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Billet de blog 19 août 2014

Guerre ou Paix en Ukraine? Faut il soutenir la guerre de Kiev contre les séparatistes pro-russes ou appeler à la paix ?

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Marc Le Tourneur, Retraité, ancien cadre d'entreprise de service public
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Devant la tournure de plus en plus préoccupante de cette nouvelle guerre à l'Est de l'Europe, je ressens le besoin d'apporter quelques éléments de discussion, certes imparfaits et critiquables, mais importants à avoir en tête pour comprencre et agir en citoyen.

Nous savons peu de choses de l'Ukraine. Se contenter de quelques certitudes (révolution démocratique de Maidan versus interventionnisme Poutinien), répétées par tous les médias mainstream, est dangereux pour la paix, car la géopolitique nous apprend qu'en période de tension, lorsqu'on appartient à un des camps qui s'affrontent, on a le plus grand mal à comprendre le point de vue de l'autre camp. C'est toujours ainsi qu'on fait adhérer les peuples à la guerre voulue par les "puissants".

Dans cette affaire ukrainienne, ignorer l'ampleur des haines et des peurs issues des histoires dissemblables de l'Est et de l'Ouest Ukrainiens nous interdit toute véritable compréhension. Voilà pourquoi j'ai essayé de mettre noir sur blanc un résumé des éléments historiques et géopolitiques permettant de comprendre les enjeux de ce conflit dangereux pour la paix en Europe.

1 – L'Ukraine de l'an 1000 au 13ème siècle

Naissance de l'empire russe autour de Kiev (la « rous » de Kiev), Kiev devient la première des villes russes (« la mère des villes », dans l'histoire de Russie)

2 – Effondrement face aux invasions mongoles 13ème / 14ème siècle

La Russie de Kiev se déplace dans la région de Moscou.

3 – L'influence russe domine les siècles suivants, 14ème au 17ème siècle

L'Ukraine dans ses frontières d'aujourd'hui (sans la Crimée) est partagée de façon fluctuante entre les royaumes de Pologne, de Lithuanie, de Russie et l'empire Ottoman. Mais l'influence russo-slave reste dominante. Les langues locales (dont l'Ukrainien d'aujourd'hui) dérivent du Russe

4 – Au 18ème L'Ukraine est majoritairement rattachée à la Russie.

5 - Mais cette situation évoluera à partir du 18ème et jusqu'à la guerre de 14 dans un partage entre Autriche Hongrie à l'Ouest (Galicie), et Russie à l'Est (la plus grande partie y compris Kiev)

On discerne là les prémisses des affrontements d'aujourd'hui.

6 – A la fin de la guerre 14-18, 2 républiques émergent provisoirement à l'Est et à l'Ouest avant le rattachement à l'URSS

Les nationalistes Ukrainiens sont divisés entre Est et Ouest (!), et dans la guerre civile qui suit la révolution de 1917, certains se tourneront vers les Bolcheviks et d'autres vers les armée blanches soutenues et armées par l'Occident. La victoire des révolutionnaires aboutit au début des années 20 au rattachement d'une bonne partie de l'Ukraine actuelle (sans la Crimée, russe depuis 1783, et les régions les plus à l'ouest) à l' l'URSS en 1921 avec un statut de large autonomie.

Mais Staline garde le souvenir d'une Ukraine soutenant au moins en partie les armées blanches et ne favorise pas les Ukrainiens, c'est le moins qu'on puisse dire, cela aboutira aux grandes famines de 1932/33 et aux nombreux Ukrainiens victimes des purges de 1937/39.

7 – La 2ème guerre mondiale

Encore plus qu'ailleurs en Europe, ce fut une période terrible pour l'Ukraine avec l'émergence de partis nationalistes plus ou moins alliés aux nazis et des massacres parmi les pires de cette guerre et de l'histoire de l'humanité (à coté de cela, l'occupation Française ressemble à un diner de gala!). La « Shoah par balles » (cf les bienveillantes de Littell) fera un million et demi de morts juifs (!!!), elle sera a minima tolérée, et même au pire soutenue par les Nationalistes Ukrainiens, dont Bandera qui accueillera au départ les armées nazies en libérateur de l'Ukraine, avant de s'opposer aux Allemands puis à l'Armée Rouge. Le rôle des Nationalistes dans les massacres de Juifs est controversé mais prouvé. On estime que 220 000 Ukrainiens ont combattu dans l'armée nazie, dont la division SS Galicie. Svoboda, auquel appartiennent plusieurs ministres issus de Maidan, est directement issu de cette mouvance et se réclame de ce dirigeant Stepan Bandera, nommé « héros de l'Ukraine » par Iouchtchenko issu de la « révolution orange », prédécesseur de Ianoukovitch. Bandera a été violemment dénoncé comme « collaborateur nazi » par Israël et les résistants d'Europe. Précisons que Bandera est de nouveau reconnu comme un des fondateurs de l'Ukraine indépendante par l'actuel gouvernement de Kiev. Ceci explique sans doute pourquoi l'Est de l'Ukraine parle tant des « fascistes » de Kiev.

L'Est de l'Ukraine, elle, restera majoritairement aux cotés des Russes dans la « grande guerre patriotique ». Le nombre de morts sera terrible, 6 à 8 millions de morts selon les sources, dont plus de 5 millions de civils pendant la guerre sur le territoire Ukrainien !

