Vous avez dit égalité des droits?

Où ne va pas se nicher l'exclusion ?… :-D

 

 

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La stupidité peut parfois être ubuesque. J’aimerais rencontrer l’urbaniste qui a imaginé cet escalier forcément « artistique » ; penser le contraire ce serait lui faire injure, je suppose. Mais quand l’ego « démiurge » se met à créer avec une insouciance aussi « parfaitement » exclusive, donc discriminante, l’égoïsme peut se targuer d’avoir réussi son coup, de surcroît en se gaussant probablement d’avoir eu une telle idée de génie !

Dire que c’est au musée des Arts Premiers que ça se passe, pas moins. Ben oui, quand on crée, on ne peut pas penser à tout le monde. C’est déjà assez contraignant et restreignant comme ça, les « handicapés », pour ne pas se laisser gâcher son inspiration par eux. Et Dieu sait (ou pas) que cet escalier est « si » décoratif et si plein de sens (ou pas), mais absolument inutile sur le plan purement pratico-pratique (car il se continue bien évidemment de l’autre côté, sinon ce ne serait pas drôle), en séparant l’espace afin de lui apporter, à n’en pas douter, une dimension « absolument » indispensable. Tant pis « pour une fois », les « handicapés », ils n’ont qu’à faire un détour ou se passer de cet espace si bien pensé.

Et l’État est complice de cette exclusion, de ce non-respect de la loi sur l’accessibilité, dans un musée chiraquien de surcroît, lui à qui on doit la loi du 11 février 2005 en faveur de l’égalité des droits, des chances, de la participation et de la citoyenneté des personnes handicapées. Rien que ça ! Hélas, on sait bien que l’égalité et la citoyenneté, c’est comme la confiture : moins on en a (à offrir) plus on l’étale.

De toute façon, avec ce que le duo Hollande-Valls a fait de l’accessibilité depuis lors, en même pas quatre ans (avec la bénédiction de l’APF et consorts), difficile de chipoter pour une peccadille pareille, deux marches et puis s’en vont… On ne peut qu’en rire jaune. Surtout dans une France où l’exclusion et la discrimination prennent des proportions inquiétantes. Il suffit d’aller à Calais pour s’en rendre compte, de voir comment notre démocratie accueille et traite les détresses internationales échouées chez nous ou de partir à la rencontre des millions de personnes qui survivent sous le seuil de pauvreté dans l’Hexagone.

 

À cela s’ajoute la goutte d’eau qui peut faire déborder le vase : la réforme du code du travail qui accumule toutes les frustrations, les exaspérations et les insatisfactions légitimes de ces quatre dernières années, avec raison. La soupape va-t-elle sauter ? Cependant, si cette réforme doit être retirée, il n’empêche que le code du travail devrait être réécrit, adapté à l’évolution de la société. J’en veux pour exemple la loi du 11 février 2005 qui a vu apparaître plus de mille particuliers employeurs très spécifiques sur le marché entrepreneurial, ce sont des personnes en situation de dépendance vitale qui nécessitent un accompagnement constant ou semi-constant et qui emploient en moyenne quatre équivalents temps plein. Pourtant, onze ans après, toujours rien n’est prévu pour répondre à leurs conditions et à leurs besoins d’employeurs hors cadre, par conséquent pour les protéger contre des employés malhonnêtes, malveillants et/ou irresponsables, alors même que c’est une population spécialement fragile et à risque. Ainsi, certains ont opté pour l’annualisation du temps de travail et font travailler leurs accompagnants par roulements de 48 heures pour certains, ce qui est toléré mais pas inscrit dans le code du travail. Autre exemple : il y a quatre mois, une demi-heure avant de prendre son service, un de mes employés m’a envoyé un SMS pour m’annoncer qu’il ne vient plus, me mettant dans une situation très précaire car, dans ce type d’emploi, on ne met pas facilement en place un remplacement, surtout au pied levé ; au final, j’ai dû dormir trois jours dans mon bureau et me résoudre à ne pas me doucher, comme ultime solution. Et, comme mon avocat m’avait prévenu que je n’obtiendrai qu’une condamnation de principe, malgré la gravité de la faute, j’ai renoncé à toute poursuite. D’autre part, les assurances prennent en charge les frais d’avocat si vous êtes employé mais pas si vous êtes employeur ! Or, quel particulier employeur en situation de handicap a les moyens de payer 1500 € de frais d’avocat pour se faire défendre aux prud’hommes ? Bonjour la justice. Enfin, une autre de mes employés a été plus de six mois en arrêt de maladie, bien que sachant qu’elle ne reviendrait plus parce qu’elle était inapte à reprendre son travail à mes côtés. Or, je n’avais aucun moyen de la licencier et je dus prendre la décision très délicate d’embaucher quelqu’un afin de combler son absence, au risque que l’équipe soit en surnombre si la collègue revenait finalement quand même, car il était impossible de tourner à trois accompagnants pendant six mois. En fait, les employeurs de leurs accompagnants sont régulièrement confrontés à des conjectures ingérables, voire parfois dangereuses et maltraitantes sans que quiconque s’en soucie réellement, se renvoyant la balle de façon hypocrite ; par chance, ce ne sont pas ces employeurs qui iront dans la rue afin de revendiquer plus de justice et d’égalité, une meilleure prise en compte en somme. Donc oui, il est urgent de réformer le code du travail. Mais intelligemment et équitablement de préférence. En prenant en compte tous les employeurs !

En attendant, enfin une certaine France se révolte. Tiendra-t-elle la distance ? Arrivera-t-elle à contourner les inaccessibilités ? Fera-t-elle plier le gouvernement qui recule a minima mais suffisamment pour mettre les soi-disant syndicats « réformistes » dans sa poche ?

 

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