Le cas Fillon

Qu'est-ce qui pousse autant de personnes, particulièrement des jeunes, à continuer de soutenir François Fillon aussi aveuglement malgré ses casseroles juridiques indéniables ? Ne faudrait-il pas se poser la question ?

François Fillon, ce fait divers pathétique, est non seulement une caricature pitoyable et minable du politicien véreux, prévaricateur, moralisateur, donneur de leçons – propre sur lui mais particulièrement peu reluisant à l’intérieur – et grenouille de bénitier, dans laquelle il se vautre très complaisamment ainsi que cyniquement, car, de surcroît, c’est une résurgence du catholicisme à la française, celui qui a notamment sévi à la Saint-Barthélemy et autour de la Manif pour tous, notamment porté par le mouvement Sens commun.

Toutefois, pour un « filou » qui se fait épingler, combien sont-ils en définitive à détourner l’argent des contribuables sans la moindre vergogne, tout en osant préconiser une pressurisation sans états d’âme du Peuple des personnes en situation de précarité et de la classe moyenne ? Combien de parlementaires et de fonctionnaires d’État sont dans le cas de l’ex-Premier ministre et tremblent actuellement sur leurs assises arrogantes et méprisantes à l’idée d’être poursuivis pour des faits similaires ? À droite, il y aura le choix qu’entre un voleur et une voleuse. Qui dit mieux ? Et à gauche qu’est-ce qui nous attend ?

Parce que cette caste clanique regorge d’un sentiment d’impunité et d’inviolabilité outrageusement démesuré, à en devenir pathologique pour certains ; se sentant ainsi trop facilement au-dessus des lois à l’abri de son Olympe. Il faut les comprendre, c’est si grisant d’avoir du pouvoir. À tel point que c’est terriblement tentant « d’en profiter ». Du reste, comment pourraient-ils se faire pincer puisqu’ils font leur sauce « entre eux » et comme « d’autres le font, pourquoi pas moi ». Mais qu’importe leur nombre, ils sont de toute façon de trop, sinon comment expliquer cette constance dans l’obstruction des projets de loi qui essaient de moraliser le parlementarisme, de la part d’une majorité d’entre eux ?

Cependant, pour moi qui suis passionné de politique, au sens noble du terme, ce qui me préoccupe et m’interroge de plus en plus, c’est la cécité et la surdité de cette frange de Français qui se laisse convaincre et mener par le bout du nez tels des moutons de Panurge, gobant avec frénésie et une sorte d’hystérie collective des discours truffés de mauvaise foi et de mensonges éhontés – en effet, plus c’est gros, mieux ça passe. Sidérante image que celle de Fillon, le Sarkozy catho, haranguant une foule à l’aveuglement inquiétant, ravie de tourner sa vindicte et sa frustration contre la justice et les médias, boucs émissaires idéaux dans ce genre de circonstances – exactement comme au FN.

Qu’est-ce qui peut amener tous ces gens à autant nier l’évidence, à balayer les faits et à réfuter l’irréfutable ? L’effet de masse n’a que faire des civilités, de la logique, du bon sens, du réalisme et de l’objectivité, la foule désabusée a besoin d’utopies ségrégationnistes et autoritaristes. Les totalitarismes sont manipulateurs par essence, en surfant sur les extrêmes et en s’adressant à l’émotionnel et à l’affectif de « moutons » en mal d’ordre et de religion, quelle qu’elle soit.

Que des « vieux », plutôt à l’aise financièrement, aux rides nostalgiques d’un autoritarisme rigoriste et d’un conservatisme intégriste, se soient agglutinés sous la pluie place du Trocadéro afin de soutenir leur héraut, ça n’a rien de surprenant, à mes yeux. On combat ses aigreurs surannées comme on peut. En revanche, j’avoue que je suis très perplexe et dubitatif face à cette horde de jeunes qui maintiennent sans sourciller leur soutien à « l’incompris » martyrisé par le harcèlement médiatique et juridique. Impossible d’évacuer d’un revers de la main le questionnement qu’ils soulèvent. Si l’on écarte les « fous de Dieu », combien y en a-t-il parmi eux qui sont animés par une radicalité politique, peu soucieux d’égalité des droits et des chances et refusant obstinément d’admettre les faits, donc les mensonges et les détournements de fonds publics indéniables de leur champion de la malhonnêteté ? Comment peuvent-ils fermer les yeux devant un tel enrichissement crapuleux piétinant nos valeurs républicaines et démocratiques ? Qu’est-ce qui leur passe par la tête pour refuser de dénoncer de tels agissements ? Quid de la justice, de l’humanisme et du respect des droits ? Quid de ce catholicisme immoral au moralisme amoral ? Dieu a dû perdre son latin, cette après-midi du 5 mars 2017. Et il n’est pas le seul. Notre époque doit être sociologiquement et psychologiquement très intéressante à étudier.

En attendant, que peut devenir la France entre de telles mains ? Qu’est-ce qui différencie cette droite extrême avec l’extrême droite ? François Fillon n’est qu’un révélateur, une sonnette d’alarme malgré lui, au même titre que Trump ou Erdogan.

Mais dormons tranquille, la gauche reste désunie, alors qu’elle aurait peut-être une carte à jouer dans cette compétition kafkaïenne. Est-ce pour mieux ouvrir la voie au dandy de la finance ? Quelle perspective excitante ! D’autant que Mister Fillon a été confirmé, à l’unanimité en plus veut-on nous faire croire, dans sa posture de leader incontestable… Le bal des hypocrites continue allègrement avec la bénédiction de leurs électeurs, donc pourquoi se gêner.

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