Les low tech sauveront-elles le monde? 1/3

Premier billet d'une série de trois sur les low tech, ces solutions techniques qui encouragent à la simplicité et à l'économie, refusant le gigantisme actuel. Nous présenterons maintenant ces solutions techniques pour un monde meilleur et reviendrons sur l'histoire des techniques sans sacrifier unilatéralement a "l'histoire des vainqueurs" qui pose comme naturel ce qui n'est qu'un choix politique

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Notre monde et nos sociétés foncent droit dans le mur. Nous le savons tous, mais nous continuons imperturbablement dans la même direction avec une obstination qui force peut-être l'admiration, mais qui pourrait se révéler catastrophique au final. Pour échapper à la Grande Catastrophe, plusieurs éléments sont a reconsidérer de A à Z :

  • Une société ou la consommation croit continument n'est plus envisageable,
  • Notre rapport de plus en plus pervers avec la vitesse n'est plus envisageable,
  • Une société qui produit de plus en plus de déchets, de mal vivre, de gens laissés sur le coin de la rive n'est plus envisageable.

Cette remise en cause radicale de notre mode de vie s'accompagne d'une autre remise en cause encore plus fondamentale, celle de notre façon de produire, ce qui implique toute notre société au travers de ce qui la fonde, sa production ce qui entraine des conséquence directe sur  nos produits de consommation, nos modes de vie, notre culture.

La thématique des "low tech" s'inscrit dans cette remise en cause singulière du gigantisme croissant de notre société : nous vivons environnés de monstres technologiques (en général ils n'apparaissent jamais comme tel) et nous dépendons de plus en plus d'eux. Le "Low Tec" implique de sortir de cette dépendance et de réaffirmer une autre façon de satisfaire nos besoins fondamentaux. Un mot d’ordre commun au « retour à la simplicité » est bien de choisir également la simplicité dans nos façons de produire.

Avant tout, l'objectif est d'arriver le plus simplement possible à donner une réponse aux besoins exprimés de la façon la moins couteuse possible. Elle demande également de se soucier de la réutilisation des objets ainsi créés et de la simplicité des techniques utilisées.

Il se caractérise par la mise en œuvre de technologies simples, peu onéreuses, accessibles à tous et facilement réparables, faisant appel à des moyens courants et localement disponibles (dont la réutilisation ou le recyclage d’objets et/ou de matériaux usuels).

Le Low tech est d'abord une manière de réappropriation des questions techniques pour les populations de plus en plus spécialisées dans une activité particulière qui les met en dépendance des producteurs de technologies. Cela se couple avec un processus de spécialisation géographique de production et de mondialisation croissante de celle-ci. Mais le paradoxe d’une société hyper-technicisée est la perte de compétence technique globale des populations. On sait faire voler des avions a vitesse subsonique, on sait mettre en œuvre des procédés d’intelligence artificielle qui passeraient pour de la science-fiction il y a quelques années, mais nous ne savons plus réparer un robinet qui goutte…

Retour sur l'histoire des techniques

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L'histoire des techniques n'échappe pas à cette loi tendancielle de toute histoire, c'est que celle-ci est le plus souvent écrite par les vainqueurs et ne fait pas justices aux thèses des vaincus. Et c'est tout aussi vrai pour l'histoire des techniques.

Pourtant un certain courant de sociologie des sciences a fait de "l'exigence de symétrie" un de ses impératifs principaux.  Cette exigence de "symétrie" impliquait que les mêmes critères soient appliqués "aux techniques qui marchent" et à celles qui "ne marchent pas". C'est un impératif qu'on peut également appliquer aux techniques, et on prendra exemple avec bénéfice des thèses élaborées pour l'histoire des techniques par Madeleine Alkrich, principale fondatrice avec Michel Callon et Bruno Latour de la "sociologie de la traduction". Celle-ci pense les sciences et des techniques non pas via un discours idéologique (technobéatitude versus technocritique) mais par rapport aux liens complexes qui s’établissent entre différents partenaires (scientifiques, ingénieurs, « décideurs », « banquiers » et simples quidams) et du réseau qui s’établi alors entre ces différents partenaires (volontaires ou contraint) On retrouvera également à disposition dans l'ouvrage d'un critique britannique des techniques  des outils indispensable pour pouvoir commencer à penser l'usage des low tech dans la situation présente.

