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Le Club de Mediapart sam. 28 mai 2016 28/5/2016 Édition de la mi-journée

La science de A comme Autonomie à Z comme Zététique : R comme Révolution

Aujourd’hui la question de la révolution sociale et politique se place sous le signe du désenchantement et du doute. L’horizon d’attente qui a marqué trois siècles d’histoire de l’occident n’est plus. La révolution en France, c’est bien entendu celle qui nous a mis (après bien des péripéties) sous le chemin de la république. C’est aussi la révolution bolchevique de ceux qui sont « monté au ciel », sans oublier la longue marche des chinois vers l’indépendance et le progrès social et politique. Mais elle ne fait plus rêver que quelques individus isolés, des minoritaires par nature et par vocation. Elle est réduite au cortège de violence qui l’accompagne généralement, et  aux faillites qui ont marqué la fin du « court XX° siècle : la  révolution russe engoncée dans la terreur stalinienne et la contre révolution bureaucratique. La révolution chinoise noyée dans le marché, les révolutionnaires latinos américains réduits a des postures pour vendeur de teeshirt.Mais si la révolution sociale et politique est déconsidérée ou regardée comme impossible, il est un domaine ou elle continue à avoir du sens, celle des révolutions scientifiques qui ont changé notre regard sur la nature et sur nous même. Sans doute parce qu’elles se sont déroulée sans violence (du moins, sans violences visibles) et que les basculements qui se sont fait n’ont jamais connu de ces éclipses qu’on a connu dans d’autres contextes (la restauration pour la révolution française, l’implosion de l’URSS pour ce qui concerne la période ouverte par 1917, le retour des chats gris suite à l’effondrement de la « révolution culturelle » 

Aujourd’hui la question de la révolution sociale et politique se place sous le signe du désenchantement et du doute. L’horizon d’attente qui a marqué trois siècles d’histoire de l’occident n’est plus. La révolution en France, c’est bien entendu celle qui nous a mis (après bien des péripéties) sous le chemin de la république. C’est aussi la révolution bolchevique de ceux qui sont « monté au ciel », sans oublier la longue marche des chinois vers l’indépendance et le progrès social et politique. Mais elle ne fait plus rêver que quelques individus isolés, des minoritaires par nature et par vocation. Elle est réduite au cortège de violence qui l’accompagne généralement, et  aux faillites qui ont marqué la fin du « court XX° siècle : la  révolution russe engoncée dans la terreur stalinienne et la contre révolution bureaucratique. La révolution chinoise noyée dans le marché, les révolutionnaires latinos américains réduits a des postures pour vendeur de teeshirt.

Mais si la révolution sociale et politique est déconsidérée ou regardée comme impossible, il est un domaine ou elle continue à avoir du sens, celle des révolutions scientifiques qui ont changé notre regard sur la nature et sur nous même. Sans doute parce qu’elles se sont déroulée sans violence (du moins, sans violences visibles) et que les basculements qui se sont fait n’ont jamais connu de ces éclipses qu’on a connu dans d’autres contextes (la restauration pour la révolution française, l’implosion de l’URSS pour ce qui concerne la période ouverte par 1917, le retour des chats gris suite à l’effondrement de la « révolution culturelle »

 

Qu’est ce donc qu’une « révolution scientifique », et comment expliquer son surgissement et ses succès ? Il y a bien l’idée de rupture soudaine qui entraine un changement des mentalités bien au delà de son domaine d’application. Deux cas peuvent éclairer cette situation, celui de Copernic et celui d’Einstein. On sait que Copernic est révolutionnaire en ce qu’il montre une conception « géo centriste » de la Terre. Avant Copernic la terre est au centre du monde. Le monde est clôt, le soleil tourne autour de la terre. Toute la physique découle de cet état de fait de façon indiscutable et indiscuté. Il y a une révolution dans les sciences, une révolution dont Les effets seront retardés à mesure de sa diffusion dans les restes du paysage scientifique et en partie dans la population. En particulier cette découverte fondamentale entraine  la remise en cause de  toute la physique aristotélicienne. C’est-à-dire que l’on ne peut plus expliquer la chute d’un corps sur la terre en estimant qu’il va vers son lieu naturel qui est le centre du monde puisque la terre n’est plus le centre du monde. L’effet politique lui-même sera encore plus retardé puisque c’est autour de Galilée qui reprendra de façon ouverte les représentations de son devancier que la bataille entre les conceptions scientifiques et celles de la religion aura lieu sur la base de la place relative des sciences et des religions sur la vérité, les scientifiques refusant de céder sur la préséance accordée jusque là à la religion.

