LE SACRE D'ALI-FILS-DOMAR, PRINCE DES GABOUINS (Papa est mort, à moi le trône!)

 

[Toute ressemblance avec des personnes et un pays existants reste purement fortuite] 

Année 2009 au pays des Gabouins. Le président Bernard Bomango, au pouvoir depuis plus de quatre décennies, vient de mourir. D’éminentes personnalités du pays attendent l’annonce de la triste nouvelle dans une grande salle de réunion. La décoration y est somptueuse. Les murs sont ornés de photographies de l’ancien président en compagnie de ses pairs européens et africains. On peut admirer des photos où il pose avec six présidents françois : le Général des Gaulois, George Pamplemousse, Giscard-Destin-des-Diamants, François Mittän, Jack Chiprac, alias « Pompe-Lafrique », Nikolaï Zarkouzi. La salle est également agrémentée de gigantesques tableaux découvrant des paysages de puits de pétrole d’où jaillissent des flots de dollars des profondeurs de la mer, un camion transportant des grumes couverts d’euros, un téléphérique chargé de sacs de billets de francs CFA. Au-dessus de toute cette masse financière, le président Bernard Bomango est assis sur un trône, serrant un bâton de commandement serti de pièces d’or et de diamant.

Dans la salle, se sont réunies les personnalités suivantes :

  • la présidente du Sénat, Rosine Digombé.

(Elle devra assurer l’intérim de la présidence de la République et la transition vers des élections « démocratiques »)

  • Le président de l’Assemblée nationale, Jean-Guy Bizezâm.
  • La présidente de la Cour constitutionnelle, Magdalena Dibouotsâ
  • Le sécretaire général du parti politique GPD
  • Les généraux d’armée, Essone Meyâtt et Paulin Ledingue,
  • La mère du Prince Domar, Josépha Obalie.

Tout ce beau monde attend en silence l’arrivée de Prince Ali, successeur autoproclamé du défunt président. Prince Ali entre dans la salle titubant comme s’il était ivre. L’assemblée se lève, se tient debout la tête baissée.

Prince Ali

(l’air faussement triste)

Merci, vous pouvez relever vos têtes… Voilà, c’est officiel ! Papa est mort, le nouvel Etat, c’est moi !

Magdalena Dibouotsâ

(éclate en sanglots, s’affale sur la table, puis s’écrie)

Tchouooo ! Dieu qui tient le monde, c’est donc vrai ?... C’est donc vrai qu’il est parti ?... Comment est-ce possible ? Comment va-t-on faire avec tous ces fauves qui hantent dehors, prêts à se jeter sur nous. Prêts à s’emparer du pouvoir dont il a su les éloigner. 

Prince Ali

 Ça t’attriste qu’il soit parti… Quarante deux ans au pouvoir et tu es triste. Il était temps qu’il s’en aille. J’ai accompagné le Vieux pendant ses dernières heures. Il était au bout du rouleau. Surtout après le décès de belle-mère top-model. J’ai vu mon pauvre Papa. Il était crevé, lessivé, épuisé, usé. Et moi, je ne pouvais plus attendre un jour de plus, sinon je lui faisais un coup foireux à Papa.

(Jean-Guy Bizezâm jette un regard réprobateur à Josépha Obalie. Il veut qu’elle intervienne)

Josépha Obalie

Mé Ali, nous sommé un jour tristé. Pourquoi ké ti parlé commé ça ? ti ê misilmâ (musulman), ti a bi (bu) ou koua ?

(Prince Ali baisse légèrement la tête, se penche en avant, lève les yeux puis lance à sa mère un regard de gorille en colère) 

Prince Ali

Maman, ma petite maman, tu es folle ou quoi ?! Ne dis plus jamais une telle chose ! Moi boire quand je viens de recevoir un si grand, lourd et bel héritage. Tu ne sais donc pas que le pouvoir en lui-même rend ivre ?! Il est une drogue ! Tu n’as jamais vu Papa dans son char de commandement pendant les fêtes du 17 août ?! Tu ne l’as jamais vu plastronner devant ses collègues africains. Il était toujours ivre de leur en mettre plein la vue. Regarde toutes ces photos accrochées au mur. Regarde-les bien. L’or. Le diamant. Le fer. Le pétrole. Les dollars. Les euros. Ne vois-tu rien de totalement dément ?

