L'information santé par temps de Coronavirus: un défi, deux exemples

En temps de Coronavirus l'information santé déjà abondante devient pléthorique. C'est pourquoi il a semblé utile de vous proposer un livre et un site web. Le livre permet de juger par soi même en se gardant des dangers de l'autoscience et l'autre est un site d'information universitaire « santé » en direction du grand public. Revue de détail de deux outils utiles, voir indispensables

l'information scientifique et ses aléas 

information-sante
En ces temps de coronavirus galopant, la question de l'information scientifique se pose avec encore plus d'acuité qu'en temps normal.

Pour autant, la question de l'information disponible n'est pas facile à résoudre Nous vivons en effet dans une situation spécifique marquée par une double contrainte : d'une part la multiplicité des sources d'informations qui délivrent des données possiblement contradictoires, mais aussi une crise de légitimité de la science,alors que la confiance que lui accorde le grand public apparaît comme érodée pour de multiples raisons.

Dans ce contexte et en situation "d'urgence" il peut sembler utile d'utiliser deux outils qui abordent cette question d'une façon différence pour au final viser les mêmes objectifs. Des outils qui permettrons de s'informer de la situation pour ce qui concerne le coronavirus mais aussi l'ensemble des questions scientifiques et médicale  

  • un livre 

Écrit par un journaliste scientifique spécialisé dans les enjeux de santé, cet ouvrage a comme objectif de nous fournir des méthodes nous permettant de trier dans les multiples sources d'informations concernant notre santé. 

Florian Goutiére est journaliste scientifique spécialisé dans les questions de santé sur "le magazine de la santé" diffusé sur la cinquième chaîne (la chaîne de la connaissance) et le site web allosante.fr. Dans l'ouvrage "SANTÉ, SCIENCE, DOIT-ON TOUT GOBER ?" paru en 2017 aux éditions Belin, il donne des pistes permettant de qualifier les diverses informations a visée scientifique et médicale qui nous proviennent de multiples sources (entourage, journaux, réseaux sociaux, vulgarisation scientifique) et nous permet d'en évaluer la justesse via une démarche qui s'appuie sur les outils d'objectivation de la science.

C'est d'abord sa démarche qui intéresse. On se serait attendu a ce qu'il privilégie les sources "officielles" sur les sources plus informelles que sont nos commensaux ou les réseaux sociaux. Il n'en est rien et il donne aussi des éléments qui permettent de remettre en cause les informations distillées dans la "grande presse" comme le montre cet exemple qu'il présente au début de son ouvrage : "Autrement dit: plus de la moitié des études scientifiques (initiales ou secondaires) mises en avant dans la presse ont été ultérieurement réfutées**. Les deux tiers des conclusions de travaux initiaux médiatisés ont été invalidées (35 sur 53). Pour les études ultérieures reprises dans la presse, un peu moins de la moitié a été infirmée par les méta-analyses (45 sur 100)"

  • Une chaîne Youtube

cherche également a nous donner des éléments nous permettant un choix éclairé a partir de bases toutes a fait différentes : PUMS l'émission santé est conduite et élaborée par une équipe médicale regroupée autour du docteur Boris Hansel spécialisé en endocrinologie et diabétologie

Cette émission est d'abord un projet universitaire qui avait comme point de départ la nécessité d'offrir aux étudiants en médecine un outil éducatif utilisant les ressources numériques modernes Voila d'ailleurs comment l'université le présente en interne :

Fournir aux étudiants inscrits en formation continue mais également au public extérieur à l’université une information fiable, digne de l’enseignement d’une grande université française, mais en s’attachant à la forme : messages clairs, compréhensibles par tous, conseils pratiques, utilisation des moyens modernes de communication.

Chaque mois une nouvelle émission thématique d’une durée d’environ 30 minutes est mise en ligne. Des séquences courtes correspondantes à des moments forts de l’émission sont diffusées sur les réseaux sociaux. Des vidéos et des podcasts  complémentaires pour illustrer certains messages  ou aller plus en profondeur dans les explications sont également diffusés.

Ce projet d'abord destiné aux seuls étudiants a reçu un accueil enthousiaste du « grand public » e a été de plus en plus ouvert a celui ci De plus il a connu une évolution disciplinaire notable puisque au départ il était surtout dévolu aux seuls domaines de compétence du docteur Hansel (endocrinologie, diabétologie et nutrition)

Ces deux sources apparaissent comme complémentaires dans la situation présente : l'ouvrage permet d'évaluer de façon rationnelle et les multiples informations soumise à notre sagacité. Mais un élément décisif qui permet de comprendre et d'envisager leurs deux stratégies complémentaire est la crise de confiance qui affecte la science et les scientifiques.

