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Billet de blog 23 janv. 2015

Islamisation de la France? Mythe ou possibilité

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Marc Le Tourneur, Retraité, ancien cadre d'entreprise de service public
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L'islamisation de la France, une thèse ahurissante à mes yeux, tellement ahurissante que j'en rigolais avec des amis à l'époque où je l'ai vue apparaitre, il y a quelques années, dans des sites d'extrême droite. Et pourtant!

Le thème du risque d'islamisation de la France prospère de plus en plus vite. Après la médiatisation de Zemmour, il connait un développement spectaculaire avec LE livre à lire, celui de Houellebecq qui, comme "le suicide Français", est en tête des gondoles et des ventes (plusieurs piles à des endroits différents dans le Relay de la gare de ma ville de province.). Il touche autour de moi des personnes qui ont toujours été de gauche et antiracistes, et qui me disent aujourd'hui que Houellebecq n'a pas tort.

Il faut dire que les crimes djihadistes assurent à cette thèse de l'islamisation un retentissement épouvantable. Paradoxalement d'ailleurs, puisque ces crimes rendent encore plus absurde aujourd'hui ce qui l'était déjà hier.

Que peu de gens se lèvent dans les médias pour dire l'invraisemblance absolue de ce mythe digne des "sages de Sion" m'inquiète au plus haut point.

Comment se ferait-il que, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, une minorité ethnico-culturelle reléguée dans des quartiers ghetto et plus pauvre que la moyenne pourrait arriver à prendre le pouvoir pour appliquer à la France sa propre culture presque unanimement décriée en dehors des rangs des musulmans eux-mêmes? 

Si des gens raisonnables se mettent à trouver quelque vraisemblance à ce mythe, c'est que notre société est bien malade.

Réfléchissons ensemble: l'histoire des hommes est longue et il est rare qu'une situation historique n'ait jamais eu de précédent. L'histoire de la relation religion/politique est multi-millénaire. Je mets à défi tout lecteur de ce billet de trouver un quelconque précédent qui aurait vu une minorité religieuse pratiquant une religion aussi ancienne (1400 ans!) et connue que l'Islam, minorité pauvre et ethniquement stigmatisée, capable de convertir une population comme celle de la France. A certains égards, la situation des musulmans en France aujourd'hui, se rapproche de la condition des Juifs de France à la veille de la Révolution: une certaine intégration, des quartiers ghettos, une religion décriée par la majorité des Français. Certes, les grandes religions ont toutes connues des périodes d'extension rapides, le Christianisme dans l'Empire Romain étant èvidemment la référence. Mais ces périodes d'expansion ont toujours pris place dans les premiers siècles de leur existence et toujours avec des populations qui ne connaissaient pas auparavant les religions en cause! Je dis bien les populations et non les dirigeants politiques menacés dans leur pouvoir.

Nous vivons sur un continent Européen qui s'est confronté à l'Islam depuis ses débuts au 8ème siècle, et qui y a toujours très majoritairement résisté. Dans une proportion non négligeable, la civilisation Européenne s'est définie par opposition à l'Islam, les croisades sont là pour l'attester.

Il est donc exclu à plus ou moins longue échéance de voir l'Islam conquérir les coeurs et les esprits d'un continent et d'un pays qui a rejeté les religions hors du domaine politique. Les enquêtes les plus récentes évaluent à quelques milliers les conversions annuelles (4 000 par an!), ce n'est pas négligeable mais n'a rigoureusement rien à voir avec les centaines de milliers de Brésiliens qui rejoignent les églises évangèliques. Ces enquêtes n'évaluent pas les musulmans qui abandonnent leur religion, il y en a aussi.

Même au rythme de progression hautement improbable de 10 000 par an, il faudrait 3 000 ans (!!!) pour convertir plus de la moitié des 66 millions de Français. Alors 2022, même 2050, comme dit Houellebecq! Car j'imagine mal comment des Français non majoritairement convertis  pourraient accepter de voir les écoles de leur République devenir musulmanes comme l'imagine Houellebecq.

Houellebecq joue d'un quiproquo détestable, celui qui confond la religion supposée d'un Président avec sa politique. Oui, il est possible qu'un jour, un dirigeant politique musulman exerce de hautes responsabilités. En pleine montée de l'antisémitisme, Léon Blum, d'origine juive (j'ignore totalement s'il était croyant), incarne cette hypothèse. Et alors? où serait le risque d'islamisation?

Il faut oser dire que, de même qu'en 1936, avec un premier ministre Juif, il est effectivement possible d'avoir, un jour, un President ou un Premier ministre musulman mais que cela n'a rien à voir avec le mythe de Houellebecq. Si cela arrive, ce sera dans le cadre de nos partis politiques et ne changera rien aux valeurs de la République. Léon Blum n'a pas instauré l'enseignement de la Torah ni le port des papillotes, dans les écoles de la République comme l'imagine notre grand écrivain pour le Coran!

Oui, laisser entendre dans un pays qui, sondage après sondage laisse apparaitre sa peur de l'Islam, où de l'extrême droite à l'extrême gauche à travers tout l'éventail politique, la condamnation du voile islamique est généralisée, que l'Islam pourrait "soumettre" la République est soit un très mauvais canular, soit plus grave, un banal appel aux peurs ancestrales contre une minorité mal intégrée. Pensons un peu au Rwanda et aux peurs instillées pendant des années par certains médias contre les Tutsis...

En guise de "Soumission" (rien que ce titre...), notre plus grand risque c'est de nous soumettre à un mythe destructeur de nos valeurs vis à vis de la minorité tant décriée par tous, y compris sur les fils de Mediapart!

Le "protocole des Sages de Sion" n'est plus très loin.

 Nota bene: Pour ceux qui ne le sauraient pas un "parti musulman", comme dit Houellebecq, appelé "Parti de Musulmans de France" a été créé en 1997. Certains autour de moi s'en étaient inquiétés à l'époque.18 ans plus tard, il est toujours confidentiel malgré sa participation à plusieurs campagnes électorales. Pas un seul élu, même simple conseiller municipal! Alors, la Présidence de la République...

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