David Egberton est un historien des techniques singulier, qui nous présente une nouvelle approche de sa discipline. Dans ses ouvrages (dont malheureusement un seul a été traduit en Français)  il prend le contre pieds d'une "histoire officielle des techniques" présentant celle ci comme une marche triomphale sans accident ni retours en arrière vers un progrès linéaire sans discussion possible. Surtout, il met en avant les usages réels des techniques à rebours de l'analyse traditionnelle qui met en avant les innovations et certaines inventions "emblématiques de l'époque".

C'est ainsi par exemple qu'il rappelle (au rebours de toute idée reçue) l'importance décisive du cheval dans la seconde guerre mondiale (l'armée allemande par exemple s'est dotée d'une cavalerie considérable pour investir l'urss, supérieure en nombre et en qualité a celle qu'avait utilisée Napoléon pour la même tache) Mais il fait aussi ressortir l'importance de technologie il faut prendre en compte une grande variété de technologies moins visibles mais non moins importantes, venant de diverses parties du monde, en particulier du tiers monde. Parmi ces exemples méconnus : les pousse-pousse japonais, les tracteurs soviétiques, les usines baleinières nazies, le pétrole synthétique espagnol, etc. C’est que nombre de techniques anciennes recèlent des potentiels de rénovation considérables, comme l’a montré le TGV pour le transport ferroviaire.

Le premier réside dans l’historicisation nécessaire des techniques, encore trop souvent détachées de leurs usages (eux-mêmes pluriels et potentiellement concurrents). Compliquer la relation entre innovations et dynamiques historiques permet de reconnaître aux techniques leur importance dans l’évolution des sociétés, au point de mettre en valeur un « quotidien des techniques2 » qui doit beaucoup au travail de l’historien britannique. La nouveauté technique n’est qu’un choix parmi d’autres possibles, choix incertain ouvert sur l’échec comme sur la réussite, et s’inscrit souvent dans la continuité avec les techniques anciennes plutôt qu’en rupture.

Un autre aspect généralement oublié dans l'histoire des tecniques est la question de l'entretien et de la modification des productions techniques, malheureusement trop négligées  L’historien se penche ensuite et successivement sur la production et l’entretien. C'est le passage ou se livre le mieux une ouverture sur l'ensemble du monde, et non pas les états "dominants" quand ce ne sont pas uniquement les métropoles impérialistes qui sont étudiées. 

. Elle est dans l’ensemble une réussite, par la comparaison des décalages et des symétries dans l’évolution technique des sociétés et des États. En particulier, l’étude des techniques en usage n’est pas cantonnée à un monde développé, mais également menée à propos du « monde pauvre », par exemple avec les bidonvilles (p. 73 et suivantes). Néanmoins, le livre tend parfois à l’accumulation d’exemples sans prendre toujours le temps de suivre les circulations techniques ni les « passeurs », malgré l’intérêt que présentent de telles études. Si le projet initial structure efficacement cette vaste fresque, abondamment documentée, le lecteur regrettera sans doute, parfois, des cas trop rapidement évoqués ou des indications imprécises. Pour n’en prendre qu’un exemple parmi d’autres, l’insistance sur la production domestique, encore dominante au XXe siècle, est tout à fait convaincante, mais l’une des statistiques mentionnées pour étayer cet argument (le nombre moyen de fermes du Middle West possédant une voiture en 1920) mériterait d’être détaillée pour distinguer la taille des exploitations considérées, ce qui pourrait nuancer l’analyse.

En bref, tout un ensemble de considération nous permettent de penser qu'un autre rapport à la technique est possible et nécessaire : les low tech peuvent être cet outil formidable  Encore faut il définir ce qu'elles sont, si on ne veut pas en faire uniquement des outils de propagande au service d'une "sortie par les techniques" dont on sait trop maintenant qu'il débouche sur une impasse....   

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