Nous sommes des malhonnêtes mais pas lui !

Donc, c'est décidé, Nicolas Sarkozy va se transformer en M. Propre pour les besoins de sa réhabilitation, que dis-je, de sa réélection. Il va laver plus blanc que blanc. Les fraudeurs vont voir de quel bois il se chauffe. Il va moraliser la France (lui qui ne manque pas d'immoralité), après l'avoir soigneusement endettée, et décrédibilisée hors de nos frontières. Il va mater tous les paresseux et les tricheurs de l'Hexagone. Il va prendre du fric (indirectement) aux malhonnêtes tire-au-flanc puisqu'il n'a pas réussi à tenir sa promesse d'en donner aux honnêtes travailleurs et travailleuses (et pas à cause de la crise, quoiqu'il en dise).Quel hypocrite !« La fraude, c'est la plus terrible et la plus insidieuse des trahisons de l'esprit de 1945. C'est la fraude qui mine les fondements même de (la) République sociale » mis en place, évidemment, au sortir de la Résistance en 1945.Il a osé. Vous me direz, il ose tout depuis le temps qu'il est seul maître à bord. Au stade où il en est, il n'y a de toute façon plus que l'arrogance, l'outrecuidance et la mauvaise foi pour le remettre sur le trône. Mais quand même. Il a programmé la disparition de la Sécurité sociale et il se permet de brandir l'esprit de 1945 ! Jusqu'où ira-t-il ? Très loin, si les Français n'ouvrent pas les yeux, si plus de 50 % d'entre eux se laissent une nouvelle fois bernés, roulés dans la farine par une démagogie aussi écœurante, avec autant de morgue, de mépris pour les Français d'aujourd'hui et les Français de la Résistance. Autant de dédain pour les valeurs que nous ont inculquées et pour lesquelles se sont battus ces Français-là.« Frauder, que dis-je, voler, voler la Sécurité sociale, c'est trahir la confiance de tous les Français et c'est porter un coup terrible à la belle idée nécessaire de solidarité nationale. » Comme si cela ne suffisait pas, il en rajoute une couche. C'est quoi ce qu'il a fait dans l'affaire Takieddine, ce chevalier blanc qui se veut plus blanc que blanc ? Et l'affaire Tapie, l'affaire Bettencourt, j'en passe et des meilleures. Comment nomme-t-il ces abysses financiers faramineux ? Ces tricheries et trahisons de la confiance des Français ? Il ose traiter les Français, certains Français, de voleurs, lui ! Oui, et pourquoi se priverait-il dans une France aussi amorphe qui aime se donner le fouet pour se battre ? Là où il y a de la gêne, il n'y a pas de plaisir, paraît-il… Il l'a compris depuis très longtemps, Nicolas Sarkozy 1er ─ va-t-il aussi essayer de tout faire pour que son fils lui succède sur le trône ? Il veut pousser la Sécurité sociale vers la privatisation pour faire plaisir à ses amis et nous faire croire qu'il se soucie d'équité sociale et de solidarité nationale. Il ne manque pas d'aplomb le roquet de droite.Ce n'est pas d'hier que l'on sait qu'il y a des fraudes, ce n'est pas d'hier le trou de la sécu, mais c'est tellement facile d'en faire une muleta démagogique pour être réélu, c'est tellement facile de stigmatiser une certaine France pour s'attirer les voix d'une France égoïste et/ou apeurée. En la matière, il n'invente rien Nicolas Sarkozy. Quitte à mentir en gonflant les chiffres. Il y en a bien qui vont mordre à l'hameçon. Opposer les mauvais Français (surtout composés d'étrangers, évidemment) profiteurs et glandeurs aux bons Français honnêtes et travailleurs, c'est du tout cuit, est-il convaincu. L'avenir nous dira s'il a eu raison de jouer ce jeu. Moi, je trouve cela minable et profondément prétentieux pour notre intelligence.En tout cas, tout vient de la dérive sociale et des déficits dont elle est coupable. Si la France ne tourne pas rond, ce n'est pas de sa faute à lui, Sarkozy.C'est la faute au RSA. À tous les chômeurs fainéants qui se contentent de survivre avec des prestations sociales, sur le dos de l'État et de la France qui travaille (pour quel gain d'ailleurs ?). Il veut les faire travailler