L'accompagnement sexuel au grand jour

L'accompagnement sexuel, vous connaissez ? Vous êtes pour, contre ou sans opinion ? L'APPAS, vous connaissez ? Voilà un reportage on ne peut plus parlant…

Peggy vit en fauteuil, Mickaël est son assistant sexuel © kombini Peggy vit en fauteuil, Mickaël est son assistant sexuel © kombini

Aujourd’hui, qui n’a jamais entendu parler de l’accompagnement sexuel que propose l’Association Pour la Promotion de l’Accompagnement Sexuel (APPAS) ? Celles et ceux qui me lisent régulièrement savent de quoi il s’agit. Normal puisque je milite en faveur de cette cause depuis quinze ans et que j’ai créé, avec ma femme et des ami.e.s aussi déterminé.e.s que moi, cette association qui est la seule, je le rappelle, à proposer à des personnes en situation de handicap en demande de l’accompagnement sexuel, en toute illégalité, en raison de l’iniquité de la loi parfois et de la lâcheté de nos élus plus soucieux de préserver leur trône que de justice sociale. Aucun à ce jour n’a profité des questions au gouvernement du mercredi pour évoquer ouvertement le sujet à l’Assemblée nationale !

Pourtant, l’accompagnement à la vie affective, sensuelle et/ou sexuelle des personnes en situation de dépendance est en train de prendre un nouvel essor depuis la rentrée.

Plus de 1300 demandes enregistrées depuis mars 2015 ! Plus de 500 accompagnements sexuels pratiqués sur tout le Territoire, malheureusement toujours conditionnés par la situation géographique des bénéficiaires. Cinquante-deux hommes et femmes formées depuis mars 2015, mais seulement une quinzaine en activité actuellement. Du 28 au 31 mars 2019, une nouvelle formation (la sixième depuis le début) qui affiche complet, c’est-à-dire quinze candidats, peut-être seize dans les prochains jours ! Du jamais vu. Des articles ou des reportages tous les mois depuis novembre ou décembre. Un nouveau logo, un nouveau site et un Conseil d’administration renouvelée à 50 %. De plus en plus de demandes de formation des professionnel.le.s en établissement et d’accompagnements sexuels en « milieu protégé » ou « foyer de vie », signe d’une certaine évolution des mentalités.

Et puis, voici la première vidéo vue sur le net, en quelques jours, par plus de 1 300 000 personnes. Elle a été réalisée par Kombini. Pourquoi est-elle particulièrement intéressante ? Le nombre de vues bien sûr, mais aussi parce qu’on y voit un accompagnant, Mickaël formé par l’APPAS il y a deux ans, en même temps que sa compagne, et Peggy qu’il accompagne, alors même que les mouvements féministes radicaux et certaines associations antiprostitutionnelles ne cessent de clamer que c’est encore fait pour les mecs, que ce sont de nouveau les femmes qui s’y collent (sous-entendu « qui se sacrifient »). Cette vidéo est la preuve que c’est faux. L’APPAS accompagne également des femmes en situation de handicap, des personnes âgées, des couples en situation de handicap, des personnes handicapées physique, psychique ou intellectuel, quels que soient leur orientation sexuelle, leur genre, leur âge, leur religion, dès lors que ces personnes répondent aux critères d’admission, c’est-à-dire avoir plus de 18 ans (ce que nous regrettons car bon nombre de leurs camarades « valides » ont des relations bien avant la majorité, sans demander l’avis à papa ou maman), être en situation de dépendance et en souffrance affective. Notre grand regret, c’est qu’il n’y a que 10 % environ de demandes de femmes, pour le moment j’espère. De même, nous ne pouvons pas, dans l’état actuel de la loi, accepter les demandes de personnes ayant un handicap sensoriel, par exemple, parce qu’elles ne sont pas coupées de leur corps, elles peuvent par conséquent se masturber ou rencontrer une travailleuse ou un travailleur du sexe. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi avec la mentalité moralisatrice et liberticide qui prédomine encore sous nos latitudes.

En tant que président de l’association, je suis un proxénète aux yeux de la loi, que l’association ne touche pas un centime du tarif demandé par les accompagnant.e.s sexuel.le.s et se contente de gérer les mises en relation et leur suivi, d’assumer l’encadrement en somme, n’y change rien ; dura lex, sed lex comme disait Jules.

Dans tous les cas, bon visionnage et découverte, si vous n’avez pas fait partie des 1 300 000 vues !

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