Le seul Français assistant sexuel « certifié » a décidé d'arrêter d'exercer son activité pour n'être plus que « certifié ». On pourrait penser qu'il jette l'éponge face aux difficultés rencontrées pour faire reconnaître l'accompagnement sexuel en France. Non, il préfère attendre de pouvoir devenir formateur dans ce domaine. Pourquoi ? Est-ce plus gratifiant ? Trop dangereux de pratiquer cette activité en position d'illégalité ? Dans ce cas, pourquoi les assistantes sexuelles ne renoncent-elles pas ? Pourquoi arrêter alors que les besoins existent ? Sauf erreur de ma part, il me semble que ses prestations étaient relativement soft, ne répondant pas forcément, de ce fait, aux attentes d'un certain nombre de femmes « handicapées ». Mais l'avantage c'est que la prise de risques était moindre face à la justice. Si tant est qu'il y a un risque d'être dans le délit d'humanité, surtout lorsqu'on constate la désinvolture méprisante de nos gouvernant(e)s à l'encontre de cette justice à plusieurs vitesses. Il n'empêche que, même soft, cet assistant sexuel offrait un certain bien-être (du moins, je le suppose).Résultat : des femmes « handicapées » n'auront désormais plus la possibilité d'être accompagnées sexuellement. À moins de se payer les services d'un prostitué, comme le font des congénères « valides ». C'est une solution à ne pas écarter par a priori. Encore faut-il trouver des hommes qui acceptent de vendre leurs services à des femmes qui ont un handicap. Ce n'est pas l'envie qui manque, chez certains, ainsi que chez certaines, mais le manque de formation adéquate. Les candidat(e)s potentiel(le)s aimeraient que leur soient enseigné(e)s les difficultés susceptibles d'être rencontrées, les spécificités des handicaps et certains gestes à adopter en fonction des pathologies côtoyées, ce qui peut se comprendre. Et montre leur degré de responsabilité. Apporter du plaisir, oui, faire mal par méconnaissance, non. C'est tout à leur honneur.Cette solution est évidemment aussi valable pour les hommes « handicapées ». C'en est une parmi d'autres, au moins en attendant la légalisation de l'accompagnement sexuel en France. Quand ? Pas sous cette présidence.Pour les personnes que cela pourrait intéresser, il faut savoir que l'on peut s'offrir les services d'un ou d'une escort(e), à domicile, pour environ 150 à 300 € de l'heure. Certes, cette somme est entièrement à la charge de la personne en situation de handicap mais elle a la garantie de bénéficier d'un service de qualité et d'un rapport sexuel avec pénétration, cunnilingus, fellation, voire davantage en fonction des prestations proposées. Si vivre l'expérience d'un rapport sexuel est vraiment important, je suis sûr que d'aucun(e)s sauront économiser afin de se l'offrir. C'est également cela être autonome, responsable et citoyen. La liberté a un prix et être citoyen nécessite de faire et d'assumer des choix, que l'on ait un handicap ou non.Je précise que ces prostitué(e)s sont volontaires et indépendant(e)s et trouvables en allant sur des sites comme niamodel.com (en sachant que beaucoup de numéros de téléphone sont périmés car les fiches ne sont pas régulièrement mises à jour) ou vivastreet, par exemple. Cependant, il faut s'attendre à des refus lorsqu'on annonce que l'on a un handicap. Personnellement, j'ai le sentiment que les refus sont moins fréquents dans certaines cultures, car le rapport au handicap et le regard posé sur celui-ci différent de la culture occidentale.Cela étant, on peut aussi recourir à la solution du massage tantrique ou de toute autre forme de massage énergétique. Un tel massage a d'énormes vertus et revient à environ 80 € pour une heure et plus. Il arrive parfois que la masseuse, où le masseur, propose un contact peau à peau, en se mettant également nue et en se couchant sur le client. Pourtant, ce « simple » contact intégral, bien qu'il n'y ait aucune approche génitale, est considéré par la justice française comme relevant de la prostitution… Ce qui restreint le champ du bien-être des clients (surtout s'il a un handicap important), ou contraint les pratiquant(e)s à le distiller dans la clandestinité. Quand bien même ce type de massage a démontré depuis des siècles son utilité.Toutefois, je suis persuadé que dans ce domaine, comme dans beaucoup d'autres, il est nécessaire d’oser malgré tout expérimenter en fonction de ses besoins personnels et de ses envies.Après le côté pratique, revenons à l'antienne théorique qu'on nous resserre inlassablement depuis le début de l'année.Puisque c'est, apparemment, la chasse à courre dans le champ de l'accompagnement sexuel. Maintenant c'est la Gauche Républicaine qui entre dans la danse du scalp. Sur le site ReSPUBLICA, en date du 26 juin 2011, on