L’hypocrisie française au sujet du sexe et de l’argent

L'argent et le sexe font mauvais ménage en France où la morale fait le droit, même si la loi dit autre chose. Dans ce magma d'hypocrisie, l'accompagnement sexuel est tel un chien dans un jeu de quilles. On veut bien reconnaître l'intérêt et l'importance de ce type d'accompagnement spécifique mais la seule idée que soit légalisée la prostitution libre et volontaire, braque des « âmes sensibles »…

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Le 9 février, Sophie Cluzel, secrétaire d’État chargée des personnes handicapées a remis le feu à la poudre morale en affirmant qu’elle est favorable à l’accompagnement sexuel, provoquant une levée de boucliers dont on continue à ressentir régulièrement des soubresauts sur les réseaux sociaux.

Qu’on s’attaque aux violences sexuelles, qu’on réprime la prostitution mafieuse sans relâche, comment être contre ? Mais ce n’est pas en pénalisant les clients et en mettant toute la prostitution dans le « même sac » qu’on éradiquera violences sexuelles et exploitation des corps. Vivre de son corps n’a rien de répréhensible à ce jour, c’est l’exploitation des corps qui est criminelle. Or, l’accompagnement sexuel et la prostitution libre et volontaire ne sont pas de l’exploitation et de la prétendue manipulation des esprits « faibles », comme le clament les anti, ils sont fondés sur une volonté et un consentement mutuels.

Les abolitionnistes pensent-ils être plus intelligents, plus responsables et plus humanistes que les règlementaristes ? En tout cas, ils sont persuadés d’être dans leur bon droit et d’avoir le monopole du cœur. Pourtant, Caroline de Haas admet elle-même qu’il y a de la prostitution libre et volontaire mais, ne sachant trop comment la dissocier législativement, elle préfère sacrifier la liberté de certain.e.s pour sauver les victimes. En somme, on ne va pas chipoter pour 20 % minimum de marginaux des deux sexes.

 

En fait, en quoi se prostituer librement et volontairement dérange tellement une partie de notre société vent debout contre une révision de la loi sur le proxénétisme et la dépénalisation des client.e.s ? En quoi faire du plaisir sexuel son métier insupporte-t-il certains esprits profondément intolérants à tout ce qui n’entre pas dans leur valeur morale ? Pourquoi ne pourrait-on pas vivre de ses charmes, qu’on soit un homme ou une femme, dès lors qu’on a choisi cette forme de rapport social tarifé ? En quoi l’idée que cela peut être un travail social choque-t-elle certains entendements ? Des travailleuses et des travailleurs du sexe assumant leur choix de vie marginale, voire satisfait.e.s de ce choix, ça existe.

Certes, des gens optent parfois pour cette solution car ils se trouvent en situation de précarité sociale. Cependant, même dans cette occurrence, ça reste un choix volontaire et calculé, dans la mesure où d’autres possibilités auraient peut-être été envisageables mais bien moins rémunératrices.

Il faut noter que les préjugés culturels, qui règnent autour de la prostitution, sont tels qu’on rencontre des candidat.e.s à la pratique de l’accompagnement sexuel se donnant l’illusion d’avoir un… vernis de respectabilité, derrière lequel ils/elles se donnent bonne conscience, niant le fait qu’ils/elles font de la prostitution, même si elle est spécialisée.

 

Mais comment être surpris par cette hypocrisie « compassionnelle », lorsqu’on entend la présidente de CH(S)OSE, Julia Tabath, réfuter que l’accompagnement sexuel est de la prostitution, démontrant une profonde méconnaissance du droit. Quand, dans le même temps, sur LCI, dans Le Club Le Châtelier du 10 février dernier, Roselyne Bachelot, ex-ministre de Sarkozy (opposante farouche à l’accompagnement sexuel en ce temps-là !), reçoit Aude Bourden, conseillère nationale de l’APF France Handicap (dont CH(S)OSE est une émanation), dit le contraire, puisqu’elle admet à demi-mot que c’est de la prostitution. Et on apprend par la même occasion que Madame la secrétaire d’État a rencontré l’APF sur ce sujet à plusieurs reprises, tandis qu’elle snobe l’APPAS ! Étonnamment, Madame Bourden se garde bien de dire tout ce que cette cause doit à l’APPAS, en premier lieu la légalisation de la formation sans laquelle l’APF n’aurait jamais emboîté le pas. L’APF via CH(S)OSE ne fait pas de mise en relation, du moins officiellement, pourquoi ? Quel est l’avantage de traiter avec une association qui a des moyens, de la consensualité et pignon sur rue, plutôt qu’avec une petite association « mercenaire » ?

 

Cessons de se voiler la face et dénonçons les obstructions aux libertés individuelles. On a le droit d’être contre, de ne pas comprendre, mais on a aussi le devoir de respecter les libertés individuelles dans le champ du privé, lorsqu’elles sont consenties.

Une femme bénéficiant d’accompagnement sexuel écrivait récemment sur Facebook : Bien souvent ceux qui sont contre sont ceux qui n’en ont pas besoin à l’instant T ni pour eux-mêmes ni pour un de leurs proches. Puisqu’ils estiment ne pas en avoir besoin, de quel droit devraient-ils l’interdire à d’autres dont la souffrance, quand on a été témoin, est palpable ?

 

P.-S. : le 2 avril, le député LREM de la Meuse, Ludovic Mendes, organise un mini-colloque à l’Assemblée nationale sur « l’impact de la loi d’avril 2016 » où l’APPAS a été conviée, ainsi que le STRASS, et d’autres participants, à la table ronde consacrée à « les assistants(es) de vie affective pour les personnes en situation de handicap ».

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