Tous pourris ?

Entre les détournements de subventions publiques à des fins personnelles, comme l'IRFM [indemnités représentatives des frais de mandat] ; la lâcheté politique des gouvernants successifs (je commence déjà à craindre d'avoir droit, au mieux, à un quinquennat en demi-teinte) ; un Emmanuel Valls, à peine ministre, qui trouve normal de se garder son indemnité d'élu local « car il ne touche son salaire de ministre qu'à partir de juillet », avant de se rétracter devant le tollé médiatique (le pauvre, comme s'il n'avait pas de quoi vivre pendant un mois… Qui ne connaît pas un chômeur qui a attendu deux à quatre mois avant de toucher sa première allocation ?) ; l'abêtissement du pouvoir, la médiocrité inepte de nombreux parlementaires, leurs egos boursouflés, surdimensionnés, où est la probité politique ? Tous (plus ou moins) pourris ? Peut-être pas, mais ils sont beaucoup trop nombreux, je le crains au vu de mon expérience et de tout ce que je lis jour après jour dans les journaux. Lequel ou laquelle n'a jamais fauté, ne s'est jamais servi(e) de son mandat d'élu(e) pour son propre compte ou celui de ses proches ? Combien sont « propres » ? Totalement propres ?

Pour qui voter alors ? Pourquoi voter dans ces conditions ? Puisqu'il y a de grandes chances que l'élu national ou local (tous les pouvoirs sont bons à prendre) goûte à un moment donné au bain de la fatuité et de l'hypocrisie, voire du mensonge.

Beaucoup, lorsqu'ils se présentent pour la première fois, ont un discours séduisant, frappé au coin du bon sens, lucide et déterminé ; mais une fois élus, la realpolitik, la griserie du pouvoir et l'égocentrisme prennent souvent le dessus sur les promesses et l'éthique politique. Certains sont prêts à vendre mère et père pour s'accrocher au trône, pour garder leur petit pouvoir ridicule et méprisable, méprisant surtout.

De toutes façons, ceux qui restent en accord avec leur conscience, leurs idées, ceux qui défendent une cause et non leur siège avant tout, se font tôt ou tard laminer (Catherine Trautmann, François Bayrou, etc.).

Jusqu'où est tombé Jean-Luc Mélenchon dans cette campagne législative pour jouer les Zorro ? Pour quoi faire ? Nourrir son orgueil machiste ? La politique, c'est un art, ce n'est pas un ring, pas une guerre.

Et puis, lorsque l'on connaît le pouvoir souterrain, le pouvoir de l'ombre des fonctionnaires d'État, l'influence prépondérante des cabinets sur des ministres novices et la plupart du temps ignorants du domaine qu'ils vont gérer, on se demande où est la démocratie ? À quoi sert le législatif dans une telle conjecture, un tel contexte ?

À quand la sixième république ? Il y a urgence.

Voter pour qui ? Il faut une assemblée pluraliste, absolument. Donner tous les pouvoirs aux socialistes, n'est-ce pas en reprendre pour six ans d'immobilisme lénifiant ? Une Assemblée nationale sans François Bayrou ou Jean-Luc Mélenchon, sans les communistes et le Front National, c'est-à-dire non-représentative de l'électorat français, ça a de quoi ? Un gouvernement incapable d'innover, d'oser se donner tous les moyens de provoquer une relance économique, ça sert à quoi ?

La gauche est capable du meilleur mais aussi du pire. Et François Hollande n'est pas forcément le mieux placé pour inventer une politique sociale et économique audacieuse. Je suis très sceptique et inquiet. Mais je ne demande qu'à être contredit.

Quoi qu'il en soit, ma vie de personne « handicapée », « autrement capable », en situation de handicap (qu'importe la dénomination, le résultat est le même), m'a appris que l'on ne fait pas de politique sans courage, sans humanisme, sans un certain altruisme, une grande générosité et une profonde foi dans une cause ou des causes déterminées et désintéressées. Un sens indéfectible de la justice et de la citoyenneté. C'est d'ailleurs vrai dans tous les registres de la vie, y compris l'amour.

Or, beaucoup d'élus de tous poils sont d'abord des bonimenteurs, des maquignons englués dans la compromission plutôt que le compromis, l'apparence plutôt que la vérité, l'esbroufe plutôt que la réalité. La mégalomanie irresponsable même (il suffit de regarder certains bâtiments publics qui ne sont que des non-sens écologiques imposés par des présidents, des mammouths, des éléphants nationaux et/ou régionaux, le plus souvent des cumulards qui se sentent indispensables (et qui trouvent normal de cumuler sous prétexte qu'être élu c'est précaire comme situation…).

Comment moraliser la politique ? Comment lui rendre ses lettres de noblesse ? Vaste question d'un utopique réaliste. Qui a de plus en plus de mal à y croire mais qui ne demande qu'à être convaincu.

Vive la révolution… des roses sans épines.

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