(Prince Ali ouvre de grands yeux tel un ivrogne, puis poursuit)

Et présentement… présentement même, maman, je me sens comme si j’avais bu un tonneau de vin sauvage… ce vin qui attire les Gabouins au Carrefour Rio, le musungu. Je me sens comme si j’avais avalé un tonneau d’iboga toute une nuit.

(Prince Ali tape des poings contre sa poitrine)

Maman ! Papa est mort, papa est mort, à moua … à moua… le pays… à moua… à moua le POU-VOIR.

(Jean-Guy Bizezâm lève la main, la tête baissée)

Prince Ali

Oui, qu’est-ce qui a ? C’est quoi ton problème, Guy ?

Jean-Guy Bizezâm

Jé voulé jiste démadé, est-ce kon pé régadé une minuté dé silence ?

Prince Ali

Regarder une minute de silence, dire qu’il est président de l’Assemblée nationale, ce type. On croirait entendre Yembi. On dit « observer une minute de silence ». Quel con ?

(Prince Ali dodeline de la tête en signe de protestation)

… Papa est dans le silence éternel et tu veux lui accorder une minute de silence supplémentaire sur terre pourquoi faire ? Je vais présentement passer aux choses sérieuses.

(Magdaléna sort un mouchoir, se nettoie les narines avant de le passer sur son visage. Ses yeux sont rouges d’émotion. Elle trouve tout de même la force de prendre la parole.)

Magdalena Dibouotsâ

Prince Ali, je sais qué c’est toi qui commande métenaâ ; mais il y a quand même la Conssitution… la Conssitution stipilé qué…

Prince Ali

Je t’arrête tout de suite Mademoiselle ma belle-mère. Ne m’emmerde pas avec des histoires de Constitution. Même les Blancs eux-mêmes ne la respectent pas toujours, le truc à la con que t’appelles Constitution. Et puis, ce sont les amis français de Papa qui l’ont écrite, ta Constitution. Ils l’ont écrite pour que les choses se passent bien pour moi. Comme Foccart l’avait écrite pour que Papa succède au vieux Léon Mba. Et il faut que tu te mettes bien quelque chose dans la tête. Papa t’a mis là où t’es, pas pour faire respecter la Constitution, mais pour me faciliter la tâche. T’as été placée à la tête de ton machin constitutionnel pour que ce petit Judas de Medouneu ne vienne pas me faire des entourloupes juridiques avec son accent français imbécile. Franchement, les Fang et la langue française, ça fait vraiment deux.

(Prince Ali s’arrête, fixe Jean-Guy Bizezâm)

C’est pareil pour le vieux idzébi. Ça vaut pour la Rosine. Vous voyez, vous, la Rosine avec une tête de présidente de la République. Papa était vraiment fort en placement politique. En France, Rosine, un nom pareil convient à une nounou ou à une femme de ménage.

(Prince Ali se lève, tend les bras vers le plafond, le fixe avant de s’écrier) 

Papa ! Mon beau petit Papa ! Qu’est-ce tu étais fort ! Tu aurais pu faire d’un chien un Premier ministre et nul n’aurait trouvé à redire !

(Jean-Guy Bizezâm proteste du regard auprès de Josépha Obalie.)

Josépha Obalie

Ali, jé né tê pas élévé commé ça… un pé dé rêssépect pour tê zaînés. Cé né sont pas dê zânes.

