Miscelannées scientifiques de Janvier 2019 spécial Livres

Ce mois ci vous ne retrouverez pas les rubriques habituelles, mais une selections de 8 ouvrages balayant l'ensemble des sciences Dés le mois prochain, les rubriques habituelles seront au rendez vous En attendant, j'espére que cette selection vous conviendra.

Le Blob un mystére vivant et immortel

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Le "blob" s'appelle en vérité Physarum polycephalum, et c'est un drole de zèbre : ni animal, ni végétal, ni Fungi(vulgairement appelé "champignon) c'est un "protiste" myxomycètes, un animal unicellulaire assez stupéfiant. En même temps il semble appartenir à la nuit des temps mais aussi à un imaginaire de science fiction. C'est pourquoi Audrey Dussutour, une des spécialiste de ce surprenant "animal" l'a surnommé le "blob", du nom d'un film de science fiction terrifiant ou un être extra terrestre sans forme prenait possession de tout le vivant

Le Blob, 1958 : l'invasion d'une créature étrange © Les extraterrestres au cinéma

Évidemment, le "blob" étudié par les scientifique est bien moins terrifiant, on pourrait même dire qu'il est totalement pacifique puisque sa propriétaire le nourrit a base de pop corn ! Elle en parle comme d'un "animal famillier" (et cela pourrait en effet etre une solution pour nos amis végans qui se refusent à réduire en esclavage chiens et chats domestiques) même si son répertoire d'actions sociales est infiniment plus limité que les animaux précédemment décrits. Reste quelques mystères, sa sexualité compliquée  (il compte 221 sexes différents là ou nous n'en comptant que deux, et c'est déja le bordel) son immortalité quasi assurée (sauf "accident de la vie" car le blob de pleine nature vit une vie aventureuse) Et quelques questions sur son intelligence puisqu'il arrive a trouver la sortie de labyrinthes compliqués alors qu'il ne possède ni nerfs ni cerveaux.

On peut également consulter la vidéo de la conférence Tex donnée par Audrey Dussutour. Mais évidemment, le mieux est de vous procurer de toute urgence le livre qu'elle a consacré au Blob. Les qualités de la conférence sont là (humour, "présence", sens de la communication) mais les aspects véritablement scientifiques sont largement approfondi 

je vous laisse quand même la conférence "tex" pour info :

Le blob, une intelligence sans cervelle? Fiction ou réalité: Audrey Dussutour at TEDxToulouse © TEDx Talks

Présentation de l'éditeur :

Une seule cellule de 10m2 qui fait tout : yeux, oreilles, bouche, estomac, 221 sexes... Ni plante ni animal ni champignon, voici le blob ! Derrière ses allures d'ovni, cette espèce non-identifiée promet des avancées scientifiques majeures.Un jour aux États-Unis une dame trouve dans son jardin une énorme masse jaune de la texture d'une éponge. Les policiers sont appelés et, paniqués, lui tirent dessus, sans aucun effet, les pompiers le brûlent mais, le lendemain, la chose a doublé de taille. C'est un blob. Évidemment, cela a donné lieu à un film d'épouvante : " Beware of the Blob " avec Steve Mac Queen. A-delà de l'anecdote, le blob semble immortel. Coupé en morceaux, il cicatrise en deux minutes. Ses seuls ennemis sont la lumière et la sécheresse. Mais il peut " hiberner", en attendant des jours meilleurs. Le blob ? ou physarum polycephalum ? n'a pas de neurones, mais est capable d'apprendre et de résoudre des problèmes complexes comme les labyrinthes. Il est même doté d'une personnalité. En effet, Les souches se comportent différemment selon leur pays d'origine : L'Américain est plutôt agressif, l'Australien plus pacifique, le Japonais a une tendance à la procrastination...Il est dépourvu de membres mais il bouge, certes lentement. En conditions de laboratoire, il se nourrit de flocons d'avoine et de flans. Bien que dépourvu de cerveau et d'estomac, il parvient à maintenir un apport optimal de nutriments essentiels à sa survie et à sa croissance. C'est un hasard qui l'a mis sur le chemin d'Audrey Dussutour spécialiste des fourmis. Depuis la jeune chercheuse toulousaine s'y consacre. Le blob révèle d'étonnantes capacités et les scientifiques vont de découvertes en découvertes. Chacune d'elle ouvre une fenêtre sur notre propre espèce: mystère de nos origines, solutions pour améliorer notre longévité, pistes pour le traitement du cancer, nouvelle façon d'appréhender l'apprentissage...Nous n'avons pas fini d'entendre parler du blob !