peut lire un article d’Hakim Arabdiou, une diatribe intitulée avec emphase : Les « aidants sexuels » : une prostitution déguisée et légalisée (http://www.gaucherepublicaine.org/respublica/les-%C2%AB-aidants-sexuels-%C2%BB-une-prostitution-deguisee-et-legalisee/3334).Nonobstant la déclamation démagogique et partisane (comme toujours), plus proche à mon goût d'un discours de gauche frontiste que républicaine ─ autant que je sache, la République est un espace de liberté, de dialogue et de tolérance ; or, rien de tout cela dans cet article ─, il y a les habituels tissus de mensonges, de contrevérités, d'omissions volontaires et d'approximations consternantes : une constante chez les opposants de l'accompagnement sexuel.C'est désolant et c'est profondément malhonnête pour les lecteurs que l'on est censé informer, à qui l'on est censé apporter un éclairage étayé et honnête leur permettant de se faire une opinion personnelle. Ici, loin s'en faut…· Le monsieur brandit d'emblée les droits des femmes (comme les autres), ainsi les choses sont claires. Hélas, il ne précise pas quels droits et pour quelles femmes. Il généralise, ça permet de noyer le poisson. Car, comme tous les opposants, il a une analyse parcimonieuse du sujet. Par exemple, il oublie sciemment certains droits des femmes « handicapées ». À aucun moment, il n'aborde le problème inacceptable des abus sexuels, si ce n'est des viols, subis à longueur d'années par des femmes, particulièrement en situation de handicap, aux quatre coins de la France, en toute impunité le plus souvent. Pas plus qu'il n'évoque la souffrance de ces mères qui masturbent leur enfant par détresse compassionnelle. Logique : pour démontrer le mal, il faut omettre certains maux ; c'est ce qu'on appelle l'objectivité républicaine d'une certaine gauche… Tout comme il ignore sciemment la possibilité d'un travail sexuel voulu et assumé, car cela n'entre pas dans sa morale. Dans certaines situations, c'est pratique d'avoir une mémoire sélective…· Mauvaise information : Handicap International ne fait plus partie du Collectif Handicaps et Sexualités. Pas grave, ça en rajoute une couche d'avoir une telle association dans la liste.· C'est plus simple de rester dans le flou : « assurées par des personnes rémunérées », plutôt que de préciser qui elles sont et qu'elles sont volontaires et dûment formées, ou encore qu'elles ont payé leur formation environ 2500 €. Il n'y a aucune coercition ni incitation (encore heureux) pour exercer cette activité et il ne faut pas oublier que des hommes font également de l'accompagnement sexuel, c'est un oubli par inadvertance, bien sûr…· On ne parle pas « d'aidant sexuel » mais « d'assistant sexuel » ; une mauvaise information de plus.· Certes, la France est un pays abolitionniste. Néanmoins, il faut préciser, pour les néophytes, que cela signifie que la prostitution est tolérée mais pas le proxénétisme et le racolage. Nuance. Dans ce contexte, nous demandons une exception de la loi afin que les personnes qui assument le rôle d'intermédiaire entre la personne « handicapée » et l'assistant(e) sexuel(le) ne soit pas poursuivie pour proxénétisme et/ou racolage. Rien de plus. En l'état actuel de la législation, il est tout à fait légal de faire de l'accompagnement sexuel mais pas d'avoir la gentillesse de faire les démarches pour trouver et amener l'assistant(e) auprès de la personne qui a un handicap, encore moins de rémunérer cet(te) assistant(e), même si c'est à la demande expresse de la personne « handicapée » (je suis bien obligé de passer par le truchement de mes accompagnants pour faire un chèque et le donner à son destinataire) ! C'est là que l'hypocrisie et la mauvaise foi se conjuguent afin de faire prendre des vessies pour des lanternes aux lecteurs et/ou adhérents.· Autre mauvaise information, cher monsieur : Jean-François Chossy a démissionné de son poste de député depuis le mois d'avril ou mai. Il ne peut donc plus porter le projet de déposer sa proposition de loi ayant pour but d'encadrer l'accompagnement sexuel…· Vous n'avez pas oublié « Marcel Nuss » dans votre dithyrambe, c'est sympa. Vous faites allusion au rapport que j'ai écrit pour Philippe Bas, alors ministre délégué : Accompagner les personnes handicapées… (Dunod, 2006), dans lequel j'envisageais l'éventualité d'un module complémentaire, consacré à l'accompagnement sexuel, pour les professionnel(le)s volontaires du soin et/ou de l'accompagnement au quotidien. Mais vous datez. Si vous aviez pris la peine de lire mes prises de position actuelles, vous auriez constaté qu'il y a une évolution dans mon analyse de l'accompagnement sexuel et de la profession d'assistant sexuel (aujourd'hui, par exemple, je penche davantage pour