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Le Club de Mediapart mer. 28 sept. 2016 28/9/2016 Dernière édition

Nicolas Sarkozy et la dépendance

La dépendance serait la priorité de Nicolas Sarkozy pour 2011. Brusquement, le président de la République se soucierait du sort des personnes âgées et des personnes handicapées ? Comment le croire alors que, depuis 2007, les gouvernements successifs s'ingénient à revenir sur les acquis et les promesses de la loi du 11 février 2005 ?

Mais, visiblement, ce ne sont pas les contradictions qui étouffent le président de la République et son Premier ministre. Mais y a-t-il vraiment contradiction ? N'y a-t-il pas plutôt calcul et manœuvre grossière ?

L'intérêt de François Fillon semble réel puisqu'il affirmait, le 5 février dernier, que l'année 2010 serait celle du « nouveau souffle dans l'accomplissement des objectifs » de la loi du 11 février 2005. Et quel souffle ! Je dirais même qu'il ne manque pas d'air.

Suis-je médisant en mettant en doute sa volonté, et celle de Nicolas Sarkozy par la même occasion ? D'autant qu'il vient de confier une mission au député UMP Jean-François Chossy (un proche de Christine Boutin, rapporteur à l'Assemblée Nationale de ladite loi), dans une lettre datée du 5 novembre 2010.

Dans ce courrier, on lit : « Actuellement, le handicap est encore trop souvent synonyme de stigmatisation ou d'exclusion. C'est la raison pour laquelle, je souhaite vous confier une mission sur l'évolution des mentalités et le changement de regard de la société sur les personnes handicapées. » Puis il ajoute : « Pour parvenir à une intégration pleine et entière des personnes handicapées dans notre société, il apparaît tout d'abord important de mettre en lumière les déterminants sociaux qui influencent notre perception du handicap et notre comportement envers les personnes handicapées. »

Et il continue : « Fort du constat que vous aurez pu dresser sur ce point, il conviendra d'identifier par quelles actions concrètes le handicap pourrait être mieux intégré dans une société où il a été trop longtemps accompagné d'une

Plus exactement, on se moque de qui ? Depuis 2007, on se fout comme d'une guigne de respecter la loi du 11 février 2005 et de l'appliquer. Je soupçonne fortement que cette mission, confiée à un député de la Loire dont l'engagement en faveur des personnes handicapées n'est pas à mettre en doute, ni sa volonté, ne soit que l'arbre qui cache la forêt. Mais quelle forêt ? Quelle arrière-pensée vicieuse et viciée cache cette forêt ? La misère humaine n'a jamais été une préoccupation de Nicolas Sarkozy. Et bien qu'il ait rendu visite au pape, je ne pense pas qu'il ait eu une soudaine révélation. Donc à quoi jouent-t-ils, lui et son Premier ministre ?

Durant sa campagne pour les présidentielles, il avait promis une augmentation de 25 % de l'allocation aux adultes handicapés [AAH] d'ici à 2012. Et puis, la crise aidant, François Baroin annoncé, au mois de juillet dernier, que, finalement, cette augmentation se ferait non plus sur cinq ans mais sur six. En fait, dès le départ les dés ont été pipés de façon « très subtile ». Dans un dossier de presse de Valérie Létard, présenté le 11 février 2009, il était précisé que « Fin 2009, l'AAH atteindra 682 €, soit, chaque mois, 54 € de plus que début 2008. » Ce qui, en clair, signifie que l'augmentation n'était pas calculée sur celle de juillet 2008 mais sur celle de janvier 2008. D'ailleurs, selon un tableau officiel du ministère du Travail, des Relations sociales, de la Famille, de la Solidarité et de la Ville, montrant l'évolution prévue de l'AAH, le chiffre exact de l'augmentation de celle-ci, à la fin de l'année 2009, aura été de 29 € et non de 54 ! Néanmoins, on insiste puisque, dans un communiqué daté du 24 février 2009, Brice Hortefeux, alors ministre du Travail, déclare que la citoyenneté des personnes handicapées existera « grâce à la revalorisation de l'allocation aux adultes handicapés (AAH), pour permettre aux personnes handicapées de disposer de ressources décentes pour vivre : l'AAH augmente de 54 € de 2009. » Il ose parler de ressources décentes quand bien même elles sont sous le seuil de pauvreté - 791 € en 2008 (tandis que l'AAH était de 682 € à la même époque). Or, tout le monde sait ou devrait savoir que sous le seuil de pauvreté on survit, on ne vit pas, on est donc forcément exclu et

Il est donc légitime de se demander d'où vient ce brusque intérêt pour la dépendance, pour une cause que les gouvernements successifs n'ont cessé de négliger voire de démolir depuis 2007 ? Pourquoi ni l'Élysée ni les ministères n'ont-ils fait évoluer leur regard et leur mentalité depuis 2007 ? Pourquoi a-t-il fallu trois ans pour prendre conscience de vérités qui, de surcroît, ne cessent de leur être répétée ? Pourquoi a-t-on attendu 2011 pour se décider à lutter contre la marginalisation, l'exclusion et la stigmatisation des personnes en situation de handicap ?

Et que fera M. Fillon des résultats de cette mission ? Il paraît que les caisses de l'État sont vides. Où trouvera-t-il alors les moyens pour mener des « actions concrètes » ?

Il est vrai qu'il parle au conditionnel : « pourrait être mieux intégré ». Il fait même beaucoup mieux puisqu'il dit très précisément : « il conviendra d'identifier par quelles actions concrètes le handicap pourrait être mieux intégré dans une société où il a été trop longtemps accompagné d'une marginalisation. » Un lapsus encore ? Car il n'est pas question d'intégrer la personne mais son handicap ! Si une telle approche n'est pas marginalisante qu'est-elle ?

Personnellement, je suis plus que dubitatif après des années d'engagements politiques et associatifs. L'intérêt soudain pour la dépendance des personnes âgées et handicapées ressemble trop à une entourloupe sarkozyenne de plus pour être pris au sérieux.

Et si ce n'est pas une très probable stratégie pour démantibuler de la Sécurité sociale, ce sera autre chose. En tout cas, il n'y a rien de réjouissant et de bon à attendre de cet engouement présidentiel pour la misère humaine, au vu de sa politique du handicap depuis son élection. Mais quand on a besoin des « vieux » pour être réélu et pour s'attaquer à ce que beaucoup nous envient : notre couverture sociale, tous les moyens sont bons.

En attendant, je suggère à François Fillon et à son gouvernement de commencer par travailler eux-mêmes sur « l'évolution [de leurs propres] mentalités et le changement de [leur] regard [...] sur les personnes handicapées », plutôt que de leur proposer du vent, des châteaux [de sables] en Espagne...

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L'auteur

Marcel Nuss

Écrivain-consultant-formateur-conférencier
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