Marcel Nuss (avatar)

Marcel Nuss

Écrivain-consultant-formateur-conférencier

Abonné·e de Mediapart

206 Billets

7 Éditions

Billet de blog 16 août 2015

Marcel Nuss (avatar)

Marcel Nuss

Écrivain-consultant-formateur-conférencier

Abonné·e de Mediapart

CinémaS II

Marcel Nuss (avatar)

Marcel Nuss

Écrivain-consultant-formateur-conférencier

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Par certains retours, j’apprends par-ci par-là, que mes chroniques lassent, qu’elles donnent le sentiment que je suis quelqu’un d’aigri, de virulent qui « tourne en rond », ressasse tout le temps la même chose. Ce point de vue est tout à fait entendable. Effectivement, il y a quelque chose de belliqueux, de révolté même dans mes chroniques, car je le suis, pourquoi m’en cacher ? Et, à juste raison, on peut trouver que je me répète souvent d’une chronique à l’autre. Mais qui tourne en rond ? La société ou moi ? Plus exactement, nos sociétés ou moi ? Car ce sont toutes les sociétés néolibérales qui sont en train de détruire, de bafouer, de piétiner et de cracher avec un mépris désormais indéniable sur la démocratie, sur les notions de liberté, de solidarité, d’humanité et de justice sociale. Ce qui signifie que, pour ne pas me répéter, il faudrait que je m’en foute, que je me contente de constater et de laisser à chacun ses merdes, sa misère et ses injustices. Le problème, c’est que je ne peux pas, je ne sais pas me voiler la face. Je ne sais que dénoncer, a minima, ou m’engager pour défendre une cause, quand j’en ai les moyens et la possibilité. Si tout le monde en faisait autant, peut-être que notre monde tournerait mieux ? En revanche, pour ce qui est d’être aigri, il faudra qu’on m’explique. Qu’on décèle de la vindicte, de la tristesse, parfois du désespoir et de la colère dans mes textes, c’est indéniable, mais de l’aigreur, c’est très étonnant. Pour être aigri, il faut se sentir lésé, frustré, spolié. Ce qui est loin d’être mon cas, j’aurais plutôt tendance à avoir l’impression de faire partie des privilégiés. Je ne suis pas millionnaire mais je vis correctement. Je dénonce des incohérences et des injustices politiques, sociales et administratives, mais quand j’y suis personnellement confronté, ça ne m’angoisse pas plus que ça car j’ai les capacités de m’en sortir, ce qui n’est pas le cas pour 90 % au moins de mes concitoyens ! Évidemment, on peut se demander ce que j’en ai à faire des autres ? J’ai, tout bêtement, une allergie congénitale à toute forme d’injustice, d’atteinte à la liberté, de non-respect du droit à l’autonomie et de l’égalité des chances. La troïka ou le quadrige, avec l’aval de l’« Union » européenne est en train de punir les Grecs d’avoir osé dire « non », d’avoir osé s’insurger contre une politique austéritaire insensée, destructrice, aveugle et sourde. On va laminer un pays, une nation, par idéologie. Parce que la politique n’a plus son mot à dire. On va l’écharper sous le regard indifférent, égoïste et lâche de la France – notamment –, et il faudrait rester impassible, indifférent à la souffrance et au désespoir d’un peuple « ami » ? Le 9 juillet, en Bolivie, François II, dans un discours disait : « On est en train de châtier la Terre, les peuples et les personnes de façon presque sauvage. Et derrière tant de douleur, tant de mort et de destruction, on sent l’odeur de ce que Basile de Césarée appelait "le fumier du diable"; le désir sans retenue de l’argent qui commande. » Parlant de « dictature subtile » du capital, de l’argent fou et sans pitié « érigé en idole ». Ce n’est pas moi qui l’ai dit. Le pape est-il aigri ? Tout ça me rappelle Les raisins de la colère de John Steinbeck pour le roman et John Ford pour l’adaptation au cinéma, deux chefs-d’œuvre toujours d’actualité.

