Miscellanées scientifiques du mois de mars 2020

Ce mois ci « spécial femme » afin de rappeler le 8 mars,la journée internationale de lutte des femmes. Après avoir abordé l'ethnomathématique, et l'apport de la sociologie de sciences féministe, nous reviendrons sur l'ouvre de Donnah Harraway, le livre du mois sera consacré à l'éviction des femmes dans le numérique, avant de terminer sur une série de lien sur le jeu en rapport avec les femmes

Femmes et ethnomathématiques

 L'ethnomathématique tente de comprendre les mathématiques comme l'ensemble des pratiques ayant comme objet des nombres, des calculs, des peuples « anciens » ou « autres », éloigné du modèle occidental de surgissement des mathématiques comme discipline « pure », abstraite.

Ce n'est pas par hasard qu'au début des années 80 un certain nombre de femmes se soient intéressés a la question Elles ont cherchés des pratiques et des témoignages d'avant l'écriture, que ce soit par des sociétés protohistoriques aujourd'hui disparues ou des sociétés de peuples « premiers » d’Amérique, d’Océanie ou d'Afrique. A partir des années 80 il y a eu découverte voir redécouverte des kipus incas, ces sortes de fils tressés servant a compter mais aussi a réaliser des opérations complexes « magiques » (voir miscellanées d'octobre 2019) par une femme spécialiste d'histoire des mathématiques Cela a entraîné l'ouverture d'un chantier de recherche : les mathématiques avant l'écriture Elle a ensuite étudié toute une série de pratiques de tribus indiennes d’Amériques du nord avant de s'intéresser également à des peuples premiers originaires d’Océanie.

Une double révélation en a résulté : d'une part la redécouverte de pratiques non considérés comme mathématiques, mais qui nécessitait une bonne connaissance opérationnelle des chiffres et des calculs complexes : la navigation, la création de complexes décorations textiles et l'arpentage des premiers champs cultivés. Dans ce dernier cas, il est apparu une autre réalité surprenante, celle de l'importance des femmes dans ce surgissement car elles étaient souvent associées a l'agriculture dans ses premiers pas.De même dans les premiers calculs de le cycle lunaire pouvait etre associé au cycle menstruel et les calculs des femmes concernant cet important moment de leur vie intime aurait donné lieu a la création des premier outils de calculs (sous formes de pierresMaria gravées)

Bibliographie :

 Maria Ascher Mathématiquues d'ailleurs, nombres, formes et jeu dans les sociétés traditionnelles Seuil 1998 284 pages

https://www.abibitumi.com/community/math-and-science-stem/how-menstruation-created-mathematics/ un site (féministe) qui explique « comment les menstruations ont créé les mathématiques....

femmes et sciences studies

La « question des sciences » a été posé dans le cadre de la remise en cause de l'universalisme « mâle » abstrait consécutif au développement d'un féminisme structuraliste dans les années 70 : les valeurs « universelles » étaient en fait considérés comme celles de mâles blancs âgés. Or la science est au cœur du dispositif idéologique qui construit l'universel abstrait avec des constituants biens défini : la neutralité, le primat de l'expérimentation, le regard « dépassionné » sur le réel...

Une des première remise en cause fut celle de l'ethologie des primates, singulièrement celle des chimpanzés. La société des chimpanzés était montré comme un modèle d'organisation construit autour d'une hiérarchie de males avec en tete le « grand chef », singe résus.

Mais il y a ensuite de nombreuses remises en cause de la façon dont « la science » parlait des femmes, de leur santé, de leurs « petits problémes mensuels » (et menstruels)

Cette remise en cause s'est conjugué a celle d'une vision uniquement occidentale des sciences et du savoir. Les « sciences studies » américaines ont beaucoup parcouru ces thématiques, mais il a encouragé toute une génération de chercheuses de toutes nationalités et de toutes orgigines a remettre en cause des préceptes trop vites acceptés sans discussion

une petite web bibliographie :

Cartrographie of feminist science studies : https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/00497878.2019.1603980

 Le féminisme comme théorie critique des sciences  https://www.cairn.info/revue-tumultes-2011-2-page-59.htm#

 Les sciences : un nouveau champ d'investigation pour les gender studies https://www.cairn.info/revue-idees-economiques-et-sociales-2012-1-page-52.htm

Sexe et genre dans la pratique scientifique : https://journals.openedition.org/cedref/509

savoirs féministes : corps et santé : https://efigies-ateliers.hypotheses.org/category/critiques-feministes-des-savoirs-corps-et-sante