Prince Ali 

Ânes et aînés, tu as vraiment une âme d’artiste, maman. T’entends comme ça rime. Bon, excuse-moi, je t’ai dit que le pouvoir peut être soulant, enivrant. Je me sens si puissant…

(Il s’arrête, observe une photographie de son père, la décroche et la tient des deux mains sous les yeux, puis s’écrie à nouveau) 

Vous tous, je vais vous dire !… Je viens d’avoir une révélation !… Je vous jure sur la foi d’un serment irrémissible que je serai plus puissant que Papa ! Il y a un connard d’écrivain médiocre fang qui, paraît-il, réside quelque part dans la brousse française de Champigny-sur-Marne... ce pauvre malade d'écrivain égaré a adressé une lettre aux jeunes Gabouins pour leur dire que moi, Ali, j’ai « le visage rond et mafflu de Bokassa, les lèvres d’une épaisseur ubuesque ». S’il veut filer la métaphore, ce connard d’écrivain raté, je vais l’aider. Je vais lui dire que je serai plus puissant que Bokassa, que Mubutu, que Sassou I & II, que le petit Hassan du Maroc, que le petit Sarkozy de France, que ce Négro métis qui est à la tête des Etats-Unis. Je serai Ali Ben Domar Bomango !

(Il frappe des poings contre sa poitrine à l’image d’un gorille tout en imitant l’accent de son père. Puis comme Léonardo Dicaprio dans le film Titanic, il hurle dans la salle)

 I am king of the world… I am the new king of Africa. Alors là, les Faure Eyadéma, les Kabila seront tous des nains, des pygmées à mes pieds. Je me hisserai sur un trône si haut… si élevé que… je ressemblerai à Godzilla à la pointe de la flèche de l’Empire State Building... aaaaarrrrgh !

(Josépha Obalie intervient à nouveau)

Josépha Obalie

Arrête Ali, ti m’inquièté… si ton père té voyê …

Prince Ali 

Il fera quoi s’il me voyait ?!... Mon père n’est pas Jésus. Il ne se relèvera jamais d’entre les morts ! Jamais ! Niet ! Il est fini. Refroidi en Léwaïgnie. Et puis, s’il a le culot mystique de ressusciter, alors là je le calcule de suite. Si son fantôme ou son avatar apparaît dans cette salle de réunion, je ne le raterai pas. Paf en plein visage ! Ce n’est pas au purgatoire que je le renverrai, mais direct illico dans les enfers où le feu ne s’éteint jamais.

(Il s’arrête et marche dans la salle, s’élance dans un monologue)

…Ressusciter mon, père ?... Il ne manquerait plus que ça… Quarante-deux ans de règne ? Ça ne lui a pas suffi pour qu’il vienne encore hanter ma salle de commandement. Il est mort, bien mort… je l’ai vu de mes propres yeux. Et à présent, je suis le nouveau capitaine du Titanic gabouin, n’est-ce pas général-caporal Ossone Meyâtt ?

(Ossone Meyâtt approuve de la tête)

Prince Ali

Et toi général-caporal chef Paulin Ledingue, tu ne dis rien ?

Paulin Ledingue 

Oui mon prince, jê fait commé ti as dit.

Prince Ali 

J’ai dit quoi ? Tu peux me rafraîchir la mémoire ? Je ne me souviens plus des instructions que je t’ai données.

Paulin Ledingue 

Ti as promis iné prime dé dix euros à tous lé soldats dé la Répoublique.

(Prince Ali fixe le général-caporal chef d’un air réprobateur)

Prince Ali

Les soldats de la quoi ?...

Paulin Ledingue

Tous lê soldats qui restéra à ta solde.

Prince Ali

Et tu crois qu’il y en a qui tenteront ne pas rester à ma solde ?...

Paulin Ledingue

Non, jé né lé pensé pas… surtout qué jé lêr ai ajouté 1 néro (euro) pour tirer sur tout Gabouin qui bougérrra contre toi, mon prince !

