Cynisme gouvernemental

Le gouvernement à la phraséologie arrogante et hautaine a de nouveau frappé. Tout est bon pour arrêter les gilets jaunes dans leur élan, tout en continuant à les rouler dans la farine de façon éhontée.

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Nicole Belloubet, ministre de la Justice, profitant cyniquement de l’attentat à Strasbourg, à l’occasion du traditionnel Marché de Noël, conseille aux Gilets jaunes de cesser leurs manifestations.

Faire d’un moment aussi tragique, chargé d’émotions et de traumatismes, un épouvantail pour faire rentrer les négligés du Peuple dans les rangs, est-ce acceptable à ce niveau de responsabilité comme attitude ? Profiter de la douleur des victimes et de leurs familles pour faire taire la souffrance et la juste colère des petites gens dédaignées par l’État, est-ce excusable ? Ne devrait-elle pas démissionner de son poste, Mme Belloubet – comme d’autres ministres auraient dû le faire avant elle depuis le début de ce quinquennat ?

Bien sûr, les réactions aux relents complotistes et outrancières de quelques Gilets jaunes, face à ce énième attentat terroriste, qui circulent sur Facebook, sont tout aussi désolantes, voire déplorables. Comment peut-on penser, et surtout écrire de telles accusations à l’encontre de l’État ? Le gouvernement a énormément de défauts mais de là à répandre, une telle rumeur, c’est faire preuve de peu de jugeote. Un tel complot lui serait bien plus préjudiciable qu’autre chose. Il s’enfonce suffisamment dans sa propre fange ainsi, ce gouvernement, par des déclarations calamiteuses en pagaille, pour ne pas avoir besoin de ça en plus. On peut les accuser de bien des maux là-haut mais vraiment pas d’être des assassins, du moins pas de ce genre-là. Car ils tuent sans conteste le petit peuple à petit feu (près de 9 millions de personnes sous le seuil de pauvreté), sans états d’âme la plupart du temps, cela n’a néanmoins rien à voir avec ce dont on les accuse sans aucun discernement.

Plus de 14 % des Français sous le seuil de pauvreté et on continue à les appauvrir, en prenant l’écologie pour prétexte, par-dessus le marché. Même si Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement, estime que le débat doit maintenant cesser dans la rue car, prétend-il, l’État a mis sur la table de quoi entamé un dialogue national. « Ce que je considère aujourd’hui, c’est que nous avons mis sur la table de quoi permettre l’ouverture d’un dialogue et que ce dialogue ne se fasse plus dans la rue à mi-décembre dans un moment où je crois – en particulier depuis hier (et la fusillade de Strasbourg), la Nation a besoin d’apaisement, d’unité et de se retrouver », dit-il. Rajoutant : « Je n’instrumentalise personne en disant cela ». Ben voyons, ça coule de source. C’est ce qu’on appelle l’art de la récupération d’une souffrance pour en étouffer une autre. La Nation n’aura qu’à la ravaler, sa misère, pendant les trois mois prochains, le temps du fameux débat national qui aura lieu jusqu’au 1er mars 2019. C’est quoi trois mois à crever de faim pendant que, de son côté, la Haute va se repaître, se remplir la panse d’agapes durant les festivités de fin d’année ? Trois fois rien. Pour vous qui n’avez aucune idée de ce que c’est que d’être pauvre et condamné à la malbouffe dans votre 16e arrondissement. De toute façon, votre débat national n’est que de la poudre aux yeux, le temps de faire éclater la bulle des revendications, que la pression retombe, en tablant sur le fait qu’elle ne remontera pas, même quand ils constateront qu’ils ont été grugés, les ex-gilets. Et en plus on ressort l’artillerie de l’identité et de l’immigration pour détourner les débats soulevés par le Peuple, c’est indécent et minable. D’autant que ce gouvernement n’a qu’une politique, totalement assumée, pressurer les petites gens au maximum au profit des riches.

Les Gilets jaunes sauront-ils ne pas tomber dans le panneau ? Seront-ils suffisamment nombreux afin de continuer à résister, jusqu’au renversement démocratique qu’ils revendiquent ? Il faut l’espérer car tout démontre qu’ils se seraient alors battus pour rien, contrairement aux effets d’annonce.

Il ne faut pas lâcher au milieu du gué, ce serait la noyade assurée.

IL FAUT CONTINUER À RÉSISTER. Faire taire l’arrogance et le mépris de ce gouvernement.

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