Donnah Harraway et les savoirs situés 

donna-haraway-and-cayenne

 Donnah Harraways est emblématique des sciences studies US. Biologiste de formation initiale, elle est également historienne et philosophe. C'est elle qui a contribué à mettre en valeur le concept de « savoirs situés », : face a une certaine conception de la neutralité scientifique qui pose le lieu d'observation comme absolument neutre, Donnah Harraway préconise une certaine forme de connaissance autocentrée. résumé en une formule : « Comment voir : c’est tout l’enjeu des luttes sur ce qui pour finir comptera en tant que description rationnelle du monde »

Elle s'est surtout fait connaître en france a partir d'un recueil de différents essais « le manifeste cyborg ». Au travers de cet ouvrage ( (Savoirs situés : la question de la science dans le féminisme ; Le Patriarcat de Teddy Bear ; Ecce Homo, « Ne suis-je pas une femme ? » ; La Race : donneurs universels dans une culture vampirique ; Le Témoin modeste), elle a construit un « mythe politique ironique », le cyborg, « fidèle au féminisme, au socialisme et au matérialisme »

Mais elle a aussi beaucoup écrit sur « nos frères animaux », et plus précisément nos compagnons, les « animaux domestiques » avec lesquels nous entretenons une liaison étroite. Dans sa dernière production "Manifeste des espèces compagnes" Donnah Harraway questionne notre cohabitation avec le vivant et tout particulièrement... le chien, partenaire de vie.

Bibliographie selective :

Donnah Haraway Des singes, des cyborgs et des femmes. La réinvention de la nature, Éditions Jacqueline Chambon 2009.

Donnah Haraway Manifeste des espèces de compagnie. Chiens, humains et autres partenaires Éditions de l'éclat 2010 

Le livre du mois : les oubliées du numérique de Isabelle collet 

Aujourd'hui tout le monde s'accorde a relever le fait que les femmes ont été évincées du secteur du numérique, avec toute une série de conséquences dommageables. Si on se plonge dans l'histoire, on s'apperçoit que les femmes y ont tenu un role essentielle, qu'elles ont elles mêmes conçues tout un tas d'innovations... Et pourtant a partir du début des années 80 la part des femmes ne va pas cesser de diminuer jusqu'a la part minuscule qui est la leur aujourd'hui Cette situation méritait réflexion. Celle de Isabelle Collet est à la fois pertinente originale et positive Elle propose une série de piste qui permettrait de lutter contre cette situation. Enfin, elle conclus par une réflexion sur les défis de l'intelligence artificielle. Je terminerais la mienne par une citation de Virginal Wolf  : « L’histoire de la résistance des hommes à l’émancipation des femmes est encore plus instructive que l’histoire de l’émancipation des femmes. »

 présentation de l'éditeur : 

Ordinateur : adjectif désignant Dieu mettant de l’ordre dans le monde. » Cette définition du Littré est un point de départ pour expliquer pourquoi si peu de femmes sont informaticiennes. Les fantasmes de pouvoir qui ont accompagné la naissance de l’ordinateur faisaient davantage partie de la socialisation des hommes que de celle des femmes. En effet, si celles-ci ont la charge de la transmission des règles de la société (en particulier vers les enfants), elles ne sont pas supposées les écrire.
À partir des années 80, les métiers de l’informatique ont gagné en prestige et les hommes s’y sont engouffrés en masse.
À l’approche de 2020, les objets numériques sont partout et nous servent d’interface avec le monde social. Or, le digital est un univers conçu, programmé, installé et maintenu par quelques hommes blancs de milieu socioprofessionnel favorisé, pour un public d’hommes et de femmes de tous âges.
Cette situation n’est pas satisfaisante, qu’on la regarde sous l’angle économique (l’entreprise se prive de la moitié des talents) ou sous l’angle de la justice sociale et de l’égalité entre les femmes et les hommes.
Isabelle Collet livre avec clarté le fruit de quinze ans de recherche sur l’inclusion des femmes dans le numérique et propose des solutions pour relever les défis et les obstacles posés par l’IA en lien avec le genre.

Bibliographie : 

Isabelle Collet Les oubliées du numérique, Paris, Le Passeur, 2019, 224 p.

Femmes et jeux mathématiques : une liste de liens : 

Ce mois ci, pas de jeux proprement dit, mais une série de lien qui vous plaira, j’espère.... 

Jeu sur les femmes scientifiques : http://www.cite-sciences.fr/fr/au-programme/lieux-ressources/carrefour-numerique2/telechargements/jeu-femmes-scientifiques/

Femmes et sciences (jeu de cartes) : https://www.luanagames.com/fr/produit/femmes-de-science-jeu-de-cartes/

Une série de jeux sur l'égalité et sur les mathématiques : https://playtopla.com/collections/mathematique

Le dernier prix Abel est une femme ! : https://www.nature.com/articles/d41586-019-00932-1

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.