Sarkozy se paye des vacances en Corse en louant 34 500 € son « bungalow ». 34 500 € ! Ça ne dérange personne ? Personne ne trouve cela indécent et méprisant, de la part d’un mec qui a la prétention de redevenir président d’une république bananière ? Car c’est ce que nous sommes en train de devenir. Non ? 34 500 €, pour une semaine, vous imaginez ce qu’on pourrait faire avec cet argent ? Si on a la volonté d’être chef d’État, la moindre des choses c’est d’avoir un minimum d’empathie et de respect envers les personnes qu’on va « gouverner ». Non ? Vous ne trouvez pas qu’il y a un petit côté Citizen Kane d’Orson Welles ? À côté de telles dérives morales, éthiques et politiques, il y a plus de 6 millions d’inscrits au Pôle emploi ! Mais à part les 6 millions eux-mêmes qui ça dérange vraiment ? Qui s’en offusque ? Qui s’en inquiète ? Chacun pour soi et Dieu pour tous ? On s’en souciera quand il sera trop tard, quand on n’aura plus que les yeux pour pleurer, c’est-à-dire quand on sera au chômage soi-même. Il paraît qu’Hollande a juré-craché qu’il ne se représentera plus si le chômage ne baisse pas en France d’ici 2017. Les paris sont ouverts – afin de revenir au niveau de 2012, en même pas deux ans, va falloir qu’il carbure, le mec, mais il se contentera de deux chômeurs en moins pour se représenter puisque ce sera un signe positif pour sa politique d’austérité… Promesse de politique, promesse d’ivrogne. Demandez à Roland Ries, il avait juré de ne faire qu’un mandat à la mairie de Strasbourg… Et ce n’est qu’un exemple parmi des centaines d’autres du même acabit. Qu’un politique n’ait pas la science infuse, que ce ne soit pas un visionnaire à l’instar de Charles De Gaulle, qu’il se trompe, est parfaitement compréhensible et acceptable. Par contre, qu’il s’obstine dans ses erreurs et, de surcroît, alors qu’il a le pouvoir suprême, par conséquent la responsabilité de millions de personnes qui lui ont fait confiance, il me semble que c’est inadmissible. Un tel personnage devrait pouvoir être destitué par le peuple. Parce qu’il a trompé sa confiance, qui plus est en le manipulant, en le trahissant et en lui mentant. Pourtant, le peuple ne moufte toujours pas, il se contente juste de plier l’échine. Avec la bénédiction des syndicats incapables de s’entendre. À côté de ça, vous avez entendu parler de COP21, la fameuse conférence de Paris sur les changements climatiques ? Le contraire serait miraculeux. On nous matraque de publicité depuis quelques jours, sur tous les médias, y compris au cinéma. Impossible d’échapper à ce spot démago et mièvre. Il a coûté combien à l’État pour le réaliser et nous assaillir avec, simplement pour se donner bonne conscience et nous faire gober qu’il va prendre les choses en main, que le monde va enfin relever les manches et prendre des décisions capitales pour nos enfants, nos petits-enfants, etc. ? Il n’a jamais réussi jusqu’à présent mais à Paris, sans aucun doute, ça va bouger. Car Paris, c’est Paris, c’est la France, et la France c’est Lourdes et Lisieux, c’est aussi François Hollande, tout un symbole à lui tout seul de… soumission, de tergiversation, de palabres aussi creuses qu’une calebasse. N’empêche, on va voir ce qu’on va voir en décembre ! Au pire, on se sera tapé une pub pour rien et on aura pris une leçon de langue. Et, pendant ce temps, sans états d’âme, les agriculteurs continuent d’arroser copieusement leur champ de maïs alors que, en Alsace par exemple, on connaît une année particulièrement caniculaire, donc de sécheresse, telle qu’on n’en a pas connue depuis quelques temps. Mais l’argent n’a pas d’odeur et on a beau savoir qu’on ne l’emportera pas au paradis ni en enfer, la cupidité est sans limite chez les irresponsables et les prédateurs du monde entier, c’est une drogue sans pitié. C’est chacun pour soi et lorsqu’on manquera d’oxygène, gare aux plus faibles ! Je suis désolé mais je suis convaincu qu’il faut se répéter, que cent fois sur le métier il faut remettre l’ouvrage, et même mille si c’est nécessaire. Pour arrêter de crier dans le désert de l’atonie démocratique. Arrêter de jouer les impuissants par laxisme, juste pour sauvegarder sa tranquillité d’esprit ou par fatalisme. Non, décidément, je ne peux pas et je ne veux pas rester indifférent à tout ce gâchis et toute cette souffrance que j’ai en plus côtoyée et accompagnée durant plusieurs années. Je ne peux pas faire comme si je ne savais pas. Ce n’est pas mon genre. Quitte à en lasser certains. Personne n’est obligé de me suivre. Nous sommes en démocratie que diantre ! En fait, tout ça me fait penser à La mort en direct de Bertrand Tavernier, un film magnifiquement terrible, parcouru d’un cynisme très glaçant ; ça me rappelle également unautre chef-d’œuvre du cinéma : Fenêtre sur cour d’Alfred Hitchcock et à ses fameux MacGuffin, des leurres autrement plus subtils et efficaces que cette publicité et tous les effets de manche politiques qui essaient de nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

Pendant ce temps, les régions vont s’agrandir sur notre territoire. Qu’on soit pour ou contre n’a aucune espèce d’importance puisque c’est décidé. Il paraît que les collectivités – donc nous, quoique – vont faire beaucoup d’économies grâce à l’élargissement des régions. Il paraît… En attendant, ça douille ! C’est plutôt : bonjour la gabegie. Ce qui, par les temps d’austérité ambiante qui courent, est très réjouissant… Pour ceux qui claquent le fric, pas pour ceux qui se serrent la ceinture à côté.