Éternuement : voilà ce qui se passe et pourquoi il faut éternuer dans son coude - extrait de PuMS © PuMS _L’Émission Santé

La crise de la confiance dans la science

 On pourrait revenir à une situation idéale qui n'a jamais existé, celle ou les scientifiques avaient une autorité telle que leurs avis n'avaient guere de raison d'etre discutés. C'est en partie une reconstitution a priori, car les scandales scientifiques qui ont émaillés l'histoire n'ont jamais permis ce régne sans partage largement fantasmé, mais on ne peut que constater une crise générale d'autorité de la science et de ses représentants. Reste qu'en même temps que la science est remise en cause dans certaines de ses conclusions (que l'on pense par exemple à la remise en cause de la vaccination dont les français sont les champions) elle continue de susciter espoirs et attentes. Et reste à préciser la nature de cette remise en cause

Crise de la science ou crise de l'expertise ? On pourrait poser la question dans ces termes, et relier la crise de confiance généralisée envers certains propos et domaines scientifiques avec une crise plus générale de "l'autorité" dans notre société ou "l'argument d'autorité" est dévalorisé mais ou les comités d'experts ont une place stratégique dans un nombre considérable de décisions de toute sorte. Ce détour permet effectivement de comprendre le contexte dans laquelle cette crise s'inscrit , mais peut être ne nous permettraient ils pas de comprendre ce qu'elle a de spécifique et de central dans notre histoire. Au delà de l'appel (tout à fait légitime) a une science plus participative, faisant plus appel au « sentiment commun » et aux nécessités d'inscrire la question des sciences dans une conception démocratique de nos sociétés, il convient d'examiner ce que cette crise à de spécifique.

Tout d'abord le fait que la science est de plus en plus une affaire de « capital privé » et d’intérêts pécuniaires entraine une communication scientifique viciée par les sirènes du marketing et de la publicité à outrance. Les annonces spectaculaires succédent aux annonces spectaculaires ce qui peut avoir un effet désastreux quand les résultats ne sont pas au rendez vous des promesses. C'est le cas en particulier au niveau de la santé, eu égard au poids considérable de ce secteur d'un point de vue économique et humain. Les conflits d'intérets dans le domaine de l'expertise scientifique sont aussi ravageur pour l'autorité du fait scientifique. Tout le monde a en mémoire les stratégies délétères du laboratoire Servier pour imposer le médiator dans les commissions scientifiques mais aussi les ruses des vendeurs de semences et de plantes ogm pour imposer l'idée que leurs produits sont anodins. La aussi, on peut avoir en mémoire le scandale des « monsanto papers » ou la firme symbole de l'agriculture industrielle avait acheté des scientifiques pour publier sous leur nom des papaiers scientifiques dans des revues du même nom Evidemment, le  ghost writing  (nom habituel de cette pratique) n'existe pas uniquement pour le gyphosphate, mais est utilisée par d'autres firmes techno scientifiques d'autres secteurs : des chercheurs acceptent de signer des publications écrites par d’autres entités, des labos, des firmes, et par là de brader la valeur symbolique de leur institution. Enfin, il y a la question des fondations dites « philanthropiques » – on parle parfois de philanthrocapitalisme, pour souligner le fait qu’elles adoptent le mode de fonctionnement des entreprises à but lucratif –, certes bien inspirées, puisqu’elles ambitionnent d’éradiquer telle ou telle maladie, comme la poliomyélite, mais dont l’action perturbe en profondeur le jeu ordinaire de la recherche.

Il y a également des raisons plus "internes" aux sciences, en particulier aux sciences "exactes"  Depuis quelques années on parle par exemple de « crise de la reproductibilité » - « replication crisis » en langage scientifique) quand on constate que la reprudictibilité des expériences scientifiques est difficile voir impossible. Et cette crise n'implique pas, loin de la, que les sciences dites « humaines » (en particulier le domaine de la psychologie qui connait ce probléme depuis des années) mais aussi dans des secteurs dont on pourrait penser qu'ils en sont éloigné : la biologie, la chimie voir la physique (alors que ce secteur a été le premier à tenir « la reproductibilité des expériences pour une norme professionnelle interne indiscutable)