De même la révolution apportée par Einstein entrainera une mutation sur la conception des sciences et des idées dont les conséquences jouent encore jusque maintenant. En effet en montrant comment espace et temps sont indissociablement liés, il Cette symbiose de l’espace et du temps, ainsi que de la matière et de l’énergie, constitue la première révolution d’Einstein, réalisée en 1905. Dix ans plus tard, il effectue une seconde révolution en montrant que les deux éléments de sa première révolution – la matière-énergie et l’espace-temps – sont aussi intimement liés. En effet, la matière-énergie déforme l’espace-temps, le courbe. À son tour, cette déformation gouverne le mouvement incurvé des corps célestes dans le cosmos. Cela oblige à réinterpréter la gravitation universelle de Newton comme un effet purement géométrique, et non pas comme une véritable force. Cette nouvelle vision de la gravité, plus juste que celle de Newton, permet de comprendre la dynamique non seulement des objets qui s’y déplacent, mais de l’Univers lui-même!

 L’histoire des sciences, entre hagiographie  et  critique

La question de la révolution des sciences est  évidemment historique. Si on prend soin de parler d’elle, c’est justement parce que la notion de « révolution scientifique » s’inscrit dans  une chronologie, ou la période charnière entre 17° et 18° siècle constitue un pivot engageant une profonde remise en cause de conceptions classiques, de la vieille façon de « faire science ». Et c’est une révolution aussi car non seulement elle modifie en profondeur les normes, les façons d’engager la science et les techniques, mais qu’elle constitue la pointe avancée d’un mouvement transversal a toutes les disciplines intellectuelles qui sont toutes reconsidérées et remises en cause.   La « tradition » est alors abandonnée, en imposant la méthode expérimentale au détriment des autres façons.  Le débat entre thomas Hobbes et Boyle l’atteste : le premier est l’auteur d’un livre princeps pour ce qu’il est convenu d’appeler les « sciences politiques » le Léviathan, une somme de la culture politique de son temps, l’autre est un de ces révolutionnaires de sciences,  chimiste et physicien du XVII siècle dont l’importance déterminante fut quelque peu escamotée par la forte personnalité de Newton. Au centre du débat, une innovation du second dont le premier conteste l’importance et le rôle (déterminant dans la détermination d’un certain nombre de découvertes physiques)  la « pompe à air » et son importance dans la genèse d’une physique qui ne se contente pas de reprendre et commenter les « grands anciens », mais qui  s’ouvre à de nouveaux horizons.

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Il y a une histoire hagiographique des sciences qui n’aide pas à déterminer la façon dont se sont passé ces grandes mutations, Truffé de «storrytelling »  cette fiction de science ressemble aux dépliants en papier glacé des firmes pharmaceutiques : sous leur aspect brillant, le billet vert.  Tout autre est l’ouvrage de Stephen Shapin qui prône que « la révolution scientifique des XVII° siècles n’a jamais existé » (et qui lui consacre un livre-somme tout a fait sympathique. Il place la « révolution scientifique du XVII siècles sous la tripe question de la connaissance du passé, des méthodes et du pouvoir. Car s’il y a une révolution au XVII siècle c’est bien celle là : la science n’est pas uniquement un outil de connaissance, mais est devenue pendant cette période un outil de pouvoir.

 

 Question de paradigmes

La notion de révolution scientifique va recevoir un  renforcement décisif  grâce à la participation de l’historien des science et scientifique lui-même Thomas Kuhn Celui-ci considère deux régimes de fonctionnement des sciences : le régime « normal », ou les outils conceptuels mais aussi pratiques utilisés par les scientifiques travaillent d’une façon « continue » et linéaire, et celle de brève période de rupture ou les théories, mais aussi les pratiques et les outils utilisés sont l’objet de remise en cause. La notion de « paradigme » va être employée. On fait souvent une erreur en employant à tord cette notion de « paradigme » comme « Le mot paradigme s'emploie fréquemment dans le sens de Weltanschauung, « conception du monde » en langage philosophique C’est un contresens, mis a la mode par l’utilisation du « changement de paradigme » à toute les sauces. S’il suffisait uniquement de « changer notre vision des choses », le changement de paradigme serait à peu de frais. Or il s’agit aussi de changer d’outils, de méthodes, voir même d’institutions… C’est bien pour cela que les révolutions scientifiques, pas plus que les révolutions sociales et politiques, n’arrivent pas les quatre matins…