une formation des prostitué(e)s volontaires plutôt que des professionnel(le)s du social et médico-social). Mais ce n'était pas dans votre intérêt si vous vouliez enfoncer le clou de la démonstration fallacieuse…· Et vous continuez en reconnaissant « généreusement » qu'il est important « de trouver des solutions aux souffrances sexuelles et affectives des personnes lourdement handicapées ». C'est très charitable de votre part, mais comme vous ne proposez pas de solution, une telle affirmation ne vous engage à rien… De plus, vous demandez : « peut-on également soulager la souffrance des uns en infligeant une souffrance à d'autres ? » C'est qui les autres (vous avez remarqué combien vous adorez généraliser et rester dans le vague) ? Je suppose que vous faites référence aux assistant(e)s sexuel(le)s… Il faut donc m'expliquer comment on peut souffrir d'exercer une activité librement choisie, fusse-t-elle dans le cadre de l'accompagnement sexuel ? Et vous concluez le paragraphe en disant que la prostitution est la violence qui constitue l'une des plus graves faite aux femmes. Et les hommes ? Pourquoi cette nouvelle omission insidieuse ?· Quant à pénaliser le client, je l'ai déjà dit, on voit ce que cela donne en Suède. Mais lorsqu'on est « impuissant », comme tout le monde le sait, on raisonne en répression plutôt qu'en éducation. D'ailleurs, on s'attaque à la prostitution libérale pour mieux camoufler son impuissance face à la prostitution mafieuse. C'est pathétique et inique comme politique.· Vous décrétez également que le recours aux assistants sexuels « ne fera que renforcer la ghettoïsation des personnes handicapées ». Qu'en savez-vous ? Avez-vous été demandé aux personnes handicapées leur avis ? Avez-vous une idée de ce qu'elles veulent, de ce qu'elles vivent, de ce qu'elles ressentent ? Je n'en ai pas le sentiment. Ça ne vous empêche pas, une fois de plus, de généraliser. C'est ça la république de gauche que vous proposez ? Mettre tout le monde dans le même sac, secouer et proposer une morale uniforme, donc discriminatoire.· Dernier point ─ il y en aurait d'autres, hélas ─, s'il y a 90 % d'hommes « handicapés » demandeurs d'accompagnement sexuel, c'est parce que les femmes sont échaudées, pour le moment, à force d'être abusées et/ou violées. Elles préfèrent par conséquent attendre et voir comment cela va évoluer, pas parce qu'elles ont moins de besoins que les hommes (elles sont nombreuses à avoir une libido plus riche que celle des hommes ; je vous renvoie à la campagne édifiante de Osez le féminisme : http://www.osezleclito.fr/12-idees-recues-sur-le-clitoris). Malheureusement, pour le savoir, il faudrait d'abord aller sur le terrain, à l'écoute de toutes ces personnes, plutôt que d'affirmer bêtement derrière le confort d'un bureau !Je trouve que la Gauche Républicaine (laïque et sociale) manque sacrément d'une certaine fibre démocratique. Mais comme disait ma grand-mère : moins on est démocratique, plus on l'étale…Qu'importe, mon engagement en faveur de la tolérance, du droit de vivre sa vie comme on l'entend (notamment sexuelle), de la liberté d'être soi, de l'accompagnement sexuel, etc., n'est que renforcé par de telles postures rigides et mal argumentées. J'attends résolument la prochaine offensive offusquée et intolérante… Car il y en aura d'autres à coup sûr. Ça les rassure… les défenseurs de la république, de tous poils…À bientôtP.S. : Christine Lagarde a été élue à la tête du FMI. Mentir et tricher sont les deux mamelles du pouvoir et de l'argent, désormais. La Gauche Républicaine a encore de quoi nourrir ses indignations et étoffer les chevaux de bataille de son association… Questionnement (pour moi en tout cas) : que nous apporte la Gauche Républicaine ? Vous connaissiez, vous ?À l'heure où j'écris ces lignes, il semblerait que Strauss-Kahn s'en tire à très bon compte, pour le moment, puisque son accusatrice serait coupable de mensonges ayant trait à des affaires antérieures. Le violent (ou du moins l'acte sexuel) entre les deux protagonistes est avéré mais les mensonges dont est truffé l'interrogatoire de la victime risquent de tout remettre en question, que le viol soit avéré ou non. En fin de compte, c'est quoi la justice exactement ? C'est quoi l'égalité ?Une dernière question : que pense la Gauche Républicaine des plages citadines qui fleurissent en été ? Moi, ça me met toujours autant en colère de voir tout cet argent dépensé pour la frime, la démagogie et l'apparence, pendant que des miséreux par centaines de milliers survivent sous le seuil de pauvreté… À côté de ces plages…
Billet de blog 1 juillet 2011
Toujours à propos de l'accompagnement sexuel et de la prostitution
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