Audrey Dussutour Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le BLOB sans jamais oser le demander Editions Equateur 2017 181 pages

Fraudes et incertitudes scientifiques : la frontiére incertaine

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On regrette souvent les esprits complets du XVII siécle qui mixaient philosophies et sciences, mathématique chimie, physique et géographie le tout nourri d'un humanisme qui donnait tout son sens à l'ensemble. Henri Altan est ce qui se rapproche le plus de ces esprits bien formés. Médecin, biologiste, chercheur et praticien il est également philosophe, et écrivain. Membre du comité national d'éthique, il puise dans le fond culturel hébraique une série d'outils de pensée à la fois pour la réflexion et l'action.

Dans le livre que vous propose, il soumet à la réflexion un objet d'une brulante actualité dans les sciences et dans la médecine, celui de la triche et de la mauvaise fois. Il commence à utiliser un  terme utilisé dans la culture talmudique dont il fait une consommation vivifiante : il utilise ainsi le mot hébru "onaa", qui désigne à la fois la fraude caractérisée et les domages qu'elle cause  Le terme hébreu onaa lui fournit son point de départ. Ce mot désigne à la fois la fraude et le dommage qu'elle cause Le Talmud de Babylone dans lequel le terme apparait l'applique aussi bien aux relations commerciales qu'aux propos échangés. Toute tromperie blesse et en particulier dans les domaines basés sur la confiance. La science est bien un de ces domaines qui repose fondamentalement sur la confiance qu'on peut donner à ses énoncés, et aux énonciateurs qui en discutent et les mettent en forme.

Mais l'onaa n'est pas un outil binaire, il est bien plus agile, et désigne un monde de l'entre deux, entre le crime et l'accomodement "raisonnable".  Comme le sont, par exemple, les techniques de propagande, de marketing ou de communication - mais aussi les machines, automates et artefacts que nous fabriquons en fraudant, en quelque sorte, avec les processus de la nature.

Cette grande leçon d'intelligence revient sur le statut de la vérité et la définition du mal, mais n'oublie pas l'information scientifique dans les médias, la place du mensonge sur Internet, les ruses de l'écologie politique ou des lobbies pharmaceutiques. On y croise notamment Spinoza et Simondon, Nietzsche et Rabbi Eliezer, Thucydide et Wittgenstein, ou Rorty et Plutarque, réunis dans une jubilation bien tempérée.

Le résultat est un magistral exemple de mesure. Car la réflexion sur les degrés de fraude, ceux qui sont pardonnables et ceux qui ne le sont pas, écartent symétriquement deux positions extrêmes dont les effets néfastes sont multiples. Rêver d'éliminer toute fraude conduit à sacraliser les normes et engendre le risque de la pureté totalitaire.

Henri Atlan : Biologie, science, ethique et politique © ville de montpellier

quatriéme de couverture :

Évaluer l’importance d’une fraude financière est possible. Cependant, comment prendre la mesure d’un presque mensonge, de la mauvaise foi ? Par exemple dans l’industrie pharmaceutique ou dans les imbrications écolo-scientifico-idéologiques. Et comment arbitrer des manigances politiques, apprécier les supercheries de certains professionnels de la communication ?

Henri Atlan, membre du Comité Consultatif National d’Éthique à sa création, choisit de nous éclairer à l’aide du concept d’onaa qui désigne en hébreu à la fois la fraude, dans les transactions financières, et la blessure verbale infligée par des paroles.

Le monde de l’onaa est celui de l’entre-deux : on ne rêve plus ici de Platon, d’une vérité absolue, totale. À l’idéal d’une impossible pureté on substitue la conception d’une réalité plausible, imposant les limites de la loi pour imposer un moindre mal.

