Une petite soldate de Macron

Sophie Cluzel persiste et signe, comme son vénérable président...

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En mettant les bons chiffres, c'est encore mieux. Désolé pour ces petites erreurs qui n’enlèvent rien sur le fond. Merci a Kevin Polisano

Sophie Cluzel ou l’art de trahir la catégorie socioculturelle qu’elle est censée défendre.

Fondatrice de plusieurs associations de scolarisation des enfants handicapés, suite à la naissance de sa fille trisomique, elle devient secrétaire d’État chargée des personnes handicapées depuis l’avènement de son chaperon, Emmanuel Macron. Ce qui n’est finalement guère étonnant lorsqu’on sait que c’est une gestionnaire pur jus mariée à un gestionnaire pur jus, loin d’être pauvre donc, plutôt issue de la petite bourgeoisie provinciale, voire de la haute bourgeoisie, et frappée par la survenue d’un handicap (le genre de cadeau que la vie distribue sans discrimination aucune).

 

Sophie Cluzel ou l’art de retourner la veste par opportunisme et calcul égocentré. Depuis sa nomination au gouvernement Philippe, elle est indéfectible, si ce n’est servile, menant sans états d’âme une politique néolibérale austéritaire au détriment des personnes en situation de handicap, détricotant les anciens acquis avec une régularité obtuse de métronome droit dans ses escarpins. Brandissant sa fille lorsque ça l’arrange.

Le 8 février, sur LCI, dans le cadre du Grand Débat, elle est restée fidèle à elle-même, comme Faire-Face le raconte.

Concernant la suppression de la prise en compte des revenus du conjoint :

« L’allocation c’est un minimum social. C’est une ressource pour pallier une limitation d’activité. Ce n’est pas une compensation du handicap. » À Faire-Face, pour mémoire, elle avait déjà répondu : « La solidarité nationale complète la solidarité familiale, elle ne doit pas s’y substituer ».

Cette revendication revient régulièrement sur la table et est systématiquement rejetée (cf 28 octobre 2018 au Sénat). Et tout est bon pour justifier une iniquité dont ce gouvernement n’est pas avare en matière de politique sociale et de prétendue égalité des chances, même les contradictions les plus affligeantes. L’AAH, Madame la secrétaire, c’est un minima social ou une ressource ? Si c’est une ressource, elle doit être cumulable avec les revenus du conjoint et imposable. Or, c’est ce qui est refusé depuis des années CAR c’est un minima social ! Bien évidemment pour faire des économies d’une population qui vit et est maintenue sous le seuil de pauvreté !

Pour bien comprendre : demain, si mon épouse touche des revenus ne provenant pas de la PCH, c.-à-d. son emploi d’accompagnante médico-sociale qu’elle occupe auprès de moi depuis quatre ans, comme c’est le cas en France pour de nombreux autres couples dans notre situation de mixité (valide-handicapé ou valide-handicapée). Mon AAH de 860 €, 900 à la fin de l’année (merci ô généreux Macron qui récupérera une partie de sa regrettée promesse de campagne à partir de 2020, notamment sur… le dos des couples, faut pas qu’ils soient trop à l’aise budgétairement), sera calculée sur ses revenus gagnés par le biais d’une autre activité professionnelle. La dégressivité qui s’enclenchera automatiquement peut aller jusqu’à la suppression totale de cette AAH dès 2200 € environ de revenus ; avec environ 1200 € de revenus, la personne handicapée qui travaille n’a plus que 300 € d’AAH environs ! La solidarité nationale a bon dos. On comprendra donc, même si ce n’est pas très légal, que, lorsque le conjoint n’est pas salarié par le biais de la PCH, il est fréquent des personnes handicapées soient amenées à faire des déclarations quelque peu mensongères, heureusement invérifiables quand c’est bien fait, montrant la perversité de la chose. Cette mesure a beau être totalement en opposition avec le droit à l’autonomie et à l’égalité des droits inscrits dans la loi du 11 février 2005, cela ne gêne personne dans les gouvernements successifs. Qui aimerait dépendre exclusivement des revenus de son conjoint ou de sa conjointe ? C’est ce que subissaient les femmes au foyer de l’âge de ma mère, dans les années 50-60, c’était de l’exploitation résignée ou soumise. En ce temps-là, c’était culturel, ce n’était dénoncé que par des femmes de la trempe d’une Simone de Beauvoir. Je refuse de dépendre financièrement de ma conjointe, physiquement, c’est largement suffisant ; elle n’y tient pas non plus. La chute des ressources serait au minimum d’un tiers ! Où est la justice ? Madame la secrétaire trouve tout à fait normal de soutenir une mesure aussi avilissante, elle qui cumule son salaire avec celui de Monsieur son mari. Quant à leur fille, je suppose qu’elle n’est pas censée avoir la joie un jour de rencontrer un amour et de vivre en couple. Que l’on calcule l’AAH sur mes revenus du travail ne me dérange pas dès lors que je dépasse le fameux plafond, ça m’est arrivé lorsque j’ai travaillé avec le secrétaire d’État Marie-Thérèse Boisseau ; je l’ai accepté car je connaissais la règle, j’ai donc accepté le poste en connaissance de cause, même si je trouvais la règle totalement injuste (ce qu’admettaient sans problème mes collègues mais arguaient de la difficulté administrative et juridique pour sortir l’AAH des minima sociaux).