A la fin de la guerre, le territoire de l'Ukraine sera agrandi par le traité de Yalta, mais toujours sans la Crimée intègrée à la Fédération de Russie. Krouchtchev qui dirigera L'URSS de 1953 à 1964, d'origine Ukrainienne rattachera la Crimée à l'Ukraine en 1954, sans débat ni referendum pour faire plaisir à sa région natale.

Une guérilla nationaliste antisoviétique et anticommuniste dirigée par Bandera se poursuivra dans l'Ouest jusqu'en 1954.

8 – L'effondrement de l'URSS et le vote de l'indépendance en 1991

Avec l'arrivée au pouvoir de Boris Eltsine en 19991, l'URSS s'effondre définitivement et l'Ukraine vote son indépendance (à 90%) en décembre 1991. S'ensuit une période chaotique et très difficile économiquement. La corruption se généralise.

9 - Les évènements récents, de 2004 à Maïdan.

La « révolution orange » fortement appuyée par l'Occident fait arriver au pouvoir Iouchtchenko avec Yulia Timochenko en 2004 dans une élection présidentielle disputée où le pays apparaît totalement coupé en 2 : l'ouest et le centre vote Iouchtchenko à 80% (Kiev 78%), le sud et l'est votent Ianoukovitch en lui donnant de 60% à 80% (81% en Crimée, 92% dans les 2 régions du referendum séparatiste !). Aucune des 24 régions ne connait un pourcentage de voix en faveur d'un des 2 candidats inférieur à 60%. On comprend mieux les réactions autour des évènements de Maidan ainsi que les tentations séparatistes : on est soit fortement pour, soit fortement opposé. Et la question politique vient peut-être après les considérations régionales.

En 2008 le nouveau pouvoir entame les négociations d'adhésion à l'UE et demande son intégration à l'OTAN (!!!) sachant que la base navale historique de la Russie se trouve sur son territoire en Crimée. On imagine les réactions Russes à cette évolution, d'autant plus que ces 2 initiatives sont clairement prises en accord avec les USA et une grande part de l'UE . La Russie s'inquiète de voir se dérouler un schéma géopolitique d'encerclement militaire (après les pays Baltes, et la Géorgie, tous anciens membres de l'URSS, l'Ukraine deviendrait membre de l'OTAN!) clairement dirigée contre elle, et d'étouffement économique par disparition de ses marchés dominants dans l'Est de l'Europe.

En 2010, l'élection de Ianoukovitch n'interrompt pas le processus UE. Quant à l'OTAN, certains membres européens de l'alliance sont réticents devant le risque de provocation anti-russe.

Les évènements de Maïdan sont suffisamment connus pour que je n'y revienne pas.

10 – Quelques conclusions provisoires

Dans ce climat politique archi-polarisé et un environnement économique très dégradé (niveau de vie Ukrainien 3 fois inférieur au niveau de vie Russe, par exemple) on peut comprendre qu'il est prioritaire d'appeler au dialogue et à la négociation. Depuis des années les Occidentaux mettent de l'huile sur le feu en soutenant une partie de l'Ukraine contre l'autre et en agitant des chiffons rouges géopolitiques sous le nez des Russes. Pas besoin d'avoir fait Sciences Po pour deviner qu'un Poutine, à la recherche d'une popularité intérieure qui commençait à lui faire défaut, ait vu là un excellent moyen d'unifier les Russes derrière lui en jouant du vocabulaire nationaliste (82% d'approbation après l'annexion de la Crimée, 100 000 manifestants de soutien à sa politique à Moscou dans la foulée).

Pourquoi l'UE et les USA veulent-ils l'Ukraine ? Pour moi, ce n'est pas pour défendre la démocratie mais pour conquérir des nouveaux marchés dans un pays de 50 millions d'habitants dominé par les échanges avec la Russie. De plus, dans la confrontation avec la Russie, les USA y voient un moyen de détourner les Européens du gaz Russe au profit de leurs gaz de schiste. Militairement, l'OTAN poursuit sa politique d'expansion pour brider la Russie et se renforcer vis à vis de la Chine et de l'Inde.

Ces combats ne sont pas dans l'intérêt des Ukrainiens, ni dans le nôtre. Ils ressemblent aux jeux impérialistes et nationalistes qui ont précédé la première guerre mondiale.

De plus les propagandes des 2 camps submergent les médias et rendent impossibles un débat honnête. Il me paraît grand temps de développer un discours et une action pour la paix contre la guerre, d'appeler au dialogue direct entre les Ukrainiens Kièviens et séparatistes, de s'opposer aux sanctions contre la Russie et aux discours justifiant les "opérations antiterroristes » meurtrières pour les civils. 

Posons-nous enfin la question d'une opération militaire de "nettoyage" de "milices criminelles" où les populations que l'on vient "libérer" se réfugient majoritairement en Russie plutôt que de s'abriter en Ukraine derrière les lignes de l'armée "libératrice":

180 000 réfugiés en Russie

120 000 réfugiés en Ukraine

Décompte occidental réalisé au début du mois d'aout. Bizarre, bizarre!

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