Défaut de conviction

Pendant que ça bouge aux quatre coins du monde, en France les mouvements sociaux sont léthargiques et dispersés.

 
Gilets Jaunes Gilets Jaunes

Des semaines que je ne publie plus de billet sur Mediapart, ni ailleurs. Pourquoi faire ? Pourquoi dire ? Une indignation en plus ou en  moins, qu’est-ce que ça changerait ?

Surtout devant le constat qu’en Algérie, au Liban, à Hong Kong ou au Chili, ça bouge sans baisser d’intensité. Ces peuples n’en peuvent plus d’être exploités et manipulés. C’est impressionnant de les suivre, de constater leur détermination et leur courage. C’est tellement encourageant également de savoir que c’est possible, si on le veut et s’il y a une solidarité indéfectible.

Pendant ce temps, en France, le mouvement des Gilets Jaunes s’éteint progressivement par défaut de militants. Rien qu’un feu de paille un peu plus long à s’éteindre que la plupart des mouvements sociaux en France ? Certes, c’est courageux et digne de respect de voir les quelques centaines ou milliers d’irréductibles qui manifestent samedi après samedi depuis un an, avec la même conviction chevillée au corps. Mais il faut être lucide : ces piqûres de moustiques (au mieux) ne font absolument ni chaud ni froid à ce gouvernement d’obtus calculateurs et opportunistes. Macron est droit dans ses bottes d’affidés du libéralisme effréné et de la haute finance.

Il continue méticuleusement de détruire le tissu social français, d’appauvrir les plus précaires, de casser le système de santé français, de nourrir le racisme et d’augmenter avec un mépris incommensurable les discriminations, et autres joyeusetés si démocratiques. Les fleurons de la France sont bradés avec une constance et une bêtise sans faille depuis Lionel Jospin.

Pourquoi se gênerait-il, puisqu’il n’a aucune opposition crédible en face de lui ? Les syndicats ? Quels syndicats ? L’opposition politique ? Quelle opposition, étant donné que la gauche est en lambeaux et obstinément dispersée ? Et la droite ne vaut guère mieux, exception faite de l’extrême. À ce jour, il y a peu de risques qu’Emmanuel Macron ne soit pas réélu président dans deux ans, la gauche désunie lui concocte généreusement un tapis rouge.

Les Français méritent bien leur réputation de râleurs individualistes manquant passablement de courage et de solidarité. Bien sûr manifester a un coût financier, c’est chronophage et non sans danger, mais ce n’est pas moins dangereux au Chili, en Algérie ou à Hong Kong, par exemple, ni moins coûteux. Donc qu’est-ce qui explique ce manque d’engagement de la majorité des Français, dont même la plupart des plus de 9 millions de Français sous le seuil de la pauvreté préfèrent subir et voir leur pouvoir d’achat fondre pour le plus grand bonheur des riches ?

Je comprends d’autant moins ce manque d’orgueil et de sens de la dignité, que j’ai été pendant une vingtaine d’années un pot de terre contre le pot de fer étatique et administratif, vérifiant concrètement qu’il est possible de gagner avec intelligence et détermination. Ce qui manque au peuple, c’est une stratégie, une unité et de la roublardise politique.

Le militantisme n’est pas une utopie, c’est une réalité sans concession qu’il faut affronter en chœur, pas avec des dissonances.

Désormais, je suis un retraité du militantisme, j’ai beaucoup donné et j’ai beaucoup obtenu. À d’autres de prendre le relais. Aujourd’hui, je ne peux que constater et déplorer, en espérant qu’un jour il y aura de nouveau 3 ou 4 millions de concitoyens dans les rues de Paris, des marées humaines comme en Algérie. Ce jour-là, je jubilerai. Dans cette attente, je n’ai rien d’autre à faire qu’à observer.

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