Prince Ali

Tu as bien fait… 1 euro contre la tête de tout Gabouin contestataire. Mais il faut quand même faire attention à la tête du faux-cul de Medouneu. Si sa tête tombe, ça peut provoquer des vagues.

Paulin Ledingue

Oui, jé lê bien précisé à tous lê zautres généraux-caporaux à qui jê donné un pé un pé.

Prince Ali

Tu as leur loyauté absolue.

Paulin Ledingue

1 mil-yong à chacun, ça t’achèté la loyoté absolie.

Prince Ali

Et le général-caporal Ossone Méyâtt. Quel est ton plan pour faire taire les gros connards ?

Ossone Meyâtt

Mon plan lé simple. Une taupe dans lé famille dé chaque gros constatataire. Une petite dose dé poison dans lé répas. Evacuation d’irgence à l’hôpital militaire. Issue fatale et finale.

Prince Ali

Génial, général-caporal. Voilà ce que j’appelle un plan génial. Papa est fort. Comment faisait-il pour trouver des perles comme toi. Et c’est à St-Cyr que t’as appris tout ça ?

(Le général-caporal n’a pas le temps de répondre. Jean-Guy Bizezâm veut prendre la parole. Prince Ali se jette dans son fauteuil, ramasse une poignée de cacahuètes et l’enfourne dans la bouche.)

Jean-Guy Bizezâm

 Bien…nous avons entendi la stratégie militê. Onze euros, soit 7500 fcfa, contre tout constatataire dans la rue. 1 mil-yong pour faire tê lé connard de Médouné et sa clique. Mainténâ, Prince Ali, qu’est-ce qu’on fait au plan pôltic ?

Prince Ali

(Regard de gorille en colère)

C’est qui « on » ? Désormais, il vous faut éviter ce genre de conjugaison ? Le nouvel Etat, c’est moi. Pas de « on » sous mon règne. Je suis le seul et l’unique décideur. La question est donc : qu’est-ce qu’Ali Bomango fait à présent ? La réponse est : Prince Ali n’a pas besoin des marionnettes de son Papa pour agir.

(Il se lève, ramasse une télécommande qui traînait sur une table basse et allume la télévision installée au fond de la salle. La chaîne de télévision France 24 apparaît à l’écran. Le journaliste annonce : « décès du chef des Gabouins dans un château espagnol… »)

Prince Ali

(Prince Ali éteint aussitôt la télévision)

Un château espagnol ?... Où cette salope est-elle allée chercher cette info ? Papa est mort dans un hôpital de luxe. L’un des meilleurs d’Europe. Mais alors ces François, ils ne laisseront jamais Papa tranquille. Pourquoi lui cherchent-ils encore des noises alors qu’il est mort ? Eux vont me voir et me sentir, ces François ? D’abord, il faut qu’au moins deux présidents françois viennent faire courbettes et génuflexions devant le cadavre de mon Papa. Sinon ils vont le payer cher. Parce qu’avec moi, ce sera du donnant-donnant. Win-win. Je ne leur donnerai rien si leurs journaleux merdeux me critiquent comme ils se sont foutus de la gueule de mon petit Papa. S’ils osent ça avec moi, je leur ferai manger du riz chinois sec.

Jean-Guy Bizezâm

Mais Prince Ali, ti as éteingné la trévision ? Tu voulais nous faire entende ta première décijion pôltic par la trévision français ?...

Prince Ali

Arrête avec ton français à la Yembi ! Trévision… Trévision… Bon je vais me passer des François. Je vais vous la dire moi-même en direct, les yeux dans les yeux, ma décision. Pour la gloire de mon père, de moi-même, de ma famille et de toutes les marionnettes de Papa, j’ai décidé en premier lieu de fermer toutes les frontières du pays. L’armée, la police, la gendarmerie, la douane, les mercenaires coréens, marocains et sud-africains, les milices cool-mondjers sont partout. J’ai décrété un couvre-feu dans les villes, les villages, les campements et la brousse. J’ai dit à tous les gardes-frontières de la forêt gabonaise : si un porc-épic étranger essaie de violer notre territoire national, abattez-le sans sommation. Faites pareil pour les oiseaux, qu’ils soient migrateurs ou pas. Des fois, ils transporteraient de mauvaises nouvelles. Des fois qu’ils pourraient ourdir des complots. On ne sait jamais ce que peut mijoter le petit futé de Medouneu. Déjà, il est allé annoncer sa candidature en Espagne. Juste pour me provoquer. Pour mettre en pratique ses théories savantes sur la subversion politique. 

