Dérapages... Incontrôlés

Cela faisait envie : une série Arte sur un thème de société fort et actuel, avec Éric Cantona en prime ! Et pourtant... Petit coup de gueule.

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Comment peut-on à ce point passer à côté du sujet que l’on traite ?

Séquence après séquence, le réalisateur démontre méthodiquement à quel point il n’a rien compris à ce qu’il raconte, voire qu’il n’a même pas ne serait-ce qu’envisagé les thèmes de l’histoire qu’il met en images (un conte moderne, sombre et moral et, surtout, anti-libéral). Cette histoire, il la filme comme la plus convenue des séries américaines (les États-Unis pouvant être assimilés au cœur du libéralisme le plus destructeur qui soit - faut-il en rappeler les représentants les plus flagrants, qu’il s’agisse de Milton Friedman et ses Chicago Boys, Ronald Reagan ou, évidemment, Donald Trump ?)

Il fut un temps, pas si éloigné, où des apprentis cinéastes se déchiraient sur le thème “un travelling, c’est une affaire de morale”. 

Il serait temps que certains soi-disants réalisateurs retournent aux classiques - ceux qui ont cherché à transformer, dans le fond, le cinéma “classique”, justement. Il serait temps d’avoir un poil plus de culture (générale) qu’une vague pop-culture mal digérée. Il serait grand temps, même à la téloche, de s’interroger un tantinet sur le fond plutôt que de ne penser qu’au “cool” et à l’audimat (le cool pouvant par ailleurs être défini comme le non-style par excellence, l’antinomie du geste artistique, l’absence élémentaire de tout point de vue - ce dernier étant à la base de l’écriture cinématographique, soit dit en passant).

Quel dommage ! Quel gâchis.

Il y avait pourtant un sujet étonnant, un scénario malin, un casting en or, des décors globalement bien trouvés… Mais dès que la “mise en scène” intervient, tout cela se transforme en un quelque chose d’aussi lourdaud qu’informe, d’aussi grossier que vain. Quant à la musique… Bref, on l'a suffisemment subie pour ne pas développer.

DÉRAPAGES, d’après Pierre Lemaître

(Adaptation : Perrine Margaine / Réalisation : Ziad Doueiri / Production : Mandarin Télévision)

 

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