Le monde de l’onaa est celui du presque vol, du quasi-mensonge. Nous sommes ici dans un univers de pratiques qui ne croit pas à la pureté d’une solidarité fusionnelle, garantie par la présence d’un dieu.

Aujourd’hui, il semble qu’aucun discours, pas même l’usage d’énoncés scientifiques, n’est à l’abri de dérapages frauduleux, volontaires ou involontaires. En temps de crise financière et morale, qui fragilise les démocraties, Henri Atlan éclaire des textes quelquefois anciens pour repenser le statut de la fraude dans notre monde contemporain.

Biologiste et philosophe, Henri Atlan a publié dans la même collection notamment : Tout, non, peut-être. Éducation et vérité (1991), Les Étincelles de hasard I et II (1999 et 2003), L’Utérus artificiel (2005).

Henri Atlan De la Fraude, le monde de l'onaa Seuil 2010 320 pages

Le Darwinisme appliqué aux maladies

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Un des courants de pensée prometteur en ce qui concerne les progrés de la médecine est nommé "médecine darwinienne" ou plus généralememnt "médecine évolutionnaire"  par ses promoteurs.

Il consiste à utiliser les phénoméne liés à la la théorie de l'évolution en ce qui concerne les maladies et la santé en général. Alors que la médecine cherchait surtout à comprendre les mécanismes propres aux micro organismes responsables des maladies et aux réponses (immunitaires, chimiques, etc) de l'organisme attaqué, la médecne "darwinienne" s'attache principalement à étudier l'évolution des parasites et celle de l'homme, tout en cherchant à interpréter et quantifier leur co évolution conjointe Cette nouvelle approche a connu quelques avancées tout a fait intéressantes : la question de la résistance des antibiotique, une véritable catastrophe sanitaire mais aussi des avancée en ce qui concerne les cancers, les maladies auto immunes et bien d'autres domaines.

Samuel Alizon, chercheur éminent de cette branche de la santé, nous offre une approche pédagogique de cette démarche, de ce qu'elle permet et de ses limites. La présentation qu'il fait de cette problématique a partir de nombreuses questions d'une brulante actualité est à la fois d'une grande pédagogie, et est extrêmement facile à aborder même si on ne dispose pas des connaissances liées au sujet. De nombreuses questions "pratiques" sont abordées, et le vivant est envisagé dans ses multiples conséquences. Un ouvrage intéressant qui nous offre de nouvelles perspectives

en bonus une conférence de Samuel Alizon "les mystéres de l'année 2018"

Les Mystères 2018 : Samuel Alizon (samedi matin) © Ville de Saint-Tropez

Résumé de l'éditeur :

Comment de nouvelles maladies infectieuses apparaissent-elles et évoluent-elles ? Pourquoi certains antibiotiques cessent-ils d’être efficaces ? Les changements des modes de vie et les politiques de santé publique affectent-ils l’évolution des agents pathogènes ? Et dans quelle mesure l’espèce humaine est-elle façonnée par ses maladies ?
La médecine évolutionniste permet d’éclairer ces questions. De fait, les micro-organismes offrent l’un des exemples les plus remarquables d’évolution rapide. Le virus du sida, survenu voici environ un siècle, a connu cinq fois plus de générations que l’homme moderne depuis son apparition il y a cent mille ans. La lutte est donc déséquilibrée, d’autant que nous sommes des milliards mais que les microbes sont des milliards de milliards.
Les années 1980 ont sonné le glas de l’optimisme sanitaire avec la pandémie de sida et la généralisation des résistances aux antibiotiques. Depuis, ne cessent d’émerger des maladies infectieuses nouvelles (SRAS, grippe aviaire, ebola…) ou anciennes mais maintenant résistantes (tuberculose). En comprenant leur origine, on peut espérer les maîtriser et imaginer des traitements originaux. Mais la théorie de l’évolution parviendra-t-elle à influencer la pensée médicale ? Ce livre, d’une vive actualité, concerne, par-delà les étudiants et les professionnels de santé, un très large public.

