Miscellanées scientifiques du mois de janvier 2021 : troisiéme anniversaire !

Toisiéme anniversaire des "miscellannées". Au menu : Evariste, chanteur et scientifique, la mesure de la taille du proton, "l'homme de Denissova", le microbiote des chauves souris, un étrange musée de microbe, un essai d'un vaccin "universel" contre la grippe, et nous parlerons d'un ouvrage sur les rapports entre science et ignorance.

Ce mois ci nous fêtons le troisième anniversaire des "Miscellanées scientifiques". C'est en effet en Janvier 2018 qu'est publié le premier billet sous cette désignation afin d'en faire un rendez vous : l'idée est de publier régulièrement (tous les mois) tout un ensemble de "petits faits" sur les sciences, permettant d'ouvrir la discussion sur celles ci. Il semblait a l'auteur de ces billets que la science crevait de son manque de discussion et d'ouverture sur 'l'autre". La science est un paysage bien délimité, un peu comme un champ soigneusement cultivé au milieu d'une nature sauvage. Bien entendu le champ en question doit être soigné avec sollicitude, mais on ne peut pas oublier la nature autour, au risque de tout faire crever. C'est cette urgence qui motive l'écriture régulière de ce billet.

Pour moi, il va de soi que ce n'est certe pas pour me faire "mousser" : je suis trés conscient de mes limites. Ni scientifique rompu aux usages de la recherche, ni philosophe apte a parler de "tout et n'importe quoi" mon objectif est d'abord d'informer et d'ouvrir un débat. J'avais d'ailleurs l'idée d'en faire une "édition" réguliére, mais aucun de celles et ceux que j'ai sollicité à cette époque n'a donné suite à ma demande/ 

Il me semble bien que j'y soit parvenu L'audience de ce billet me donne envie de continuer malgré les difficultés, les attaques dont je peut faire l'objet (il est trés pénible de se faire traiter de crétin ou d'autres attaques aussi vaines alors même que la seule chose que l'on souhaite, c'est un débat argumenté) Vous risquez donc de le voir encore quelques temps... 

Place aux miscellanées ! 

 Mathématiques en chanson : des hits parades à la protéodie

Connais tu l'animal qui inventa le calcul intégral 1967 Evariste © Luc lebelgo05

 Evariste fut la "révolution" de ces années pré 68. En 1967 il était chercheur scientifique, travaillant pour la prestigieuse université d'Oxford mais une redéfinition des priorité de recherche le laissa sur la touche. Revenu en France, il se lança dans la chanson, sur les pas d'Antoine avec un vrai délire scientifico mathématique que je vous laisse savourer : 

Évariste - La Chasse au boson intermédiaire (1967) © duspectacle

Antoine avait fait sa carrière musicale pour se payer des voyages, sa vraie passion. Mais Joël Sternheimer (le véritable nom du chanteur) était lui passionné de recherche scientifique

evariste

Il va avoir l'intuition d'une nouvelle théorie, la "protéodie". C'est une théorie qui postule qu'à chaque protéine, à chaque groupe d'acides aminées sont associées certaines ondes dont les fréquences peuvent être transcrites en note de musique. Il a ainsi travaillé au sujet de la régulation de la biosynthèse des protéines par certaines séquences musicales. Ces travaux qui vont le conduire à déposer un brevet en 1992, le fameux « Procédé de régulation épigénétique de le synthèse des protéines par résonnance d'échelles ». 

Cette théorie a beaucoup de défenseur et de défenseuses dans le camp d'une science "alternative", mais également beaucoup de détracteurs (et de détractrices) chez les "sceptiques" dénonçant les dangers d'une "pseudo science" 

Comment mesurer un proton ? 

Le proton, 100 ans plus tard | CERN

Le proton, constituant du noyau atomique, est l'une des particules les plus communes dans l’Univers. Il pose cependant un casse-tête aux physiciens : quelle est sa taille ?

Une premiére série de mesure ont permis d'établir un rayon d'environ 0.88 fentométre (un femtométre est égal à 10 -15m) Mais Randolf Pohl a découvert un nouveau dispositif de mesure qui lui donne 0.84 fentométre. Cette différence de mesure considérable est un obstacle a  certains calculs théoriques 

Le probléme est que ces différentes pistes, loin d'apporter une solution indiscutable renforcent plutot l'incertitude de la réponse a cette question. 