Précision supplémentaire, lorsque l’administration, en l’occurrence la CAF, en rajoute une couche, car elle ne connaît pas la loi et que les ordinateurs ne sont pas mis à jour pour en tenir compte, la coupe est pleine. Pourquoi dans le Bas-Rhin sait-elle que les revenus du conjoint ne doivent pas être prise en compte dans le calcul de l’AAH, alors que dans l’Hérault, par exemple, elle coupe les vivres tous les trois mois quasiment, contraignant les bénéficiaires de l’AAH dans ce cas de figure, à des démarches téléphoniques justificatives exaspérantes et payantes en plus, alors qu’elle est responsable ? Pour ma part, ça fait deux ans que ça dure ! Et Macron veut réduire le nombre de fonctionnaires, ça promet.

Quant à la question de facilité le départ à la retraite des travailleurs handicapés, elle répond :

« Si les citoyens handicapés veulent être citoyens comme tout le monde, il faut rentrer dans le droit commun. Donc, non, pas d’âge spécifique pour partir en retraite, mais un meilleur accompagnement pendant le temps de travail. »

Tu parles d’être « un citoyen comme tout le monde » ! C’est vraiment quand ça l’arrange. Elle est où l’égalité lorsqu’une personne qui travaille est au bout du rouleau en raison de son âge associé à son handicap ? Ici encore, c’est le fric qui est sous-jacent. Ça dérange pourquoi de payer plus tôt que prévu par la loi une retraite ? C’est plutôt ça la question et, forcément, il y a une affaire de gros sous derrière la réponse. Dans certains cas, l’accompagnement le mieux adapté ne compensera pas l’évolution d’un handicap, Madame la secrétaire d’État ! On échange pendant six mois ? Vous prenez mon handicap afin de savourer les bienfaits du vieillissement et je prends vos revenus ? Chiche, Sophie !

Cependant, je dois bien admettre qu’il est difficile d’attendre plus et mieux de vous apparemment. La malédiction des secrétaires d’État en situation de handicap (Michel Gillibert, qui a sévi pendant presque cinq ans) ou parent d’un enfant handicapé (Sophie Cluzel) continue de frapper. Le pouvoir rend stupide, au point de vendre son âme pour le conserver (encore faut-il en avoir une mais c’est une autre histoire), au point de se compromettre, avec une certaine délectation, je présume, pour le garder, en faisant fi de la cause en faveur de laquelle on prétend « militer », montrant le peu d’engouement et/ou de connaissances de cette dernière, me semble-t-il.

Le Grand Débat n’est qu’une tartufferie pour naïfs. La grande spécialité de la Macronie !

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