historique, on le sait. Pourquoi continuer à réclamer? A dire que tous les ennuis en proviennent, sinon pour en demander des comptes encore aujourd'hui?

Mais il y a plus grave : c'est lorsque la gauche prend la suite. Et c'est la litanie des pauvres africains que l'on est venu chercher (par charter?) pour « construire la France ».

A une immigration diabolisée par la droite, s'oppose une immigration fantasmée par la gauche.

 

Après « nos ancêtres les Gaulois », voilà « leurs ancêtres, les constructeurs de la France » : inversion tout à fait significative. Mais pas plus exact. On avance!

 

Pourquoi donc cette différence de traitement?

Parce que les premiers, c'est la culture « ancienne » sur le territoire – et le passé est à honnir.

Et parce que les uns sont perçus comme les dominants, et les autres comme les dominés.

Et l'on retrouve ce que nous disons dans les chapitres précédents.

Mais il me semble qu'il y a plus : il y a aussi l'idée que la culture « ancienne », « déjà implantée » est forcément la culture « dominante ».

Ce qui donne l'occasion d'une certaine simplification : la culture de nos racines = culture dominatrice = relents nauséabonds.

 

Pourtant, il arrive bien des moments où la culture ancienne d'un lieu est remplacée par des ruines. Cela s'est déjà vu. Et certains, même, s'en sont plaints. Autrefois.

 

(Suite et conclusion sur le dialogue culturel : voir le dernier billet de la série)

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