Prince Ali

(lève la tête)

Quand je pense au petit futé de Medouneu, je vois Judas et ça me rend fou. Je savais qu’il serait le premier à me trahir. A remettre en cause ma succession. Il croit que je ne voyais pas son petit jeu auprès de Papa. Il a toujours voulu ma place. Je le voyais avec ses lèvres-là, plus grosses que les miennes qui roulent grossièrement l’accès français comme un pygmée. Des sourires larges destinés à Papa. Courbettes et génuflexions à répétition, chants de louanges tous les jours. A venir sonner, téléphoner à n’importe quelle heure pour se faire adopter comme moi.

Prince Ali

(relève la tête)

A tous les gardes-frontières, j’ai donné la consigne de faire du territoire gabouin une maison close. Garder toutes les portes closes. N’est-ce pas général-caporal Ossone Meyâtt.

Essono Meyâtt

Oui, mon bon Prince Ali. Vous avez résson ! Il né faut pas fê lê zistoi dé démocratie-là ! Cê lê zistoi dé Blancs. Prince Birinda des Pongwê, i disait : « lé pouvoi, ça né sé pa’tagé pas. Ça cé prend, cê tout ! » Je né voi même pas pou’koi il y à tou cé discuté.

(Le prince Ali se tourne vers le général-caporal Paulin Ledingue. Il veut son avis)

Paulin Ledingue

Yé di parè qué général-caporal Méyâtt.

Josépha Obalie

Mon pétit Ali, quand jé té mis au monde…

Prince Ali

Arrête, maman Josépha ! On ne va pas emberlificoter le monde toute notre vie ! Tous les Gabouins connaissent notre gros mensonge. Il est aussi gros que mon nez au milieu de mon visage. Mon nez n’a rien avoir avec celui de Papa qui avait des traits fins. Tout le monde sait d’où je viens. Et j’en n’ai rien à branler ! Rien à foutre comme ce Chinois dont Papa a acheté la place de Secrétaire général de l’OUA.

Dibouotsâ (corrige le prince Ali)

L’UA…

Prince Ali

L’UA ou l’OUA, qu’est-ce que j’ai à foutre ? Ce sont des machins copiés chez les Européens. Ce sont des trucs à Papa et de ses potes du Sénégal et d’Afrique du Sud. Que l’UA ne vienne surtout pas m’enquiquiner avec des discours sur la bonne tenue des élections démocratiques. Ces hypocrites ! Où est-ce qu’ils ont vu ça en Afrique, des élections démocratiques. Et Barack Obama, qui est allé faire son discours de prédicateur au Ghana : « Yes, Africa can ! Africa does not need strong men but strong institutions ». Franchement, il a gagné des élections avec de telles platitudes. Papa m’a dit un jour de sa voix éraillée de vieux singe crevé : « tu vois Ali, l’élection de Barack Obama indique le vrai danger de la démocratie. Voilà quelqu’un qui n’a aucune expérience politique et qu’on place à la tête de l’Etat le plus puissant du monde juste parce qu’il sait haranguer les foules ». J’ai regardé Papa et j’ai voulu lui dire « Papa, tu n’es pas bien placé pour dénigrer Barack Obama pour son manque d’expérience. Les François t’ont bien confié ce pays à l’âge de 30 ans, alors que tu débarquais de ta brousse de Léwaïgnie où tu posais des pièges avec grand-pa Basile ». Papa, futé comme il était, aurait répondu :