 Toutes ces raisons entraînent une profonde modification dans nos façon d’appréhender les sciences. Nous sommes aujourd'hui bien plus méfiants, bien plus exigents, et les ouvrages de communication scientifique doivent en tenir compte

Coronavirus, Hypertension artérielle , danger des médicaments antihypertenseurs ? © PuMS _L’Émission Santé

Comment trier les informations, raisonner en scientifique 

Cette crise de la confiance, que nous ressentons tous nous entraîne à « raisonner par nous même » alors même que nous ne sommes pas pour la plupart des scientifiques professionnels. Pour pouvoir entreprendre ce type de démarche il faut effectivement trier les multiples informations qui nous parviennent de façon efficace et raisonnée. La démarche suivante devrait être enseigné non seulement dans les écoles mais aussi dans un cadre plus général si nous voulons que notre démocratie puisse tenir compte aussi des enjeux scientifiques et techniques. Cela devrait permettre de ne retenir que les seules informations qui confortent nos préjugés initiaux.

Le livre de Florian Goutiére nous entraîne a adopter cette démarche et nous donne quelques outils nous permettant d'avancer dans cette voie. En commençant de réfléchir sur le cadre et les sources des informations qui nous sont données :

Une information dépend toujours d'un contexte et d'une source appropriée. Or les sources d'informations sont aujourd'hui multiples. D'ailleurs un des intérêts de cet ouvrage est de ne pas mépriser les sources d'informations « réputées non autorisées » dans un cadre scientifique : l’entourage, les réseaux sociaux, etc mais de donner des outils d'analyse nous permettant de les inscrire dans une réflexion plus générale. L'ancien régime de compréhension des sciences permettait de classer l'information en deux catégories distinctes qu'on pouvait classer facilement dans une hiérarchie indiscutable  : d'un coté les informations venue d'un cadre controlé et dont l'autorité était indiscutable, seules à être considérée comme valables, et d'autre les informations sans garantie dont il ne fallait en aucun cas tenir compte Mais la multiplicité des sources d'information a fait disparaître ce cadre rassurant.

On doit également tenir compte des multiples formes que prend la communication scientifique et ce que ces changement de format implique. Si on prend le CNRS celui ci dispose de multiples canaux pour assurer la circulation des informations,chaque canal étant dévolu à un public spécifique. Cependant nous pouvons voir au travers de PUMS que les formats ne sont pas fixe et peuvent etre soumis a des réajustements. Mais il n’empêche, on peut constater que la même information distillée par le même informateur peut prendre des formes multiples adaptée a son public de réception.

Or loin d'etre une facilité dans tous les cas de lecture, cette multiplicité de format peut être un embarras pour la compréhension de l'information. Cela implique en fait un effort d'analyse pour décoder de multiples formes de communication avec chacune leur forme, leur grammaire, leurs aventages et leurs inconvénients. Derrière chaque format de communication (texte écrit, discours oral, image, graphique et tableau, graphisme et mise en page, vidéos, etc.) se cachent des règles de langage, des registres, des styles, des codes culturels explicites ou implicites, des sous-entendus et parfois des moyens de manipuler le futur récepteur de l’information !

En ce qui concerne PUMS, le format retenu suggère assez fortement un dispositif télévisuel. Il est vrai que ce format là est bien connu de l'éventuel auditeur, et qu'il est de ce fait rassurant. Cependant il ne permet pas toutes les ressources d'interactivités promises par les nouveaux moyens de communication digital. Ce format est rassurant, mais guerre participatif... Il est vrai que le role est d'abord informatif, il est de diffuser le plus largement possible l'information au grand public. La réactivité est d'abord celle qui préside aux choix des sujets traités, qui dépendent pour une large part des réactions de l'auditoire sur youtube.Fr

Les myrtilles : d'incroyables vertus ? © PuMS _L’Émission Santé

Penser contre soi meme 

 Un des adages de l'informaticien aguerri, c'est que les problémes informatiques les plus répandus et les plus pernicieux se trouvent entre le clavier et l'écran. De même l'obstacle à un raisonnement scientifique pertinent se trouve en nous : nous sommes notre principal obstacle à un raisonnement logique guidé par la raison. Depuis quelques annés, on parle des « biais cognitifs » Sans en donner une liste exaustive, l'ouvrage de Florian Gouthiére nous en parle un peu, en donnant en détail quelques uns à l'appuis de notre réflexion (en particulier le redoutable « biais de confirmation ») et en nous donnant des outils pour les réduire autant que possible. C'est ce que l'auteur apppelle la « méthode S » (S comme « Scientifique » bien entendu)