Samuel Alizon, chercheur au CNRS, est spécialiste de l’évolution et de l’écologie des maladies infectieuses. Il développe des modèles mathématiques et statistiques pour mieux comprendre (et prédire) la propagation et la virulence des maladies.

Samuel Alizon C'est grave docteur Darwin L'évolution, les microbes et nous Seuil 2016 231 pages

La gravité en questions 

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La gravité est trés simple mais elle est aussi trés complexe, et elle ne cesse d'etre une question, pour ne pas dire un mystére. De Newton à Einstein, dela théorie des cordes  à la question de la gravité quantique, la gravitation se présente toujours comme le sparadrap sur les doigts du capitaine Haddock. Gabriel Chardin, chercheur original et pertinent (mais qui n'a pas oublié que l'imagination est la qualité premiére du découvreur scientifique) reprend la question à nouveaux frais. Aprés nous avoir fait le panorama de l'ensemble des problématiques liées a cette notions et rappelé les principales théories ayant la volonté d'y trouver une solution, il nous propose sa solution, basée sur l'existance de l'anti matiére. C'est a la fois facile à lire (jamais de développements mathématiques ardus, de théories complexes, etc) et vertigineux Bref, une véritable lumiére dans ce continent obscur.

En bonus, la conférence de Gabriel Chardin sur "l'insoutenable gravité de l'univers" donné à l'IFA (Institut Français d'Astronomie)

L'insoutenable gravité de l'Univers par Gabriel Chardin © Association Française d'Astronomie (AFA)

Présentation de l'éditeur :

Plus d’un siècle après la construction par Einstein de la théorie de la Relativité générale, la gravitation reste une énigme. Alors que c’est la force la plus immédiate à nos sens ! La découverte des ondes gravitationnelles, témoins des premiers instants de l’Univers, constitue une nouveauté forte, mais les résultats obtenus sont difficiles à expliquer par le modèle cosmologique standard, censé décrire l’Univers de la façon la plus précise possible… Et s’il fallait carrément changer de modèle d’Univers pour résoudre l’énigme ? 

Alors que c’est la force la plus immédiate à nos sens, la gravitation reste une énigme. Si Einstein l’a apprivoisée dans sa théorie de la Relativité générale, les physiciens quantiques se cassent le nez et les neurones dessus… La gravitation résiste à l’infiniment petit…

Heureusement, depuis 20 ans les choses bougent. La découverte des ondes gravitationnelles, témoins des premiers instants de l’Univers, constitue une nouveauté forte. Les images de la coalescence de gigantesques trous noirs, popularisés par Stephen Hawking, ont marqué les esprits. Mais les résultats obtenus sont difficiles à expliquer par le modèle cosmologique standard, censé décrire l’Univers de la façon la plus précise possible… Et s’il fallait, carrément, changer de modèle d’Univers pour résoudre l’énigme ?

Car le modèle cosmologique standard peine à expliquer, entre autres, l’existence de l'énergie noire, à laquelle les cosmologistes ont recours pour expliquer l’expansion de l’Univers… Le modèle standard prédit que cette énergie va de plus en plus dominer notre univers jusqu'à ce que les galaxies se retrouvent isolées au milieu d'un espace presque vide…  Or, cette force mystérieuse serait due à une gravité répulsive ? hérésie ! La gravité ne peut « évidemment » être qu'attractive, repensez à la pomme de Newton… Le modèle cosmologique standard, pour « fonctionner », requiert également la tout aussi mystérieuse « matière noire »… tout en ne l’ayant jamais observée… Cela fait beaucoup d’inconnues pour expliquer la naissance de l’Univers et son évolution, passée, présente et future !

Pour Gabriel Chardin, chercheur aussi brillant qu’apprécié de ses collègues pour son originalité, la solution a peut-être pour nom… l’antimatière. L’antimatière, sa bête noire, sa muse, qu’il traque depuis 40 ans, et dont personne ne sait bien où elle est passée après le Big bang…

Quel est le rapport avec la gravitation me direz-vous ? Au lieu de graviter, comme chacun d’entre nous, l’antimatière antigraviterait… Pour cette raison, elle se dissimulerait dans ce que nous appelons aujourd'hui les vides intergalactiques, qui occupent la plus large fraction de notre univers.