Je ne sais pas ce qu’il en est pour les autres nouvelles régions mais, en ce qui concerne l’Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne, ça va très bien pour elle, merci. Jugez-en : les élus des trois conseils régionaux vont tous se réunir prochainement à Strasbourg – il y a tellement de choses à décider et à partager que ça va pas être du gâteau pour s’entendre –, et cette réunion coûtera la modique somme de 300 000 €, voire 350 000 € ! Une bagatelle. De plus, même si l’État a décidé que ce sera Strasbourg la capitale de la région grand Nord-Est, rien n’est joué ; néanmoins, dans cette optique, Strasbourg fait des travaux d’agrandissement n’étant pas équipée pour accueillir autant de conseillers régionaux, alors que… Nancy aurait une salle spacieuse et confortable pouvant recevoir tous les conseillers régionaux, sans discrimination ; ils pourraient même y piquer confortablement un petit roupillon après le déjeuner copieux ou avant une soirée un peu arrosée… Le sens de l’économie voudrait donc que tout le monde déménage à Nancy. Sauf que la politique politicienne et le sens de l’économie, ça fait deux chez bon nombre de politiciens ; l’ivresse du pouvoir ça n’a pas de prix, juste celle du champagne et des petits fours, ça ne fait pas de mal de se faire du bien, surtout après d’âpres marchandages – pardon : négociations. Donc, à Strasbourg, on se hâte de faire des travaux dispendieux dans l’espoir de tirer la couverture à soi. Et que fera-t-on des magnifiques locaux désormais orphelins de leurs conseillers régionaux ? Car deux hôtels de région vont rester sur le carreau. Celui de Strasbourg a coûté une fortune et est quasi neuf ! À ce propos, voici un article que je trouve très édifiant et instructif sur le sujet : http://www.capital.fr/enquetes/economie/la-reforme-absurde-moins-de-regions-plus-de-depenses-1054397. Preuve que je n’exagère pas, que je ne suis pas mon trip de justicier hystérique… Quel cinéma désolant ! Ça n’a même pas la saveur du film de Jacques Ruffio : Le sucre.

Je sais que je radote mais tout ce fric gaspillé, quand on passe son temps à dire à des familles en situation de détresse qu’on ne peut rien faire pour les soulager, ça ne vous fout pas les boules, ça ne vous fait pas réfléchir ? Car demain, c’est peut-être vous qui serez en situation de précarité. Et alors, vous vous contenterez de regarder docilement passer le train rempli de politicards et de « Bolloré » opulents, indécents, méprisants, irresponsables et irrespectueux ?

En tout cas, une chose est sûre, les Alsaciens ont raté le coche quand Philippe Richert leur a proposé, par référendum, de fusionner le Bas-Rhin et le Haut-Rhin ; la bêtise partisane a eu le dessus. Sinon, l’Alsace aurait peut-être pu rester une région « autonome » à l’instar de la Corse…

Quel cinéma populiste !

Cinéma bien dérisoire, qui plus est, comparé à ces adolescents bretons qui s’en souviendront de leur beuverie – du moins les dix qui sont encore vivants –, mais à quel prix ? Ils étaient quatorze mineurs entassés dans une fourgonnette prévue pour accueillir cinq passagers, le conducteur n’avait pas le permis et 0,82 g de taux d’alcoolémie – alors que pour les mineurs le maximum toléré est de 0,20 g (0,50 pour les majeurs) ; il est inculpé d’homicide involontaire ! Quel gâchis. Il va payer très cher son irresponsabilité, les autres survivants également ; combien vont se retrouver avec un handicap à vie ? Il paraît qu’il faut bien que jeunesse se passe ? Mais est-ce impossible de s’amuser, de faire la fête sans être éméché, dans l’excès ? Je pense à leurs parents. Je ne voudrais pas être à leur place. Quel malheur stupide ! Pendant qu’à l’autre bout de la France, à Toulouse, quatre jeunes, à peine plus âgés que les Bretons, sous l’emprise de la drogue et de l’alcool, pour une histoire de fric, en ont tué sauvagement une cinquième. Ici non plus, je ne voudrais pas être à la place des parents. Que de vies foutues en l’air stupidement, par égoïsme et immaturité. Suis-je trop empathique ? Est-on jamais trop empathique ? En tout cas, de tels drames m’attristent et me désolent profondément. On n’a qu’une vie et on ne revient jamais en arrière, un corps en bon état de fonctionnement, c’est si précieux. Dire qu’on estime que je suis une sorte d’intégriste parce que je considère que c’est dangereux de dépasser deux verres par repas.