Mais ce qui est intéressant d'un coté est également présent de l'autre Dans PUMS en particulier la façon de présenter « les régimes du commerce » est tout a fait passionnante. Il aurait en effet été facile de présenter ceux ci sans cacher le mépris de la faculté vis a vis d'intervenants présentés comme surtout motivés par l'appas du gain. Or il n'en est rien

Si la nécessité de « penser contre soi même s'impose aux amateurs que nous sommes, elle s'impose tout autant voir même plus aux professionnels, aux médecins, aux chercheurs...

manuel de raisonnement scientifique 

Raisonner de façon scientifique, qu'est ce que ça veut dire ? L' ouvrage de Florian Gouthière propose dans ce domaine plusieurs outils. Il propôse de montrer plusieurs « techniques » qui font que les scientifiques peuvent ensemble traiter leurs différents et leurs divergences. Évidemment, tous les protocoles ne sont pas si facile à mettre en œuvre. En particulier le protocole maître dans le monde des essais thérapeutique, « l'essai randomisé en double aveugle » mais dans « santé, science, doit on tout gober » celui ci est décrit de façon à la fois précise et circonstancié, on montre à la fois comment la mise en œuvre de ce protocole permet de garantir une certaine efficacité aux traitements proposés, mais aussi les nombreux biais qui peuvent en limiter l'efficace. C'est pourquoi ce livre peut être utile aux béotiens que nous sommes. Non pas pour ne plus avoir d'avis critiques sur la science, mais au contraire pour que ceux ci puissent etre plus justifiés et par voie de conséquence plus efficace.

L'utilité du site youtube « pums » est différent : en ouvrant à un large public les ressources d'une université de médecine, elle permet également de donner des éléments pertinents sur de multiples sujets ouverts à discussion et à avis multiples.

 En conclusion deux outils permettant de s'y retrouver dans les nombreuses informations santé par temps de Coronavirus. 

Sources et bibliographie 

PUMS : la chaine d'information santé 

Le lien https://www.youtube.com/channel/UCMX8hjQwbGJ7Q_RL9JDhD7A lien consulté le 21/03/2020

présentation de la chaine par elle même : 

 PuMS_L’Émission Santé est une émission grand public universitaire, coproduite par le studio vidéo de Paris-Diderot et E-mi production, aujourd’hui accessible sur la chaine youtube PuMS, et relayée par les réseaux sociaux. Présentée par le Dr Boris Hansel, Médecin & enseignant-chercheur à la faculté de médecine Paris-Diderot, l’émission fait intervenir une équipe de 10 chroniqueurs médecins hospitaliers et/ou universitaires. Les sujets recouvrent tous les domaines de la médecine ; une attention particulière étant portée sur les nouvelles technologies et la santé connectée. Les fausses idées ou idées reçues vous seront scientifiquement expliquées pour être définitivement sorties de vos esprits afin de vous donner une information rationnelle, scientifiquement prouvée tout en étant accessible à tous et pragmatique !!

Florian Gouthière Sante, science, doit on tout gober ? Belin  2017 428 pages 

Présentation par l'éditeur : 

"Une simple pommade antibiotique efficace à 100% contre la maladie de Lyme !" ; "Sinusite chronique: attention aux risques de cancer !"; "Le temps de sommeil moins important les soirs de pleine Lune !" ; "Des scientifiques prouvent qu'il y aurait une vie après la mort !"; "Les mouches transmettent la peste !" ; "Selon un cancérologue, il faut faire l'amour sans préservatif !" ...

Gros titres de journaux, dépêches AFP, reportages TV fourmillent d'infos de ce genre, alarmistes, sensationnalistes... et généralement rigoureusement fausses.

Alors, info ou intox ? Comment s'y retrouver dans l'information santé, et plus généralement scientifique ? 

L’ambition principale de ce petit livre est d’aider à diminuer les risques de nous faire berner. Il explique comment la plupart des connaissances qui arrivent jusqu’à nous sont produites et circulent, ainsi que les critères pour leur faire confiance ou s’en méfier. Pour y parvenir, il invite le lecteur à explorer, instruments de navigation à la main, plusieurs territoires faussement familiers : celui de notre jugement (chapitres consacrés aux méthodes de l’esprit critique), celui de nos idées reçues (chapitres consacrées à diverses notions indispensables en sciences et en santé) et celui de la fabrique de l’information.

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.