Qui n’en veut d’un handicap ?

Les inégalités se creusent pendant que les riches s’empiffrent et que la misère croît sous le mépris d'un gouvernement cynique !

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Droit ? De quel droit parle-t-on dans le pays des droits de l’Homme et du Citoyen ? L’Allocation aux Adultes Handicapés (AAH) vient d’être augmentée, le 1er avril, de 8 € ! Et ce n’est pas un poisson d’avril gouvernemental, il n’a pas suffisamment d’humour pour ça, ou alors c’est de l’humour noir. Pour atteindre désormais les 819 € par mois, alors que le seuil de pauvreté, en 2017, était de 1015 €, soit 200 € d’écart. Or, ce gouvernement compte mettre l’AAH à 900 €… fin 2019, restant toujours sous le seuil de pauvreté, puisque celui-ci était de 1015 € en 2017 et qu’il augmentera entre-temps, j’ose espérer. Il y aura malgré tout encore un « petit » différentiel d’environ 150 €, fin 2019 pour atteindre le seuil de pauvreté. Donc, soit on a la volonté continuer à entasser les (trop) chers allocataires dans des établissements médico-sociaux, soit on estime que la charité familiale comblera la différence. C’est beau le droit à l’autonomie et l’égalité des droits et des chances. L’égalité de quoi ? En fait, si des politiques vilipendent le « cancer de l’assistanat » (Wauquiez) ou « les fainéants » (Macron), quand bien même ils se contentent de véhiculer des clichés pour fractionner la société, car ils n’ont jamais mis les mains dans le cambouis, jamais été au chômage. En fait, les mêmes persistent insidieusement à cultiver cet assistanat, tout en lui tapant dessus, et en méconnaissant la réalité du terrain. Sinon, pourquoi ne réforme-t-on pas les minima sociaux qui sont aujourd’hui dépassés ? Pourquoi ne pas en faire des revenus minimums d’insertion, par exemple ? Un revenu qui serait cumulable et imposable, calculé en fonction de la population qui le touche afin d’encourager les personnes à chercher une activité rémunérée et à se resocialiser. Une sorte de revenu universel minimum défendu par Benoît Hamon, lors de la dernière campagne pour les présidentielles, avec quelques différences. Comment peut-on parler d’insertion alors qu’on s’ingénie à la réfréner ? Comment peut-on parler de vie décente et se coucher tous les soirs, en étant fier de soi, alors qu’on maintient des millions de Français sous le seuil de pauvreté ? Comment peut-on blâmer des personnes de ne pas avoir d’emploi quand on fait tout pour les en dissuader ? Comment peut-on parler d’autonomie quand on programme sans cesse la réduction du nombre d’appartements adaptés ? La seule politique gagnant-gagnant, c’est celle qui est résolument octroyée aux plus riches. Bien qu’il n’y ait aucune garantie d’un retour sur investissement de la part des gagnants du loto macronien. On ne prête qu’aux riches, les précaires, on se contente de les étrangler toujours plus, tout en les fustigeant. Et pour cause, dès lors que l’on est un friqué obsédé de néolibéralisme et soucieux de plaire à Bruxelles, il faut bien trouver des économies pour respecter le seuil des 3 % de déficit.

 

Droit ? De quel droit parle-t-on dans le pays des droits de l’Homme et du Citoyen ? Le gouvernement a déposé un projet de loi renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes dans lequel la problématique spécifique lié au handicap n’est pas abordée, et il n’y a pas non plus de fiche « diagnostic handicap » annexée à ce texte. Pourquoi ? Tout y passe, exceptée la « violence » sexuelle subie par de trop nombreuses personnes en situation de handicap parce qu’elles n’ont pas accès à leur sexualité en raison de leur handicap. Normal, c’est une violence psychologique et physique dont on ne mesure pas l’impact et les conséquences lorsqu’on ne l’a pas vécue, de l’intérieur, pour les personnes concernées, de l’extérieur, pour l’entourage et les professionnels du médico-social. En fait, cette « violence » si spécifique dérange, autant les bonnes que les mauvaises consciences. Elle n’est pas jugée vitale (on ne meurt pas d’abstinence ou de frustration… à moins de se suicider), le dolorisme sacrificiel catholique à la vie dure ? En effet, c’est la solution proposée qui dérange, même en sachant que celle-ci fait ses preuves dans une dizaine de paye en Europe et presque autant dans le reste du monde, en France aussi mais inégalement. Il y a des souffrances auxquelles on s’attaque, avec raison, et d’autres, pour lesquelles on préfère hypocritement se voiler la face autant que possible (l’euthanasie, la PMA, la GPA, l’accompagnement sexuel des personnes en situation de dépendance, etc.). En somme, il y a les bonnes et les mauvaises souffrances, les combats sans risque et les combats « courage-fuyons ce sein qu’on ne saurait voir ». C’est beau l’égalité des droits et des chances. L’égalité de quoi ?

On aime a priori cette France à deux vitesses, celle des très riches et celle des très pauvres, celle des causes à défendre pour se dorer le blason et celle des causes à ignorer de crainte d’en être éclaboussés.

 

Droit ? De quel droit parle-t-on dans le pays des droits de l’Homme et du Citoyen ? Celui de se taire et d’avaler les couleuvres de l’accompagnement médico-social ? Ainsi, qui sait qu’il est interdit à une auxiliaire de vie, pardon, une AES – diplômée d’État d’accompagnement éducatif et social –, de donner des médicaments à la personne qu’elle accompagne à domicile, même préalablement préparés par une infirmière). C’est si incohérent et inconséquent que, bien sûr, elles le font tout de même, du moins les plus intelligentes, indépendantes, réfléchies, logiques et humaines. Parce qu’elles pourraient souvent attendre longtemps l’infirmière, or leur temps est compté, faut passer au client suivant, la victime suivante d’un système d’accompagnement inhumain qui n’a pas le temps de prendre le temps, et dans les EHPAD c’est tout aussi dramatique ; ce n’est pas un hasard si les deux systèmes de soins sont dénoncés aujourd’hui dans des grèves. De surcroît, comble du cynisme politique, on nous serine le sempiternel gouffre de la Sécu mais on trouve normal de faire déplacer une infirmière libérale juste pour donner des médicaments. Alors que, si c’est quelqu’un de la famille, on se décharge sans problème. Cette politique à sens unique est une gabegie financière insensée, un gâchis inhumain, un mépris pour l’intelligence d’autrui. Comme s’il fallait un diplôme pour distribuer des médicaments. En revanche, on trouve normal d’exploiter les AES de façon honteuse au pays des soi-disant droits de l’Homme et du Citoyen, de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Et de fermer les yeux sur la maltraitance quotidienne, insane et indigne infligée aux personnes en situation de handicap ou âgées. C’est beau l’égalité des droits et des chances. L’égalité de quoi ? Pour qui ? Il vaut mieux être sourd que d’entendre la réponse de nos gouvernants cyniques et manipulateurs, tueurs sociaux à la bonne conscience.

 

Comment ne pas souhaiter que les grévistes tiennent la distance, faute de quoi notre France sera bien mal barrée ? La Fontaine avait tout compris avec sa grenouille qui veut se faire plus grosse que le bœuf. Si ce n’est que pour l’instant le bœuf (le Peuple) est plutôt gros-jean comme devant.

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