L'homéopathie et les laboratoires Boiron : grandes dilutions et petits calculs

Un article circule en ce moment assez intensément sur internet dans les milieux scientifiques et « sceptiques ». Intitulé « les homéopathes se révoltent contre Boiron » il rend compte du conflit existant entre une partie des homéopathes et le laboratoire qui fournit 80% des médicaments homéopathiques. Ecrit dans le blog « Pourquoi le ciel est bleu », elle donne quelques indications à la fois sur les questions qui peuvent se poser autour de l’homéopathie, mais aussi la façon dont un certain milieu de "passionnés de science" se pose des questions.

Un article circule en ce moment assez intensément sur internet dans les milieux scientifiques et « sceptiques ». Intitulé « les homéopathes se révoltent contre Boiron » il rend compte du conflit existant entre une partie des homéopathes et le laboratoire qui fournit 80% des médicaments homéopathiques. Ecrit dans le blog « Pourquoi le ciel est bleu », elle donne quelques indications à la fois sur les questions qui peuvent se poser autour de l’homéopathie, mais aussi la façon dont un certain milieu de "passionnés de science" se pose des questions.

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Revenons d’abord sur le site en question et sa nature avant d’entrer dans le vif du sujet. C’est en effet un site très intéressant, qui entend depuis quelques années (si je ne me trompe, le site existe depuis 2009) donner des éléments de culture scientifique au travers de « questions » simples et souvent amusantes, mais qui donnent une teinture de  ce qu’est la science. C’est très bien fait et certains éclairages sont effectivement tout a fait pertinents (l’un qui m’a ravis, concernait la grave question « pourquoi les glaçons refroidissent le pastis » et apprennent des choses sur la façon de « faire de la science ») Quant aux opinions qui sont défendues par le rédacteur, on a le droit de ne pas les partager, on a même le droit d’en discuter puisqu’il laisse la possibilité de commenter  ceux-ci. Cependant, ce qui me semble intéressant à constater, c’est que le rédacteur en question semble partager l’opinion que la « science est menacée, contestée » (d’après l’intitulé des catégories qui permettent d’organiser les billets : « la chimie ça pue », « la physique c’est trop compliquée » « la recherche, elle ne trouve rien » etc. ) De même dans les articles, on arrive souvent à une sorte de « dénonciation de l’irrationalisme » et des erreurs d’interprétations des faits scientifiques qui partent sinon d’une rupture, du moins d’une situation de confit et/ou d’ignorance de la part du « grand public »

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Mais rentrons dans le vif du sujet, l’homéopathie.

 

L’homéopathie est cette façon de traiter proposée par proposée par Samuel Hahnemann en 1796 et qui repose sur trois principes, la similitude (ce qui te rend malade te guérit), l’individualisation (résumé par la formule « ce n’est pas la maladie qu’on soigne, c’est le malade ») et les doses infimes (la fameuse « dilution hahnemannienne ») Les trois principes sont contestés par la science moderne, mais c’est le troisième principe qui est le plus attaqué ! Les dilutionsopérée par les homéopathes sont en effet très importantes, pour mémoire :

 

Les chiffres de dilutions sont notés comme suit : la dilution « de base » 1ch correspond a une dilution à 1% de principe actif dans le solvant. 2ch correspond à 1% de 1% (soit en puissance de 10 : 10-4) et ainsi de suite. En France, les dilutions vont de 2CH a plus de 30CH. Dans d’autres pays, on va jusqu’à des dilutions de 80CH

 

Rappelons quelques valeurs (trouvée sur l’article de wikipedia se rapportant au sujet)

  • Une goutte d'eau (environ 0,05 ml) dans le lac Léman (88 900 millions de m3) représente une dilution d'environ 6×10-19, soit l'équivalent de 10 CH ;
  • Une molécule d'eau noyée dans la somme des océans sur Terre représente une dilution de un pour 8,4×1045 molécules, soit approximativement 23 CH ;
  • Une dilution à 40 CH correspond à 1 molécule d'une substance mère dans une masse de solvant supérieure à la masse totale de l'univers (la quantité totale d'atomes de l'univers est estimé à 1080 atomes).

Or on en arrive à ce qui est une absurdité pour la science moderne, puisqu’au dela d’un certain seuil, on ne peut plus rencontrer une seule molécule de la substance active. C’est ce qui est expliqué dans un autre passage de l’article de wikipedia précédement cité.

