On se fout de qui ?

On maintient les élections municipales en dépit du bon sens, de façon criminelle. Pour sauver la peau d'Édouard Philippe ? Et Emmanuel Macron que lui arrive-t-il dans son discours de jeudi dernier ? Une brusque prise de conscience suivie d'une reconversion à une politique plus sociale, égalitaire et humaniste ? Ou de la rhétorique politique par temps de crise ?

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Hier, 14 mars, Édouard Philippe a décrété la fermeture des bars, bistros, restaurants et autres lieux festifs ouverts au public, tout en dénonçant l’irresponsabilité des Français. Pour autant, le premier tour des élections municipales est maintenu ! On se fout de qui ? Les Français seraient-ils immunisés le temps de voter ? Quel est le calcul d’Édouard Philippe dernière sa décision irresponsable de Premier ministre ? Quel est son calcul ? Car il y a toujours un calcul derrière le choix d’un politique. Compte-t-il sur une abstention record pour s’en sortir au Havre ? Cette décision de maintenir coûte que coûte et en dépit du principe de précaution, et de réalité, est inqualifiable et indigne. Et aujourd’hui, 15 mars, Édouard Philippe s’affiche dans toute sa splendeur en train de voter au Havre, sans masque, sans précaution, face à cinq assesseurs agglutinés autour d’une petite table, sans aucune protection non plus ! Bravo pour l’exemple, Monsieur le Premier sinistre ! C’est tellement facile de faire la leçon à autrui, n’est-ce pas.

Le 12 mars, Emmanuel Macron, dans une adresse solennelle aux Français, a annoncé, à la plus grande surprise de tout le monde, qu’il va injecter tout l’argent qu’il faut pour contrer cette crise sanitaire. On ce fou de qui ? Avons-nous un président schizophrène ?

Dans son discours, il proclame d’un ton martien (presque un contresens pour Jupiter) : « La santé n’a pas de prix », alors que le même, en avril 2018, a lancé à une aide-soignante : « Je n’ai pas d’argent magique » ! Visiblement, entre-temps, il a pris des leçons chez Houdini, puisque maintenant il trouve le pognon et à profusion puisque « Le gouvernement mobilisera tous les moyens financiers nécessaires pour porter assistance, pour prendre en charge les malades, pour sauver des vies quoiqu’il en coûte. »

 

En même temps (comme aurait dit Macron), le même bonhomme, néolibéral jusqu’à la racine des cheveux, vante « l’État-Providence », promet « des décisions de rupture (d’anévrisme ?) ». Aujourd’hui, les soignants méprisés il y a encore un mois, sont devenus « ces héros en blouse blanche, ces milliers de femmes et d’hommes admirables qui n’ont d’autre boussole que le soin. » Et Emmanuel Macron, c’est quoi sa boussole ? Son cerveau a-t-il chopé le Covid-19 ? Est-il frappé par la grâce ? Une soudaine prise de conscience, une reconversion subite, une révélation divine ? Ou est-ce encore du vent néolibéral ? Un calcul de plus, le temps de faire passer la pilule de la crise sanitaire ? Comment savoir ? Avec Macron, on a tellement appris à nous méfier, à douter de sa parole de bonimenteur politique, que les Français sont devenus des Saint-Thomas en puissance. Parce que ça ne peut que laisser songeur de l’entendre déclarer : « il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour. » Exactement ce que disent des tas d’économistes, de statisticiens, de politiques (Sanders et autres), etc., mais qu’il n’a jamais voulu entendre. Dans son discours bluffant, il est vrai, il reconnaît que « déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie au fond à d’autres est une folie » et qu’il faut « en reprendre le contrôle ». Où est l’entourloupe ? Va-t-il vraiment prendre un virage politique aussi radicale, surtout avec Philippe, Le Maire et Darmanin à ses côtés ? Je ne crois pas aux miracles mais pourquoi pas… Et si ça arrive, je serai le premier à voter Macron en 2022, alors que j’étais décidé à m’abstenir si Macron et Le Pen étaient au deuxième tour des présidentielles.

 

Dans tous les cas, il démontre que du fric il y en a… quand on le veut. Pire, ce gouvernement est capable de dépenser des milliards pour une crise sanitaire, il est vrai aux conséquences ravageuses sur… l’économie mondiale et la haute finance (krach boursier, affolement généralisé des banques, etc.). En revanche, depuis presque 15 ans, les plus de 9 millions de pauvres peuvent crever ! Les services publics peuvent crever ! La justice sociale est un miroir aux alouettes, une arlésienne.

Merci Covid-19 ! Indéniablement, il y aura un avant et un après coronavirus. Car, alors que la révolte sociale gronde depuis 2018, comment les Français pourraient-ils accepter de continuer à être pressurés et méprisés par un État, un gouvernement, aux bottes du néolibéralisme ? Ils ont désormais la preuve flagrante, criante, insupportable et inique, que de l’argent il y en a autant qu’il faut, ce n’est qu’une question de choix politique. Or, de façon beaucoup plus accentuée depuis 2016, nos gouvernements ont décidé d’être des adeptes fervents du tout-puissant Dieu néolibéral, au détriment du peuple ; que dis-je en sacrifiant le peuple pour ce Dieu sans état d’âme, ni conscience, qui détruit progressivement notre planète depuis plus d’un siècle. On se fout de qui ?

Oui, vraiment, de qui se fout-on ? Les Français sont-ils des moutons de Panurge ou des résistants de la France Libre ? J’ai choisi depuis longtemps mon bord et je l’assume sans aucun problème puisque, au nom du respect des libertés individuelles et du droit à la santé sexuelle, j’ai accepté d’être taxé de proxénète ; je veux bien être en infraction avec la loi si la loi est injuste ou imparfaite. De toute façon, il vaut mieux mourir debout que vivre à genoux, dans une société qui exploite les plus faibles, les plus précaires, les plus fragiles, et qui exclut à tour de bras.

Et puis, une chose est sûre : la France appartient aux Français pas à des lobbies financiers, ni à des gouvernements incompétents. Aux Français donc de le démontrer et on n’aura plus besoin de se demander de qui on se fout.

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