Mais d’où provient cette différence de quatre entre les résultats ? Différentes pistes sont à l’étude.Comme souvent, les différences importantes entre des mesures utilisant des principes totalement différents ne peuvent etre expliquées qu'en revenant au phénomène physique essentiel : qu'est ce donc que "la taille du proton" et qu'est ce qu'on mesure exactement selon les différents protocoles 

Source : La taille du proton - pour la science novembre 2019 

Du nouveau pour l’homme de Denissova

homme-denissova

L'homme de Denissova est une nouvelle espéce humaine découverte en 2010 dans les grottes éponymes, en Sibérie. Il s'agirait d'une troisiéme espéce humaine à l'époque de la cohabitation entre Neanderthaliens et Sapiens (notre espéce, la seule espéce humaine encore en vie) 

On ne retrouve cette espèce qu'en Asie ou  elle a été retrouvée dans des analyses ADN dans des populations contemporaines :  ce sont surtout les populations de Papouaisie et les aborigènes d’Australie qui ont reçu du génome de Denissova, jusqu’à 6%, et un peu les populations d’Asie du sud. Alors qu’on n’en trouve quasiment pas dans les populations européennes.

Pour le moment, on n'a retrouvé qu'une mandibule de Denissovien mais on retrouve trace de cette espéce dans des populations variées en particulier dans le tibet. On retrouve en particulier un gène spécifique à l'homme de Denissova qui permet aux populations de montagnard du Tibet de s'acclimater plus facilement dans ce milieu hostile 

Source : une enquéte fouillée sur cette problématique est disponible sur le numéro de "Pour la science" de décembre 2019

Les chauves souris, un microbiote d’oiseau

Chauve Souris L'Australie La Faune - Photo gratuite sur Pixabay

Depuis plusieurs années, on s'interesse de plus en plus au microbiote, cette population de microbes "étranger" qui peuple notre intestin et nous permet tout simplement de vivre (sans microbiotes, nous ne pourrions pas digérer) Evidemment, on s'est untéressé au microbiote d'espéces plus ou moins proches de la notre. Selon les modes de vie, la nourriture, le genre (oiseau, poisson, mamifére) les microbiotes possédent des caractéristiques semblables qui permet d'effectuer des classements trés intéressant pour comprendre nos cycles de vie. Un des résultat les plus intéressant est celui des chauves souris, qui assez étrangement posséde un microbiote qui les apparente plus a celui des oiseaux que celui des mamifère (alors que ce n'est pas le cas des mamiféres marins, dont le microbiote n'est pas du tout semblable a celui des poissons) 

https://inee.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/ladaptation-au-vol-impacte-levolution-du-microbiome-intestinal-des-oiseaux-et-des-chauve 

https://www.sciencesetavenir.fr/animaux/animaux-marins/quelque-chose-de-la-vache-dans-l-intestin-des-baleines_101159

pour la science mars 2020

Osivax annonce un vaccin universel de la grippe pour 2021

Virus Bactéries La Grippe - Image gratuite sur Pixabay

Les différentes mutations qui surviennent naturellement sur les virus peuvent compliquer le développement d'un vaccin et le rendre inefficace. La biotech lyonnaise Osivax développe une approche innovante pour contrer ces mutations.

Alors que la plupart des vaccins en développement reposent sur les protéines de la pointe du virus, la technologie d'Osivax, appelée oligoDOM, vise une nucléoprotéine virale, une protéine qui constitue la structure du virus et dont le taux de mutation est faible. 

Une approche qui lui permet de développer des vaccins avec l'objectif de les rendre efficaces contre les futures souches de coronavirus qui pourraient apparaître. Pour ce programme, la BPI a accordé 15,1 M€ à Osivax dans le cadre du programme Projets structurants pour la compétitivité (PSPC). 

Une somme qui servira à avancer sur l'essai clinique concernant ce candidat-vaccin, encore à un stade pré-clinique. "Nous souhaitons commencer l’essai clinique de phase I en 2021, au milieu de l’année. L’essai clinique de phase IIa devrait suivre ensuite, quelques mois plus tard.", nous précise Alexandre Le Vert, président et cofondateur d'Osivax. 