(Prince Ali imite la voix et l’accent de son père) 

« Au débit, lé vérê pouvoi, ti lé sê bien était pourr la Frrance. Cé bien pli tarrd qué jé suis vrément dévéni présidâ des Gabouins ! » Sur Barack Obama, Papa aurait ajouté : « Cé kilé dilà sur lé zintitutions, cé un pé nul ! Parecéké, lé zintitutions, cé lé zomes ki lé fon. Si lé zomes sont fêbles lé zintitutions sont fêbles. Si les zomes sont forts les zintitutions sont forts et révice et révéréça ! »

(Prince Ali a éclaté de rire après avoir imité l’accent de son père. Puis il s’est tourné à nouveau vers le général-caporal Ossone Meyâtt)

Prince Ali

Général-caporal, vous avez bien fait ce qu’il fallait !

Général-caporal Ossone Meyâtt

Oui, mon bon Prince Ali.

Prince Ali

Vous avez bien donné l’ordre à chacun de vos soldats de tirer sur tout Gabouin qui essaierait de contester mon pouvoir ?... 

Général-caporal Ledingue

Oui, mon bon Prince, jê ajouté 500 FCFA à chaque militê, qui a donc réçu au total ine prime dé 7500 FCFA pour tirer sur tout Gabouin et toute Gabouine qui bougérrrra. Et jê ajouté un pé un pé à tous lê zautres généraux-caporaux ! voilà !

Prince Ali

C’est bien… c’est même très bien, général-caporal Ledingue, c’est un très bon rapport. Vos postes sont garantis à vie. Et vous savez que nous sommes sur le même bateau. Si je sombre, il n’y aura aucune bouée de sauvetage pour vous. Il va de soi que vous coulerez avec moi.

(Pause)

… C’est surtout ce que veut ce type de Medouneu avec sa clique. Il s’est infiltré dans notre corps familial comme une sangsue. Il venait piquer dans mon assiette. Je le voyais venir avec sa grosse louche faire des discours flatteurs à Papa. Et voilà qu’une fois Papa mort, il veut me piquer ma place. Non mais, quel culot !

Acte II

Il est midi. Prince Ali déjeune avec les siens. On lui sert du vin. Sa mère proteste.

Josépha Obalie

Ali ti né pé pas… ti ê mizilmâ (musulman) !

Prince Ali

(regarde sa mère l’air ahuri, le verre de vin suspendu à hauteur des lèvres)

Bien sûr que je peux. Papa lui-même qui m’a converti, est-ce qu’il s'en privait ? Dans ce palais, ça a toujours été le banquet tous les jours.

(Fin du déjeuner. Prince Ali vient d’engloutir deux poulets entiers et l’équivalent d’un sac de patate. Maintenant, il fume un cigare, accompagné d’un digestif quand on lui apporte le téléphone. C’est un appel du président françois, Nikos Zarkouzaï)

Nikos Zarkouzaï

Cher Ali, je viens d’apprendre la triste nouvelle. Je voulais te présenter à toi et à toute ta famille les sincères condoléances de tous les François.

Prince Ali

Merci, cher Nikos, mais je ne vais pas te faire des larmes de crocodile. Je vais pas jouer les hypocrites. Il était temps que Papa dégage !

Nikos Zarkouzaï

Alors maintenant que le vieux est parti, on dit quoi ?! Quelles sont les premières grandes décisions que tu as prévues ?

Prince Ali

Je dis que j’élimine tous les connards. Ils commencent à s’agiter avec des trucs sur le respect de la Constitution. J’ai mon armée en or. Mes soldats sont partout. J’ai décrété le couvre-feu et tous mes soldats en or, ils ont reçu chacun une prime de 11 euros pour m’assurer leur loyauté absolue. Ils ont reçu pour ordre de tirer sur tout Gabouin qui tentera de bouger.