sept heures par mois, les obliger à faire des travaux d'intérêt public ! J'imagine tous les députés bien nantis de droite et d'ailleurs battre des mains comme des otaries en se gaussant de joie devant une proposition aussi courageuse et démocratique. Quand va-t-on les obliger à mettre les mains dans le cambouis, à faire un stage d'un mois sur le terrain à tous ces décideurs sans âme et sans état d'âme face à une certaine misère humaine, à une réalité qu'ils n'ont jamais essayée de toucher de l'intérieur ? C'est plus facile de brandir des épouvantails que de s'attaquer aux corbeaux. On fait de l'allopathie politique en s'attaquant au mal plutôt qu'à la cause ou aux multiples causes du mal. On a besoin de médecine politique qui soigne la totalité de l'être plutôt que de se focaliser sur les symptômes.Le déficit a doublé en quatre ans. Sous qui ? Les chômeurs sont 4 700 000 ! Sous qui ? Le salaire du président de la République a été augmenté de 140 %. Sous qui ? Et il veut s'attaquer aux chômeurs de longue durée ! Franchement. Qu'il y ait des fraudeurs, des profiteurs, certes ; il y en a toujours eu et il y en aura toujours, mais ce n'est pas en mettant tout le monde dans le même sac et en les montrant du doigt à la vindicte populiste qu'on réduira le déficit abyssal creusé par presque cinq ans de sarkozysme cynique et incompétent. Qui commence d'abord par faire le ménage chez lui et chez ses copains (après il s'étonne que les Français soient persuadés qu'ils sont tous corrompus et qu'il y a deux poids et deux mesures en matière de justice). Ce qui ne veut pas dire que l'on ne peut pas envisager un débat et une consultation des Français pour réfléchir à la situation et l'avenir des chômeurs longue durée. Mais dans un climat apaisé de dialogue, pas comme ça, pas en faisant haro sur le baudet.« Qu'on me comprenne bien, ce n'est pas pour punir, c'est au contraire pour respecter, pour redonner de la dignité, on n'a pas de dignité quand on ne peut survivre qu'en tendant la main. » Tu parles. La dignité d'autrui, il s'en soucie comme d'une guigne. Ce qui l'intéresse c'est de trouver le filon qui lui permette d'être réélu. Et moraliser, c'est punir. Que sait-il du reste de la dignité de ceux qui survivent ? Que dalle. C'est une frange de la population que dans son milieu on ignore. À part serrer la main de quelques pauvres gueux par-ci par-là, lors de ses tournées tonitruantes, que connaît-il des conditions de vie de ces mains anonymes qui lui avaient fait confiance pour beaucoup ?Et comme il faut une devanture qui légitime sa grandeur démocratique, il crée un haut Conseil sur le financement de la protection sociale. Rien que ça ! Encore de l'argent gaspillé pour faire vivre quelques fonctionnaires de l'État et autres présumés spécialistes. Plus c'est ronflant, plus ils sont convaincus de pouvoir endormir une majorité bêlante, et d'être pris au sérieux dans les sphères étatiques. Je suis con. Je l'admets. Moi au moins je l'admets… Un haut Conseil s'est bien plus efficace, plus sérieux, qu'un Conseil tout court. De quoi déjà ? De la protection sociale, dites-vous ? Ce ne serait pas plutôt de la destruction sociale ? Car ça coûte nettement moins cher que la protection…Et il est plus facile de s'en prendre aux pauvres plutôt qu'aux riches. À la fraude sociale plutôt que fiscale. N'est-ce pas Nicolas, le juste parmi les justes ? L'ami fidèle à condition que vous soyez riche, très riche. Les autres, tous les autres, il va essayer de les essorer au maximum, pour qu'ils ne l'oublient pas si jamais ils le détrônent.Je croise les doigts.Et j'attends les réactions de Bayrou et Hollande à ce discours historique.Au fait, Hollande, à quoi joue-t-il avec les écologistes ? Je ne suis pas sûr qu'il soit gagnant à continuer à chercher des compromis. Si c'est pour nous proposer une version française d'Obama au pouvoir, non merci.

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