Aujourd'hui, la France est régie davantage par les puritanismes et les dogmatismes ambiants que par le respect des libertés individuelles. Le droit à la santé sexuelle brandi en France n'est que de la rhétorique lorsqu'il s'agit de le mettre en application pour les personnes en situation de handicap souffrant de misère affective, sensuelle et/ou sexuelle.
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L’Association Pour la Promotion de l’Accompagnement Sexuel a vu le jour en septembre 2013. Elle forme en toute légalité des accompagnants sexuels depuis mars 2015 (50 à ce jour, dont un tiers d’hommes). Et, dans la foulée, elle a proposé des accompagnements sexuels à des personnes en situation de handicap aux quatre coins de l’Hexagone. Ainsi, en trois ans, elle a traité environ 1200 demandes d’accompagnement, dont près de 10 % provenant de femmes, et a pu faire quelque 400 mises en relation ; par parenthèse, elle vient de recevoir la demande d’une jeune femme paralysée et sourde prête à venir de la Martinique afin de pouvoir bénéficier d’un tel accompagnement ! Est-ce qu’une telle réalité ne devrait pas faire réfléchir le législateur et une certaine France ?
Certes, depuis que l’APPAS propose de l’accompagnement sexuel, elle contrevient sciemment à la loi sur le proxénétisme. Pourtant, en trois ans, en toute impunité, elle a permis à environ 400 personnes handicapées de bénéficier d’un accompagnement à la vie affective, sensuelle et/ou sexuelle… Qu’un tel constat n’interpelle pas les politiques et nos gouvernants, n’est-ce pas quelque peu interloquant ? Soit nous sommes des criminels et on nous poursuit, soit nous sommes une association bienfaitrice et on nous soutient et protège. Non ? Mon raisonnement n’est pas juste ?
Pourquoi cette hypocrisie généralisée alors ? Qui a peur de qui ou de quoi dans cette affaire ? Si ce que l’APPAS propose est si dangereux, illégal et répréhensible, pourquoi ce poker menteur ? Quel calcul y a-t-il derrière ce comportement ? En fait, nous sommes dans le « qui ne dit mot consent » car, en face de nous, on préfère ouvrir le parapluie plutôt que de regarder les choses en face et d’assumer cette réalité contemporaine, à l’instar du temps de voisins européens et d’outre-Atlantique. Mais j’ai horreur de l’hypocrisie et de l’injustice, tout autant que de l’inhumanité aveugle et sourde par principe, quand ce n’est pas par bêtise.
Toujours est-il qu’aujourd’hui, alors que les demandes affluent (parfois jusqu’à cinq par jour), l’APPAS est en danger. Sa survie est en jeu par manque de moyens financiers. À tel point que son avenir dépend de la générosité de donateurs. On laisse l’APPAS proposer et pratiquer l’accompagnement sexuel mais, du fait de son infraction avec la loi, elle ne touche aucune subvention, aucune aide pour couvrir ne serait-ce que ses frais de gestion, ou les déplacements de ses membres bénévoles. L’APPAS se retrouve aujourd’hui en cessation de paiement et dans l’incapacité d’assumer financièrement les frais courants et les frais de déplacement de ses membres bénévoles. Alors qu’elle aurait suffisamment de travail pour embaucher une à deux personnes compétentes.
Mais, au-delà de l’APPAS, c’est le respect d’une liberté qui est en danger. La France a ratifié le droit à la santé sexuelle, ce qui ne l’empêche pas de se voiler la face devant la souffrance des personnes privées de tout contact avec leur corps, de sensualité et de sexualité, c’est-à-dire coupées de l’essence de toute vie. Qui ne trouve pas normal de se toucher, d’être touché, caressé et d’avoir des relations sexuelles et sensuelles quand et comme bon lui semble ? Qui ? Pourtant tellement de gens s’opposent à ce besoin naturel sous prétexte que c’est une atteinte à la loi sur le proxénétisme. Plus exactement, parce qu’ils craignent que la légalisation de l’accompagnement sexuel ouvre la porte à la légalisation de la prostitution en France. Cette hypocrisie dogmatique va jusqu’à reconnaître qu’elle serait pour l’accompagnement sexuel… s’il était bénévole ! En clair, c’est sale de mélanger sexe et argent, car c’est forcément de la marchandisation des corps, non le fruit d’un choix volontaire en toute connaissance de cause. Moralisme et dogmatisme deviennent les mamelles de la France.
Aujourd’hui, si on est un défenseur convaincu de l’importance du respect des libertés individuelles, pour sauver l’APPAS, il faut lui offrir les moyens de continuer sa mission et même, si c’est possible, de mettre en place des projets éducatifs et d’accompagnements psychothérapiques. Si l’égalité des droits a du sens et est une valeur constitutif de toute démocratie véritable, il faut faire connaître cette cause qui, bien que régulièrement médiatisée, est encore peu ou mal connue, en tout cas insuffisamment pour avoir les capacités de se faire entendre au plus haut niveau. Si l’APPAS doit cesser d’exister, ses membres continueront leur vie mais qu’en est-il des centaines de personnes à qui elle a donné de l’espoir, qu’elle accompagne à travers la France ? L’abstinence n’est pas une maladie claironne les opposants, il n’empêche qu’elle détruit à petit feu les personnes qui en souffrent parce qu’elles n’ont pas accès à leur corps, à l’instar de tout un chacun ; pendant que les opposants font l’amour, peut-être même avec des partenaires multiples pour certains…
En attendant, l’APPAS ne se résigne pas, après plusieurs relances, elle a obtenu que le défenseur des droits s’intéresse à cette cause et prépare un rapport. Sa conclusion sera prépondérante pour l’avenir de l’accompagnement sexuel en France.
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