Nikos Zarkouzaï

11 euros pour une tête de Nègre, ça fait pas cher payé.

Prince Ali

Tu l’as dit Nikos, une tête de Nègre, ça vaut quoi ?! Rien !… On en trouve plein de têtes de Nègre partout à travers le Sahara, croquées par des chacals comme des petites boules de chocolat Lindt !

Nikos Zarkouzaï

Bon Ali, tu sais que tu as absolument le soutien de toute la Gaule et Navarre. Et pour te le prouver, je viendrai aux obsèques du Vieux avec tout le monde. Pompe Lafrique sera là ainsi que tous les anciens du RPR et quelques petits nouveaux de l’UMP. Il faut bien alimenter le réseau. Seulement pour ta succession, je veux un peu de maquillage démocratique, un scénario pas trop grossier, quelque chose qui donne l’impression de…

Prince Ali

Qu’est-ce que tu me chantes là ? Tu me conseilles de ne pas passer par mon armée ? Mais je l’ai entretenue pendant des décennies pour le jour d’aujourd’hui !...

Nikos Zarkouzaï

Cher Ali, l’armée est acquise à ta cause. Elle est à tes pieds. Elle est à toi. Tu la possèdes. Elle est ton bien. Ta femme. Elle ne peut pas te faire cocu. Mets un peu la manière dans l’affaire, histoire de s’amuser un peu.

Prince Ali

Ça ne me réjouit pas l’idée du jeu électoral. Il y a toujours un risque que les choses nous échappent… Surtout qu’il y a ce Judas qui était au ministère de l’Intérieur et que tu as bien connu. Il a toujours manigancé auprès de Papa pour essayer de me ravir le poste.

Nikos Zarkouzaï

Ah, tu veux parler de Baô Bamé ? C’est vrai qu’il n’est pas con, ce type… Mais tu restes le fils à Papa, il ne peut rien te prendre, ce sera illégitime aux yeux des Gabouins.

Prince Ali

L’un des problèmes est que ce Judas est un Fang. Et cette ethnie, tu ne la connais pas. Les Fang ont une saga qu’ils appellent le Mvet. On m’a rapporté qu’ils ont commencé à se rassembler, à affûter leurs armes pour soutenir leur Judas, qu’ils ont rebaptisé d’un nom étrange tiré de leur épopée.

Nikos Zarkouzaï

Tu ne vas quand même pas avoir peur des Fang ! Ils ne vont quand même pas te donner des boutons. Des gens qui chantent des contes et des sagas sont de grands gamins. C’est mon conseiller, Henri Guindé, qui me l’a dit. Il l’a lu dans un livre de Georges Balandier qui a étudié l’histoire et la sociologie des Fang. Ils chantent les exploits des héros imaginaires parce que dans la réalité ce sont des couards. Et tu sais clairement que si ces Fang veulent t’emmerder, on viendra t’aider à les mater.

Prince Ali

Je suis pas rassuré. On ne sait jamais ce qui peut arriver avec ces gens-là. Je sens qu’ils sont en train de préparer un mauvais coup.

Nikos Zarkouzaï

Les Fang, on s’en tape, je te l’ai dit. Nous te soutenons. La Gaule doit bien ça à ton père. Seulement voilà, il y a toutes ces grandes gueules de socialos, du FN, d’écolos merdiques, de l’Union européenne qui vont me casser les couilles si nous ne maquillons pas ton sacre par des élections bidon. C’est plus risqué les militaires que le maquillage électoral ?

Prince Ali

Les militaires ont bien imposé Faure Eyadema au Togo. On ne vous a pas emmerdé pour autant.

Nikos Zarkouzaï

Ecoute cher Ali, le pays des Gabouins n’est pas le Togo. Le Togo, tout le monde s’en fout. Est-ce qu’il y a du pétrole là-bas au Togo ? Ecoute, cher Ali, on ne va pas passer par un coup d’Etat militaire. Néanmoins tu as bien fait de distribuer 11 euros à tes soldats pour protéger ton pouvoir. On ira pour de pseudo-élections.