D’après la théorie moléculaire de la chimie contemporaine dont les bases ont été posées par John Dalton et Amedeo Avogadro dans la première moitié du XIXe siècle, le nombre de molécules présentes dans quelques dizaines de grammes d’un composé chimique correspond à l’ordre de grandeur du nombre d’Avogadro soit environ 1023 molécules, les valeurs de dilution de 12CH et au-delà aboutissent statistiquement à moins d’une molécule active par dose.

Notons toutefois que les produits distribués ne sont pas tous a des dillutions si extrémes (avec la limite de CH12) Les médicaments homéopathiques pour dormir, par exemple, sont bien au dessus de ces limites (CH4 ou CH5) Ce qui n’en fait pas pour autant des médicaments efficaces…

C’est donc dans ce cadre d’une médecine fortement critiquée que l’auteur va rendre compte d’un article de la revue locale « Lyon capitale » qui témoigne du conflit entre certains médecins homéopathes et les laboratoires Boiron. Il faut savoir qu’en termes de médicaments homéopathique, les laboratoires Boiron jouissent d’un quasi-monopole.  Ce qui n’est pas sans poser de problème, mais montre surtout que les bénéfices réalisé dans cette discipline sont assez négligeable si on les compare a ceux de la médecine scientifique. Les laboratoires pharmaceutiques ne sont en général pas des philanthropes, et se basent sur les chiffres des bénéfices pour développer telle ou telle molécule.  Et évidemment, Boiron ne déroge aucunement à la régle.

 

C’est précisément ce qui pose problème : nombre de médecins homéopathes reprochent à Boiron un « ensemble de rationalisation » qui entraine la disparition de nombres de produits autrefois disponible en pharmacie. Or les règles de mise sur le marché ont changé, et imposent de déposer un nouveau dossier de mise sur le marché. Ce qui coute cher. Or les homéopathes ne sont pas du tout content de ne pas retrouver leurs molécules habituelles. Ce qui prouve au moins une chose (qui a l’air d’échapper au commentateur) : si les homéopathes protestent ainsi, c’est bien qu’ils croient à l’efficacité de leur traitement. Bien entendu, ce n’est pas parce qu’on croie à l’efficacité d’un produit qu’il l’est vraiment, au delà de l’effet placebo. Mais cela demande d’être signalé, tant d’opposants a cette « autre médecine » étant présenté uniquement comme des escrocs uniquement attiré par la crédulité des foules. Bien entendu, ils entendent bien gagner de l’argent. Mais les médecins « allopathes » aussi…

 

Cependant, on peut certainement aussi considérer que les médicaments homéopathes ne sont que d’ingénieux « placebo ».  Le placebo, c’est « l’influence qui guérit ». Le fait de croire à l’efficacité d’un traitement le rend efficace dans un certain nombre de circonstances.  De ce point de vue, l’homéopathie est un traitement idéal.  Que de l’eau, des médecins et des malades « qui y croient », que demander de plus ? Sans compter que les médecins homéopathes sont obligatoirement des médecins diplômés (dans la médecine scientifique) Ce qui limite quand même les fantaisistes qui auraient l’idée saugrenue de soigner un cancer par l’homéopathie.  Il y a évidemment un certain nombre d’escrocs et d’incompétants. Mais ça existe aussi dans la médecine « classique ».

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L’article, même si il présente le probléme de façon simple et  compléte perd trop de temps dans la dénonciation plus ou moins ironique de cette discipline. Et que la véritable réflexion scientifique aurait été de partir de sa conclusion :

Bon, tout ça me fait plutôt rigoler. Sauf que si on transpose cette problématique (du rôle de l’industrie pharmaceutique) depuis l’homéopathie vers la médecine occidentale classique, je suis sûr qu’on retrouve les mêmes conflits…

En effet, les pratiques de « rationalisation » et de développements d’un marché qui ne doit rien à l’intérêt du malade, mais tout à l’intérêt bien compris de l’industrie pharmaceutique ! Qu'elle soit "homéopathique", "scientifique" ou pas. C’est plutôt à partir de là qu’il aurait été fécond d’ouvrir une réflexion, et pas sur la question du rejet de l’homéopathie, alors qu’aucun élément nouveau n’a été produit.

Cela dit, l’article est quand même à lire, et disponible ici : http://pourquoilecielestbleu.cafe-sciences.org/articles/les-homeopathes-se-revoltent-contre-boiron/ Mais c’est tout le site qui est recommandable : http://pourquoilecielestbleu.cafe-sciences.org !allez y faire un tour !

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