Parallèlement, pour ma part, tout va très bien merci. J’ai obtenu gain de cause auprès de la CAF… qui m’a même restitué plus du double de ce que j’espérais… Quand je dis qu’il ne faut jamais baisser les bras, jamais renoncer face à une injustice ou une de ces fréquentes erreurs administratives – ni face à quoi que ce soit, en général ! Certes, c’est beaucoup d’énergie et de temps dépensés. Mais on n’a rien sans rien ici-bas. Il faut savoir ce qu’on veut. Et avoir un minimum de connaissance de ses droits…

Après ça, comment voulez-vous que je sois aigri ? Au contraire. Je trouve que la vie est belle. Du moins pour moi.

Comment peut-il en être autrement après avoir assisté au concert de Marina Kaye, Lilly Wood and the Prick et Selah Sue, dans la même soirée, à la foire aux vins de Colmar ? Une vraie découverte car à part la dernière (un peu), je n’en connaissais aucune. Trois styles très différents et vraiment très intéressants. Trois graines de star en pleine ascension. Un sacré bonheur. Au sortir du concert, nous tombons sur un barrage de flics. Contrôle du taux d’alcoolémie… Pendant le concert, tout le monde ne buvait pas du jus de fruit, évidemment. Nous sommes arrêtés et le gendarme intime à ma femme de se garer. Avec un aplomb stupéfiant, elle lui fait : « Pourquoi, qu’est-ce qui se passe ? ». « Je vous demande de vous garer ! » s’énerve le monsieur. « Je suis désolé mais je dois rentrer, j’ai mon mari sous assistance respiratoire avec moi et j’ai pas que ça à faire ! » Le mec braque sa lampe-torche sur moi à travers la vitre, écarquille les yeux devant mon handicap « très marquant » et lance : « C’est bon, allez-y. » Il y a des jours où c’est très pratique d’avoir un handicap. J’aurais pu sans problème faire sauter Chirac ou Sarkozy, il y a quelques années. J’aurais pu me trimbaler avec une bombe et faire le kamikaze, les doigts dans le nez – c’est une image, bien sûr, car je ne suis pas prêt de mettre le doigt quelque part… On est tellement impressionné par mon apparence qu’on me donne le bon Dieu sans confession. Pourtant, il m’arrive aussi d’avoir le diable au corps…

Et puis, nous avons vu Robert Plant, une icône, cet ancien leader de Led Zeppelin, précédé d’Asaf Avidan. Le second est une découverte et une révélation pour moi. 1h15 d’enchantement grâce à une voix hors du commun, qui fait penser à une voix de castrat. Répertoire très riche, musique entraînante qui a plusieurs registres. Et puis, fait rarissime pour le noter, ce groupe respecte la parité, il y a autant de femmes que d’hommes, notamment à la guitare et au clavier. Quant à Robert Plant, c’est un concert de grand. Parfait et inoubliable. Les papys font de la résistance. Et quelle résistance ! En une soirée, j’ai à la fois pris un coup de jeune et un coup de vieux… J’étais face à « La nostalgie n’est plus ce qu’elle était », de Simone Signoret, ou à une sorte de « Nous étions jeunes et larges d’épaules… On the Road again, again, again », de ce cher Bernard. Musicalement, c’était époustouflant. Grâce, entre autres, aux quatre anciens de la bande à Robert. Lequel, à part un peu d’embonpoint et des flétrissures, n’a pas perdu la pêche. Ils ont intégré un musicien traditionnel africain, avec ses instruments « modernisés ». C’est génial. Quelle extase musicale, cette soirée ! Vivement l’année prochaine. La musique, c’est la vie. À pleins poumons, corps, esprit et tympans. Une sacrée ivresse qui m’a fait planer longtemps après.

D’autre part, si vous avez le temps, allez voir Coup de chaud de Raphaël Jacoulot, avec Jean-Pierre Darroussin et un Karim Leklou impressionnant pour l’inquiétude et le malaise qu’il distille, c’est un acteur très prometteur, dans un drame villageois habilement mené.

Enfin, si vous passez par Strasbourg, arrêtez-vous Du côté de chez Anne, pour une fête du palais dans un restaurant en pleine ville, environné d’un paysage aussi agréable, reposant, romantique et typique, que les plats sont renversants de délicatesse et de raffinement, assis à la terrasse.

À bientôt.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.