L'évaluation clinique sera menée en collaboration avec l'AP-HP qui va diriger les essais cliniques de phase I et IIa ainsi que de l'Inserm, qui s'occupera de l'analyse des échantillons. 

micropia, un zoo de microbes

Le "zoo" a été la façon la plus courante pour les habitants occidentaux de découvrir la "vie sauvage" en afrique ou en amérique latine au XIX siécle ou au XX. Mais son "écologie" est de plus en plus remise en cause, et on préfére les "annimaux en liberté" que ceux en cage. Les conditions de vie de ces espéces sauvages sont de plus en plus prises en considération, ce qui fait que les zoo sont en voie de raréfraction, pour ne pas dire en voie de disparition. Et ne parlons pas de la période actuelle, qui ne leur est pas vraiment favorable. 

C'est pourquoi des conceptions audacieuses, inovantes, tentent de "renouveller le concept" Une des plus originale est "micropia" un "zoo de microbe" qui présente une série de micro organismes de la même façon qu'au XIX siécle on faisait découvrir giraffes, lions et éléphant a un public ébahi. 

C'est à la fois étonnant et trés instructif. Amsterdam a toujours cherché a creer des musées "étonnants", il se lance aussi dans la création de zoo tout aussi originaux. 

Ci dessous une courte présentation du musée (en anglais, mais des sous titres en français sont possibles) 

Micropia: See the Invisible Amsterdam © Amsterdam Calling

 

le livre du mois : Mathias girel science et territoire de l’ignorance 

914pxi6t-ol._us230_.jpgLa question de la "science" entraine forcément celle de l'ignorance : que sais on et qu'ignore on "vraiment" ? C'est que la question n'est pas si simple à répondre qu'elle le semble : trés souvent on est "dans l'ignorance de ce qu'on ignore" et on a oublié que ce qu'on sais ne l'a pas été toujours. De plus dans le domaine des sciences les plus fondamentales, on est souvent dans une incertitude choisie.

Ce court ouvrage a l'immense mérite de baliser quelque peu ces questions et de préciser les domaines dans lesquels nous pouvons nous reposer sur des certitudes et celles pour laquelle des interrogations demeurent. Cet ouvrage est d'ailleurs d'autant plus utile que nous sommes passés d'une situation ou religion et sciences entrainaient des certitudes à une situation bien plus ouverte 

L’ignorance n’est plus simplement conçue comme absence de connaissance, attendant d’être réduite par l’avancée des sciences. Elle prend différents sens selon qu’elle est vue par les citoyens, les politiques, leschercheurs ou les industriels. Il importe d’être attentif au porteur de
l’ignorance qui est décrite : rien ne dit en effet qu’elle soit de mêmenature selon qu’elle concerne le profane, le scientifique, ou le décideur économique ou politique. Il y a en outre différents mécanismes qui visent à la creuser, à l’étendre ou à l’effacer. 

Ces différents "territoires de l'ignorances gagnent a étre balisés de la façon la plus rationnelle possible et c'est un des immenses mérite de cet ouvrage de le faire en gardant le cap sur une rationalisé non bloquée sur une certitude intangible mais sur une sérite d'interogations ouvertes. 

Quatriéme de couverture : 

L’ignorance peut être autre chose que la pure absence de savoir ou que le simple fait d’être privé de connaissances possédées par d’autres : elle peut être surmontée, elle peut aussi être produite. Quels sont les variétés et les modes de l’ignorance, et pourquoi est-il essentiel d’en tenir compte dans les débats environnementaux et sanitaires ? Lorsqu’elle est « produite », comme l’estiment certains, comment l’est-elle ?

L’ouvrage répond à ces questions et, au-delà de l’opposition tranchée entre l’ignorance conçue comme front de la science et l’ignorance stratégique, il explore une véritable « zone grise » qui constitue une partie de ce paysage : conflits d’intérêt, débats sur les sources de financement de la recherche, crise de la réplication des expérimentations. Quand et comment peut-on sortir de cette « zone grise » où tout devient indiscernable pour qualifier plus nettement les phénomènes en jeu ? Si nos enquêtes comme nos actions peuvent réussir ou échouer, échouer de manière épisodique ou persistante, sous l’action d’un tiers ou non, dans quels cas est-il raisonnable de relier ces échecs à des intentions ?

Références bibliographiques : Mathias girel science et territoire de l’ignorance Editions QAE 2017  160 pages

 

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