La priorisation macroniste des personnes vulnérables

Réalité quotidienne des particuliers employeurs en situation de handicap pendant le confinement !

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D’après le gouvernement, depuis le début de la pandémie en France, théoriquement, les populations fragiles (personnes âgées et/ou handicapées) font partie de celles qui peuvent prioritairement obtenir des protections (masques, gants et gel hydroalcoolique). En pratique, c’est une autre histoire.

Ce qui se passe dans les EHPAD est, à juste raison, abondamment chroniqué et relève d’un scandale d’État, me semble-t-il. On évoque également les conditions de vie dans les établissements accueillants des publics en situation de handicap ou celle des personnes accompagnées par des SAVS. Mais absolument pas celle des particuliers employeurs en situation de handicap.

Toutes ces situations ont un point commun : elles concernent des professionnels du médico-social et des personnes vulnérables, voire très vulnérables, livrés à eux-mêmes, dont l’unique priorité est de sauver les meubles, en raison de l’impéritie totale de l’État dans la gestion de cette crise sanitaire, et du non-respect de sa promesse de priorisation de ces populations. Pire, de ses mensonges à répétition, de ses dissimulations, de ses approximations voire de son cynisme, créant de faux espoirs et mettant en danger de mort des êtres totalement démunis par des affirmations irresponsables.

Quelle est la réalité du terrain vécue de l’intérieur par ces employeurs très spécifiques, en ce début de mois d’avril ?

Depuis le départ, en tant que particulier employeur, qu’est-ce que je vois, qu’est-ce qu’on me dit, qu’est-ce que je suis amené à faire afin de prendre et de faire prendre le moins de risques possibles à tout le monde, étant sous assistance respiratoire 24h/24 et ayant plus de 60 ans, autant dire à haut risque ? À ce titre, d’après certaines informations (lire ici)[1], en cas de contamination, je ferais partie des sacrifiés, ce qui est éminemment réjouissant et très interpellant. Car, en effet, sur quels critères repose la sélection, sachant qu’il y a 45 ans, alors que j’étais dans une situation tellement critique que les médecins doutaient fortement de ma survie mais ont néanmoins tenté le tout pour le tout, m’offrant au minimum 45 ans de rab ? Ces choix subjectifs et discrétionnaires sont-ils très éthiques, ne sont-ils pas de l’euthanasie qui ne dit pas son mon ?

Bref, la situation fait d’autant plus réfléchir que les protections promises ne sont toujours pas arrivées. Ne nous donnant même pas la chance de nous protéger, ainsi que nos employés, au mieux ? Pas de tests, bien qu’ils soient essentiels, pas de masques chirurgicaux, pourtant vitaux, pas de gants, qui pourraient être utiles, ni de gel hydroalcoolique, qui peut être remplacé par du savon. Pour de la priorisation, c’est de la priorisation ! Non seulement, nous serions sacrifiés dans les hôpitaux mais nous le sommes aussi à domicile. Autant dire qu’on nous envoie très froidement au casse-pipe ; « on » c’est-à-dire Emmanuel Macron, Édouard Philippe et leurs ministres, ainsi que leur idéologie de plus en plus meurtrière.

Contrairement aux effets d’annonce, nous n’avons jamais vraiment été prioritaires. Du reste, lorsqu’on consulte l’alerte n° 2020-INF-18, envoyée à toutes les pharmacies (lire ici), il faut bien se rendre à l’évidence : les employés des particuliers employeurs, et donc les particuliers employeurs eux-mêmes, ne sont pas prêts de le devenir ; en effet, d’après cette directive, nous serions fournis par une autre voie. Laquelle ? Celle du Saint Esprit ? Dans combien de temps ? C’est quoi la logique de ce gouvernement ? C’est quoi son objectif inavouable ? Faire de substantielles économies sur les prestations sociales ? Car on peut malheureusement s’attendre à tout avec ce gouvernement.

Dans ma condition, par mesure de précaution, j’ai trouvé préférable de mettre plus de la moitié de mon équipe d’accompagnants au chômage partiel. De ce fait, depuis presque trois semaines, c’est mon épouse qui assume désormais mon accompagnement jour et nuit, avec le soutien, tous les deux jours, d’un habitant du village Héraultais où nous vivons, pour effectuer les manipulations trop dures pour elle ; à ce titre, il bénéficie d’un contrat à temps partiel. Habituellement, elle occupe un poste à temps plein dans mon équipe d’accompagnants médico-sociaux très aguerris, en plus d’être mon aidant familial. Aujourd’hui, elle occupe quatre postes à temps plein, en croisant les doigts pour que son dos ne lâche pas.

Cependant, elle ne tiendra pas indéfiniment. L’idéal, ce serait de faire revenir ses collègues. Pour ce faire, il est impératif qu’ils puissent être dépistés afin d’éviter le maximum de risques, et d’avoir des masques en nombre suffisant. Le dépistage faciliterait grandement la vie et offrirait une garantie sécurisante à 90 %, encore faudrait-il qu’il soit fait régulièrement, mes accompagnants ayant leur vie propre en dehors des jours de service. Or, en dépit du bon sens, ces dépistages nous sont refusés depuis l’origine de la pandémie. Et, n’ayant pas de masques chirurgicaux, ma femme en a cousu, pour son collègue épisodique et elle-même (apprenant cela sur Facebook, elle a eu au total des commandes de masques tous azimuts, se chiffrant à plus de 300 depuis le 15 mars !), quant aux gants, très utiles aussi, une boîte nous a été généreusement offerte par l’école du village !

Dans ces conditions, rien de plus normal que de vouloir porter plainte contre l’État dans les prochains jours.

Le plus dérisoire, me semble-t-il, c’est que je suis privilégié, dans la mesure où j’habite dans un petit village du sud, que j’ai la chance de vivre avec une femme qui se dévoue corps et âme dans cette circonstance difficile et aléatoire, et qu’il règne une solidarité incroyable autour de nous dans le village, quand tant de semblables sont dans des conditions de vie et de sécurité inqualifiables !

Pendant ce temps, on continue de nous faire des promesses mensongères, on nous mène en bateau, on nous abandonne, on nous sacrifie sans état d’âme, parce que nous sommes considérés comme étant, au mieux, secondaires, au pire, des bouches inutiles à l’idéologie néolibérale macroniste.

Si tout va bien, ils sont même capables d’estimer que nous sommes trop cons pour comprendre quoi que ce soit à leur cynisme et à leur incurie.

 

[1] Ce matin, Olivier Véran et Sophie Cluzel ont fait une conférence de presse consacrée aux personnes handicapées, mais à aucun moment, ils n'ont évoqué la situation des particuliers employeurs (lire ici). Au final, ça ressemble à une conférence plus justificative que rassurante, avec le flou habituel entourant bon nombre de promesses.

 

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