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Une autre utilité de la notion de paradigme montre que l’idée Kuhn défend contre Popper l’idée que les théories scientifiques ne sont pas rejetées dès qu’elles ont été réfutées, mais seulement quand elles ont pu être remplacées. Ce remplacement est pour partie un phénomène social (et donc imitatif), dans le sens où il engage une communauté de scientifiques en accord sur un agenda centré sur l’explication de certains phénomènes ou de certaines expériences. Cette communauté est dotée d’une structure qui lui est propre (conférences, publications...). Il n’est pas rare dans l’histoire que plusieurs écoles coexistent pour une même discipline scientifique, éventuellement dans une relation d’opposition et d’ignorance réciproque relatives, chacune abordant des problématiques communes à travers des paradigmes différents.

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La pensée Kuhnienne a toutefois été critiquée pour diverses raisons. L’évolution de la science comme Kuhn la représente, a le défaut (en tout cas pour toutes les conceptions positivistes de la science, d’Auguste Compte à Popper en passant par le Cercle de Vienne), de l’origine à de faire intervenir le concept de relativisme, qui consiste, schématiquement dire : « Toutes les opinions se valent. » ou encore « A chacun sa vérité. » En effet, dans la méthode utilisée par Kuhn d’analyser la science, la « vérité » n’est jamais un critère définitif de la réussite d’une conception scientifique. C’est bien en cela que cette conception a eu son heure de gloire, même si l’auteur lui-même était fort éloigné des conception du « programme fort » en sociologie des science (qui postule que le « social » est autant convoqué que « la nature » pour régler les controverses scientifiques). D’autre part, l’idée d’un progrès discontinu en science peut aussi être problématique. Celle-ci contredirait, en effet, l’évolution et le progrès de la science pour s’approcher de la Vérité définie par des critères précis de scientificité. Autrement dit, c’est la mise en pratique des théories qui nous révèlent leurs écueils éventuels et non une étude théorique des principes en place. Le scientifique accroît alors seulement sa capacité à résoudre les problèmes rencontrés pour faire avancer la science, mais la structure en boucle (décrite ci-dessus) empêche clairement une évolution « verticale » de la science.

Mais une dernière évolution risque de régler définitivement le problème de la « révolution » en science avec l’apparition de la « techno science » comme espace de compréhension de la nature et d’action.  Celle-ci risque d’assécher définitivement ce lieu fragile d’où jaillit la compréhension fine des phénoménes scientifiques au bénéfice d’une rentabilité immédiate. On peut déjà constater comment le marché a tué l’innovation par exemple dans l’industrie pharmaceutique, ou la nécessité d’avoir des « blockbuster » (médicaments dégageant plus d’un milliard de chiffre d’affaire annuel) réduit comme peau de chagrin tout progrés véritable au profit des « mee too » (surnom qu’on donne aux médicaments copiés sur la concurrence pour « occuper le marché » sans véritable innovation)

Petite Bibliographie

Stephen Shapin - La révolution scientifique Flammmarion 1998

Daniel Parrochia - Les grandes révolution du XX° siécle PUF 1997

Michio Kaky - Vision : Comment la science va révolutionner le XXI° siècleAlbin Michel 2000

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Tous les commentaires

Il existe une métaphore assez pertinente de l'avancée de la science qui nous change un peu du discours politique révolutionnaire ou réactionnaire,

c'est celle de la percolation d'un solvant dans une poudre.

Le solvant avance lentement formant une ligne de front, et localement de petits chemins étroits avancent plus vite ; le plus souvent ils se bloquent et sont rattrapés par le front.

Il arrive parfois que certains s'élargissent beaucoup faisant avancer le front beaucoup plus vite.

Certains y voient alors de dramatiques révolutions

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L'auteur

Marc Tertre

Education populaire (science et techniques), luttes diverses et variées (celles ci qui imposent de "commencer à penser contre soi même") et musiques bruitistes de toutes origines
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