Prince Ali (silence) :…

Nikos Zarkouzaï

Il y aura des délégations européennes pour venir t’accorder la légitimité démocratique. J’ai téléphoné à Jean Yin, ton demi-frangin de l’UA. Il n’y voit pas d’objection étant donné que son obsession, c’est de toujours rester à la tête de l’UA. Il y aura donc quelques bouffons de l’UA et de l’UE. Ils seront logés, nourris et véhiculés à nos frais. Nous avons déjà sélectionné le meilleur hôtel de chez toi grâce à Google Map ainsi que les bureaux de vote qu’ils visiteront. Tu vois qu’on a tout prévu….

Prince Ali

Ok ! Allons donc pour le bidonnage démocratique. Let’s go fuck the Gaboons!

Nikos Zarkouzaï

Content de te l’entendre dire.

Prince Ali

Oui, on va boire à la nouvelle ère.

Nikos Zarkouzaï

Attends qu’on m’apporte un verre d’eau.

Prince Ali

Toi aussi hein Nikos, boire de l’eau par un jour pareil ?!... Tu ne peux pas faire une exception ?!

Nikos Zarkouzaï

Tu vois que je suis déjà tellement agité à cause de ces connards de François qui m’ont élu la veille pour me détester le lendemain.

Prince Ali

Oui, en fait, c’est quoi cette histoire que tu fais une chute vertigineuse dans les sondages… un de mes conseillers m’en a touché mot.

Nikos Zarkouzaï

Oh, les François sont un peuple éternellement frondeur, toujours animé par un terrible instinct régicide. Ils m’en veulent parce que je suis allé fêter ma victoire au Fouquet’s… parce que j’ai téléphoné à ton Vieux le soir même de mon élection… parce que je suis allé me reposer dans le yacht de mon ami Bolloré en Méditerranée au lieu d’aller habiter la fonction présidentielle dans un monastère comme je le leur avais promis. Voilà, ils veulent m’envoyer à la guillotine pour ça.

Prince Ali

Qu’est-ce que je n’aimerais pas être chef d’un Etat démocratique. Le mien, je vais tellement le verrouiller que les contestations de ce genre n’existeront jamais. Alors là, jamais ! Et  puis, il y a les fêtes gigantesques que je vais organiser ! Alors, je te dis des fiestas géantes comme au temps où je faisais des spectacles à la Michael Jackson avec mon pote Jimmy Pospstar. Non, ce sera pas les trucs pépère de Papa... Fête de la Rénovation ou de l'Indépendance tchatcha ozourdiyé !... Pas de conneries de ce genre ! Moi j'organiserai des carnavals avec de jolies putes brésiliennes... Et tu viendras si tu veux... Et tu pourras même emmener le vieux Giscard-Destin-des-Diamants... Je suis sûr que les gros culs, il adore toujours ! Je ferai appel à de beaux connards de France, Mathias et sa cocufiasse ; des mecs  d'Amérique et du monde entier. Et ma fête se nommera New Forum Africa pour Gabouins....

Nikos Zarkouzaï

Sur ce point, je suis 100% d’accord avec toi. Tu devras d’abord bien asseoir ton pouvoir pour t’assurer autant de mandats que tu voudras. Et surtout, n’oublie pas, j’aurai besoin te toi et de ta frangine en 2012.

Prince Ali

No souçaï, cher Nikos, il y aura toujours de grosses valises pleines pour toi. On lève les verres à 2012 alors.

Nikos Zarkouzaï

Pas si vite… D’abord à toi et à maintenant… Au nouveau président des Gabouins.

Prince Ali

 A l’avenir, cher Nikos.

Nikos Zarkouzaï

Pour mon avenir présidentiel, je n’ai aucune certitude. Disons plutôt à la Françafrique.

A suivre….

 

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