Le Brexit expliqué par les principes de management interculturel

Peu de managers interculturels avertis seront surpris par la sortie de l’Europe du Royaume-Uni. À la lumière du modèle de management interculturel d’Hosftede se dessinent les caractéristiques des trois puissances européennes. Leurs différences expliquent ainsi les difficultés rencontrées.

Pour mieux comprendre les Britanniques et le Brexit, je vous invite dans un premier temps à relire ce qu’est la définition du management interculturel, d’après Hofstede.

Comment l’individualisme au Royaume-Uni impacte-t-il la sortie de l’Europe ?

Un de mes voisins me confiait récemment : « ces Anglais n’ont aucune reconnaissance ! Après toutes les exceptions que l’on a faites pour eux depuis le début… ». Les différences culturelles ne signifient pas qu’une attitude ou un comportement est plus adapté qu’un autre. Il est juste différent.

Individualisme et collectivisme en Europe © Hofstede Individualisme et collectivisme en Europe © Hofstede

Dans les cultures individualistes, le Royaume-Uni est nettement au-dessus de l’Allemagne et de la France (+20 points). Les comportements des ressortissants de ces trois pays seront donc différents.

Le conseil du coach interculturel :

Avec un score à 89, vous pouvez faire confiance aux Anglais. Un score d’individualisme élevé signifie que ces derniers s’en tiendront au contrat ou à l’accord signé. Ce qui est écrit est écrit. L’article 50 du traité sur l’Union Européenne permet au Royaume-Uni de sortir de l’U.E. Peu importe notre solidarité actuelle ou récente, les Anglais n’ont pas à avoir de reconnaissance par rapport aux exceptions faites pour eux : « Tenons-nous en à ce qui est écrit ».

Si vous faites des affaires avec des ressortissants du Royaume-Uni, qu’ils soient Anglais, Ecossais, Gallois ou Irlandais du Nord, ne perdez pas de temps dans en « socializing ». D’ailleurs, c’est une caractéristique des bureaux en Angleterre : après 17h30, il n’y a presque plus personne. Ce temps que vous avez économisé en ne participant pas à des activités sociales avec votre partenaire, investissez-le dans les pays où cela est efficace, ceux avec un indice inférieur à 50. Je pense à la Russie et certains pays d’Asie et du Moyen-Orient (lien vers un article à toi).

 Comment l’incertitude au Royaume-Uni impacte-t-elle la sortie de l’Europe ?

 Au sens du modèle de management interculturel Hofstede, l’incertitude indique le niveau auquel les personnes sont à l’aise avec les notions d’incertitude et d’ambiguïté. Avec un score à 35, le Royaume-Uni est à nouveau très différent des deux principales puissances économiques.

Le contrôle de l'incertitude dans le management interculturel © Hofstede Le contrôle de l'incertitude dans le management interculturel © Hofstede

Le nouveau report de l’Union Européenne ne fait que repousser l’échéance quant à cette question. Cette sortie de l’U.E n’inquiète-t-elle pas les Anglais ? Non, en tout cas pas autant que les Français les Allemands. Le niveau d’incertitude du Royaume-Uni est pratiquement au niveau de celui la Chine (30). Au Royaume-Uni, les citoyens vont se poser des questions pratiques. Ils savent que la vie est faite d’incertitudes et qu’il est inutile de passer trop de temps à vouloir planifier. D’ailleurs le bénéfice pour nous, Européens continentaux, est que si nous souhaitons effectuer une modification dans les négociations, ils n’en prendront probablement pas ombrage.

La recommandation du consultant interculturel :

Si vous devez organiser des postes pour une équipe multiculturelle, n’hésitez pas à donner celui qui est difficile à définir ou pour lequel la fiche de poste n’est pas suffisamment précise aux ressortissants des pays avec un indice d’incertitude élevée. Un Britannique sera tout à fait à l’aise avec des règles de fonctionnements peu claires et peu définies en amont. En revanche, pour un poste technique avec une description normative et assez détaillée, n’hésitez pas à embaucher un ingénieur français.

Comment l’indulgence et la retenue au Royaume-Uni impactent la sortie de l’Europe ?

 La dernière dimension pour laquelle l’écart entre le Royaume-Uni et le couple franco-allemand est significatif concerne celle du « plaisir contre retenue » (ou indulgence versus restraint en anglais) https://youtu.be/V0YgGdzmFtA

La dimension "plaisir et retenue" dans le Brexit. © Hofstede La dimension "plaisir et retenue" dans le Brexit. © Hofstede
Les Anglais font donc preuve de beaucoup moins de retenue. Mais dans quel sens précisément ? Cet indice montre la facilité avec laquelle une culture accède au plaisir. Appliquez cela au Brexit, c’est entendre les Français et Allemands dirent « nous avons signé, donc nous allons mettre le programme de l’Union Européenne en œuvre. Il y aura un certain nombre d’impacts dans notre droit national. Nous en acceptons les conséquences au détriment parfois de notre intérêt propre ».

De leur côté, les Anglais diront plutôt « c’est pénible cette Europe ! » « Quel fardeau, ce cadre juridique ! », ou encore « Mesdames & Messieurs les représentants de l’Europe, veuillez s’il vous plaît ne pas alourdir le processus par un excès de contraintes administratives. »

H2 Différences interculturelles et Brexit : que retenir ?

Le modèle de management interculturel d’Hofstede montre clairement que 3 dimensions (sur les six que présente le modèle) mettent en évidence des différences majeures : l’individualisme, l’incertitude et la notion de plaisir. Il apparaît donc que la sortie de l’Europe par le Royaume-Uni est une demi-surprise pour qui regarde cet événement à travers ce modèle.

Pour aller plus loin, nous pourrions nous interroger : pourquoi avons-nous laissé entrer dans l’U.E un pays à l’économie aussi puissante mais avec des différences culturelles si importantes ? Même si ce n’est pas d’actualité aujourd’hui, le modèle de management interculturel utilisé pour la formation des managers dans les entreprises pourra tout à fait servir à mesurer la « compatibilité » d’un nouveau candidat à l’entrée dans l’Union Européenne.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.