Humour noir : et si Pierre-Emerick Aubameyang avait été « marabouté... »

Oui, déclara Medzim-Nso-Nsol, c’est par une grande cérémonie de bénédiction œcuménique, associant l’ensemble de nos croyances mystiques, que l’on réussira à briser la boîte noire dans laquelle a été ligoté notre aigle.

Aubame, l'aigle en cage Aubame, l'aigle en cage
Saison 2019-2020, Pierre-Emerick Aubameyang était une étoile brillante au firmament du football anglais, terminant deuxième meilleur buteur de la Première League avec 22 buts. Cette place de second ne le satisfit guère. On le vit se jeter de dépit dans les bras de son père lorsque la première place lui échappa, quand bien même il avait réalisé un doublé face à Chelsea lors de la finale de la coupe d’Angleterre. 

Saison 2020-2021, l’étoile du Nord Gabon apparaît mourante. En douze rencontres, Aubameyang n’a marqué que trois buts, dont un de la tête contre son camp. Le comble de la Bérézina !

Le football est une science. Il se joue sur des formules rationnelles établies à partir des équations mathématiques. Un journaliste britannique l’a fait comprendre à Mikel Arteta, l’entraîneur d’Arsenal, cette année. Il lui a proposé d’optimiser la vitesse de Pierre-Emerick Aubameyang en le plaçant sur l’hypoténuse d’un triangle aux angles desquels évolueraient Eddie Nketiah et Alexandre Lacazette. Ainsi en va-t-il du sport européen avec ses valeurs pythagoriciennes. Mais des tréfonds de la canopée gabonaise, Medzim-Nso-Nsol, alias Hermès, le détective d’Afrique noire, spécialiste des investigations métaphysiques, propose d’autres outils herméneutiques. Ces outils qui, depuis la nuit des temps, nous ont toujours aidé à décrypter les énigmes les plus hermétiques. Pierre-Emerick Aubameyang en est devenu une. L’étoile gabonaise d’Arsenal semble peu à peu dévorer par le trou noir, un lieu, d’après le l’astrophysicien anglais Stephen Hawking, d’où l’on ne ressort jamais.

Or donc moi, Medzim-Nso-Nsol, esprit de la forêt, j’affirme que le lieu-dit « trou noir » n’existe que dans l’imaginaire des hommes blancs.  N’importe quel marabout le confirmerait ; il expliquerait aisément à l’aide des coquilles d’escargots ce qui arrive aux jambes de PEA au point que sa tête en vienne à marquer des buts contre son propre camp. Un journaliste anglais a parlé de cette singularité sur un ton ironique. Il y a vu le comble de l’humour noir. Quant à moi, Medzim-Nso-Nsol, je n’y trouve rien d’amusant.

Je vous le dis : les pattes et les ailes de l’aigle, Aubame, ont été ligotées, bâillonnées dans l’arrière-monde des ténèbres ; un monde auquel n’accèdent que ceux dotés d’une vue capable de traverser le mur des apparences pour aller explorer l’invisible.

M’bááne ! Voilà ce qu’on disait dans le temps, lorsqu’un aigle n’arrivait plus à attraper de proie au vol et était devenu aussi lent qu’un moineau repu de graines d’arachide.

M’bááne !  Aubame, fils d’Eyang, a été atteint par les coups de fusils nocturnes, tirés en escadrille au bord de l’Ogooué et du N’komo. Comment voulez-vous alors qu’il marque des buts si ses jambes ne le portent plus. Aubame est une victime mystique des combats de puissants sorciers. Il faut désenvoûter les pattes de l’aigle.

M’bááne !  Aubame, le fils d’Eyang, a quelque peu donné des armes à ses ennemis. Il est tombé des deux pieds dans leur piège en se pavanant, tel Otsadza, sur le toit de voitures clinquantes de luxe insolent, et aux tarifs plus affolants que les Lamborghinis du nouvel émir du Gabon. Naïf qu’il a été, Aubame, de promettre à son club d’Arsenal des performances absolues, alors que ses résultats en peau de panthère alarmaient déjà les pauvres Gabonais, jaloux du triomphe des Lions indomptables du Cameroun. Tapi au pied d’un arbrisseau, Gofio, l’oiseau des mauvais jours, sifflotait son inquiétude dans le bocage. « Qui a déjà vu un aigle dans une équipe de panthères ? », se demandait-il. Mais nul ne prêta l’oreille à son chant de malheur. Même pas PEA lui-même qui réclamait un avion de modèle Concorde pour aller jouer à trois heures de vol de Libreville. Le dernier voyage en Zambie fut aussi une alerte. Les joueurs gabonais furent maltraités à Lusaka. Les Gambiens rusèrent pour affaiblir leur corps, saper leur esprit en les obligeant à passer la nuit sur le parquet de l’aéroport. Au petit matin, Aubameyang a juré et promis : aucune manigance ne réussira à taire le rugissement des panthères. Surtout pas une équipe au nom ridicule de Chipolopolos. Ce commentaire, agrémenté de vidéos postées sur Internet, ne plut guère aux dirigeants du football africain. Ils infligèrent une amende à l’équipe du Gabon grâce à la baraka de leur capitaine qui revint de Lusaka sans marquer le moindre but.

Du haut de la canopée, moi Medzim-Nso-Nsol, j’ai appris qu’il faut d’abord essarter le chemin par la parole avant d’aller cueillir la fleur du Bien. Je viens de vous expliquer la cause de la chute de notre Aubame. Ses jambes ont été mystiquement ligotées, puis il a été enfermé dans une cage. Cette opération a un nom : M’bááne ! Elle a pour contre-opération Ande-Nkol-Ngou, le rite de purification. Toutefois, ce sera une illusion de croire que les seuls cultes pahouins suffiront à défaire les bâillons. Il faudra également activer les forces du Bwété mitsogo. Les esprits du Djobi téké-obamba. Les génies du Djembé myéné. Sans oublier les incantations délirantes des églises évangéliques du Christ ressuscité si nous comptons sauver Aubame. Oui, c’est par une grande cérémonie de bénédiction œcuménique, associant l’ensemble de nos croyances mystiques, que l’on réussira à briser la boîte noire dans laquelle a été ligoté notre aigle. Telle est la formule que Medzim-Nso-Nsol, l’esprit des futaies, vous propose afin que notre PEA national retrouve le chemin du but. Maintenant je rejoins mon nid à la cime des arbres d’où j’entends déjà monter vos rires sarcastiques. Si c’est le cas, j’aurais atteint mon BUT.  

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