Plus besoin de recourir ni à l’énergie noire ni à la matière noire, l'histoire de l'univers enfin livrée sans zones d'ombre  !

Le livre sort précisément l’année où trois méga expériences menées au CERN s’intéressent exclusivement à l’antimatière : elles pourraient donc fournir la solution de l'énigme. Et valider la thèse audacieuse de Gabriel Chardin, qui remet complètement à plat notre modèle d’explication de l’Univers… en en proposant un nouveau.

Gabriel Chardin L'insoutenable gravité de l'univers Le Pommier 2018

Impostures coloniales : La lomidine, histoire d'un scandale scientifique oublié

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La médecine coloniale constitue un des instruments principaux du pouvoir colonial en afrique et en asie. Victimes des multiples "fièvres tropicales", les colonisateurs ont été les premiers soucis des hygiénistes coloniaux au travers d'une conception véritablement raciste de la santé en Afrique notamment ainsi que le relate avec beaucoup de précision Olivier Le Cour Grandmaison dans son histoire de l’hygiène coloniale. Mais aprés la seconde guerre mondiales, la présence coloniale européenne est remise en cause en Afrique, et cela va amener la médecine coloniale a s'intéresser à  une des maladies qui faisait le plus de ravage en particulier dans les plantations de caoutchouc déplacées au Congo par suite de l'occupation japonaise en Indochine : la trypanosomiase ou maladie du sommeil La médecine croit avoir trouvé le médicament miracle, la Lomidine. Or cette croyance est étayée sur des faits non avérés et des interprétations hasardeuses En résulerons une suite de catastrophes sanitaires et de procédés scandaleux. Le traitement sera de plus en plus souvent administré de force, avec des conséquences souvent graves (abcés, fiévres, amputations, morts quelquefois) et ce en pure perte, puisque l'efficacité réelle de ce traitement est largement sur estimé. Guillaume lachenal fait le récit circonstancié et terrifiant d'une politique de santé marqué par ce qu'il appelle la "bétise coloniale" d'autant plus satisfaite d'elle meme que les seuls victimes sont les innocentes populations locales méprisées et regardées de haut. Un livre indispensable bien au dela de la problématique purement "coloniale".

quatriéme de couverture :

C’est l’histoire d’une piqûre magique, qui devait débarrasser l’Afrique d’une maladie qui décimait le continent. C’est l’histoire d’un scandale pharmaceutique oublié, enterré par les pouvoirs coloniaux de la fin des années 1950.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les médecins des colonies font de l’éradication de la maladie du sommeil leur priorité. Un nouveau médicament vient d’être découvert : la Lomidine. Dans l’enthousiasme, de grandes campagnes de « lomidinisation préventive » sont organisées dans toute l’Afrique. La méthode connaît quelques ratés – la molécule se révèle inefficace et dangereuse – mais ils ne freinent pas les médecins, au contraire. Il faut « lomidiniser » l’intégralité des populations, de gré ou de force.
Ce livre montre comment les médecins s’obstinèrent à utiliser un médicament pourtant dangereux, au nom du rêve d’une Afrique libérée de la maladie ; comment la médecine a été un outil pour le colonialisme ; comment elle a servi de vitrine à l’« humanisme » européen et de technique de surveillance et de répression. La petite histoire de la Lomidine ouvre une fenêtre sur le quotidien des politiques coloniales de modernisation, révélant leur envers : leurs logiques raciales, leur appareil coercitif, leur inefficacité constitutive, et la part de déraison inscrite au coeur du projet de « mise en ordre » de l’Afrique par la science et la technique.
Guillaume Lachenal renouvelle le regard sur le gouvernement des Empires, qu’il saisit dans son arrogance et sa médiocrité, posant les jalons d’une anthropologie de la bêtise coloniale.

