SONIA ROLLAND : Miss France « receleuse » d’un bien mal acquis ?...

Chaque fois qu’apparaîtra à la télévision ou sur un produit cosmétique le visage de Miss Sonia, nous y verrons désormais moins une icône noire que le symbole d’une beauté entachée par le scandale des biens mal acquis

Miss France et l'autocrate Miss France et l'autocrate

Le 28 mars 2021, le journal Libération révélait une information d’importance pour le peuple gabonais, confronté depuis plus d’un demi-siècle à la gouvernance autocratique de la famille Bongo : Sonia Rolland, ancienne Miss France 2000 d’origine rwandaise, avait bénéficié d’un appartement de luxe en 2003 de la part du président Omar Bongo.  C’est ce qui lui a valu, le 6 janvier, une convocation à l'Office central de répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) à Nanterre. Interrogée sur ce cadeau, Sonia Rolland a plaidé l’ignorance. Elle a dit plus précisément que non seulement « je ne pouvais pas refuser un tel don à 22 ans », mais elle n'avait pas assez de jugeote pour faire le lien avec les nombreux scandales de corruption, parus pourtant dans la presse depuis les années 1990, auxquels a toujours été associée la famille Bongo.

Pourquoi revenir sur une affaire suffisamment relayée par la presse ces dernières semaines ? Tout simplement parce qu’une collaboratrice de Sonia Rolland a envoyé un courrier, suivi d’appels téléphoniques plus ou moins agressifs, à une bloggeuse gabonaise, rappelant à celle-ci que ses compatriotes sont redevables à Miss France 2000. « Avec tout ce qu’elle a fait pour le Gabon, vous devez la remercier », écrit l’attaché de presse. Que la Miss incriminée cherche à préserver sa réputation, cela s’entend. Maintenant qu’elle se trouve dans le collimateur de la justice, il lui faudra désormais fournir la preuve de son apport au peuple gabonais, dont une bonne partie vit sous le seuil de pauvreté.

Un appartement d’une valeur de 800.000 euros pour des services fictifs lorsqu’une telle somme aurait pu construire de nombreuses écoles au Gabon. Miss France doit dormir la conscience tranquille comme Richard Attias, initiateur, aux côtés d'Ali Bongo, du gouffre financier New York Forum Africa, Laurent Joffrin, ancien directeur de Libération, qui avait pris, pendant un temps, le relais de cet évènement sous un autre habillage,  et beaucoup d’autres amis français des autocrates africains. Aujourd’hui elle n’a plus l’alibi de l’ignorance. La rencontre avec la police judiciaire tend à lui rappeler que son appartement relèverait de l’infraction de recel au même titre que les nombreuses propriétés d’Omar Bongo lui-même, acquises, pour l’essentiel, par le détournement des fonds publics d’un pays dont elle prétend promouvoir « l’image positive ». Qu’à cela ne tienne, désormais chaque fois qu’apparaîtra le visage de Miss Sonia à la télévision ou sur un produit cosmétique, nous y verrons moins une icône noire que le symbole d’une beauté malheureusement repoussante. A moins qu'elle fasse ce qui est juste...

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