Guillaume Lachenal Le médicament qui devait sauver l'afrique  Editions la découverte 2014 282 pages

Le roman noir des compétitions scientifiques

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Jusque là les ouvrages que je vous proposais reposais uniquement sur le domaine largement exploré de la "vulgarisation scientifique" ou des questions de société qui se posent au sujet des sciences et des techniques. Nous aborderons ici un domaine bien différent, puisqu'il s'agit de la fiction. Ce que je vous propose est un roman du genre "thriller psychologique" mais se déroule dans un millieu de chercheurs en compétition. Or cette compétition est au centre de l'énigme du livre et de son enjeu romanesque. Megan Abott a déja une oeuvre constituée derriére elle basée quasi uniquement sur l'ambition comme moteur des conduites humaines. Son roman précédent, "Avant que tout ne se brise" prenait comme théâtre des opération le milieu du sport de compétition. De même "Les ombres de Canyons Arms" prennent leurs sources dans le milieu cinématographique, lui aussi centre d'une compétition féroce. Nous sommes ici dans le cadre d'un laboratoire de recherche dirigé d'une main de fer par un chercheur sans aucun scrupule ni limite : tout doit passer "derrière la recherche" Une joute oppose bientôt deux anciennes amies d'enfance dont un lourd secret a brisé l'amitié.

On s'immerge tout de suite dans la routine de la jeune chercheuse  débutante,  une soixantaine d'heures de travail en laboratoire par semaine, le trajet vers son domicile avec quelques kilomètres à pied à travers des zones commerciales et pour finir des soirées sans attrait. L'arrivée de son  ancienne amie de jeunesse au milieu social d'origine bien plus élevé  amène quelques allers-retours entre présent et passé et la tension s'installe : quel est exactement ce secret partagé qui conditionne leurs relations placées sous le signe de la discorde. Assez vite une compétition d'ordre professionnel trouble encore plus cette relation compliquée.  La personnalité autoritaire du Dr Lena Severin est mise en avant, ainsi que l'infinie fragilité des chercheurs et chercheuses mises en compétition. Il y a également quelques développements autour du TDPM, le trouble dysphorique prémenstruel.  Bref, on est dans un milieu quasi exclusivement féminin, assez rare dans la science et plus encore dans la fiction sur la science (ou les "savants" le plus souvent ne peuvent s'envisager en "savantes") Outre son intéret purement littéraire (qui est grand) et son style qui passe au travers d'une traduction maitrisée, il permet de constater que la pratique de la science n'est pas un diner de gala. Bien entendu, dans les faits il est peu courant que les chercheurs et chercheuses en compétitions en arrivent à de telles extrémités racontées dans l'ouvrage.

Quelques citations :

"J’ai dû attendre d’avoir dix-sept ans pour imaginer mon cerveau comme une chose dotée de toutes sortes de canaux, de crevasses et de précipices cachés qui conduisaient à des salles étincelantes renfermant de plus grandes possibilités encore."

"On apprend rarement aux étudiants en médecine à diagnostiquer et à soigner ce trouble. Quand des femmes viennent chercher de l’aide, on les renvoie souvent en levant les yeux au ciel. Pire encore, les recherches sont limitées et, de vous à moi, pitoyables."

Présentation de l'éditeur :

Jeune chercheuse en physique, ambitieuse et intelligente, Kit est sur le point d'obtenir le poste de ses rêves. Une nouvelle recrue vient troubler ses plans. Sa rivale n'est autre que son ancienne meilleure amie du lycée, Diane, qu'elle a essayé d'oublier depuis dix ans, hantée par le secret qu'elles partagent. La compétition menace de les détruire.

Megan Abott Prend Ma main Edition du masque 2018 Janvier 2019

L'atome et l'état français  avant la bombe atomique

La pile atomique Zoé premier réacteur atomique français (1948) La pile atomique Zoé premier réacteur atomique français (1948)

Robert Belot est un historien des sciences réputé, auteur de plusieurs ouvrages de référence. Il , signe  ici un essai historique important :. Alors que le CEA fête son 70e anniversaire et que le débat autour du nucléaire reste animé – notamment dans le cadre de la COP21 -, l’auteur nous ramène à la genèse du programme nucléaire civil français et bouscule les idées reçues.

Alors que la plupart des commentateurs pensent que les applications civiles de l'atome ont été développées aprés la décision prise par l'état français de se doter de l'arme nucléaire, il nous montre qu'au contraire les développements civils sont venus bien avant les applications militaires.

Il montre surtout le role éminent du grand Frédéric Joliot Curie, physicien d'une importance considérable et organisateur éminent de la science française. Il portera le CEA sur les fond baptismaux avant d'en être écarté en raison de son adhésion non dissimulée aux idéaux communiste et son adhésion au parti communiste 

Ce livre passionnant de bout en bout est un ouvrage indispensable pour comprendre la genése du nucléaire civil français, mais il constitue surtout un exemple à montrer partout d'histoire des sciences et des techniques

En bonus : un entretien vidéo de l'auteur sur son bouquin dans "c'est à dire" :

Robert BELOT - " C à dire" du 5 novembre 2015 © C à dire

 

Présentation de l'éditeur :

La France, pays le plus nucléarisé au monde, manifeste à l’égard de l’atome un étrange paradoxe. Tout en frémissant d’horreur à l’évocation de la bombe et des problèmes écologiques posés par l’industrie nucléaire, elle accorde un large consensus au nucléaire civil et militaire. Où trouver les racines de cette attitude ? Est-ce la nécessité de redresser le pays et de lui rendre sa dignité à la Libération qui a suscité un enthousiasme général pour la science et la technique ?

Dès 1945, le « gaullisme technoscientifique » et le communisme militant du prix Nobel Frédéric Joliot-Curie s’allièrent pour fonder le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), tandis que les journalistes et les artistes vantaient en chœur les futurs bienfaits de l’atome pour l’humanité.

À cette communion progressiste succédèrent bientôt l’ère du soupçon, puis de la défiance envers la « civilisation de la puissance » et l’équilibre de la terreur. Cette période où l’atome n’avait pas encore perdu son innocence a profondément marqué l’imaginaire français. Soixante-dix ans après Hiroshima et la création du CEA, ce livre unique par la nouveauté et l’exhaustivité de ses sources donne pour la première fois à comprendre l’histoire, singulière et troublante, du mariage de la France et de l’atome.

Robert Belot, historien, professeur des universités, enseigne la géopolitique. Sa recherche se partage entre l’étude des mutations politiques provoquées par les conflits internationaux et l’histoire culturelle de la technique.

Robert Belot L'atome et la France aux origines de la technoscience française Odile Jacob 330

La politique du Faux : médicaments contrefaits et politique des multinationales

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quatriéme de couverture :

Renforcement des législations, nouveaux accords internationaux, opérations de police, multiplication des saisies : la lutte contre les « faux » médicaments a pris une ampleur inédite. Ces précautions semblent s’imposer : dans les pays les plus riches comme les plus pauvres, l’accès à des médicaments de qualité, contrôlés avec attention, n’est-il pas un droit indiscutable ?
Au fil d’une enquête qui nous conduit des bureaux des firmes multinationales aux pharmacies de village, des rues de Nairobi aux zones industrielles indiennes, Mathieu Quet montre que la bataille contre les faux médicaments fournit à l’industrie le moyen de reprendre le contrôle d’une situation qui lui échappait. Face à la montée en puissance de l’industrie générique et à la croissance des échanges commerciaux entre les pays du Sud, face aux mouvements de patients qui dénoncent les effets de la propriété intellectuelle, et face aux gouvernements des pays les plus pauvres qui ne s’en laissent plus conter, la lutte contre les faux médicaments est la solution trouvée par la Big Pharma pour défendre ses monopoles et ses profits.
Une telle entreprise de sécurisation révèle certaines transformations essentielles du capitalisme, liées à l’évolution des routes marchandes et des formes de circulation, à la reconfiguration des stratégies de profit et des modes de contrôle. Il est grand temps d’étudier le fonctionnement de ce nouveau capitalisme des flux.

Mathieu Quet Impostures scientifiques Les empécheurs de penser en rond/La découverte 2018 230 pages

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