La politique des egos

Bas les masques : le duo Cluzel-Macron ne cache plus son jeu, ils préfèrent cultiver l'assistanat plutôt que l'autonomie, la précarité plutôt que l'humanité au motif d'une sacro-sainte « solidarité familiale » d'une hypocrisie frisant le ridicule. Mais le ridicule, on connaît parfaitement ça en matière de politique sociale.

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La France va mal, la politique fout le camp. Ce n’est plus qu’une politique d’empoigne entre egos au ras des pâquerettes, sous le regard lassé, désabusé, écœuré ou révolté du peuple abandonné.

Malheureusement, le ridicule ne tue pas, car il assainirait peut-être le milieu politique.

La France va mal mais les egos des politiciens sont en pleine forme.

Il suffit d’éplucher les listes électorales et leurs « promesses » programmatiques électorales pour le constater. On ne défend pas le bien commun – même si on s’en défend –, on défend des idéologies, des politiques partisanes, des convictions à œillères. Et c’est de pire en pire, me semble-t-il, depuis l’arrivée du macronisme dans l’Hexagone.

La politique, de gauche, de droite, du centre comme des extrêmes, n’est plus qu’une cacophonie de cour de récréation. C’est pathétique, c’est pitoyable, ce serait même risible, si les premières victimes n’étaient pas les plus vulnérables, les plus précaires, les plus pauvres, contemplant impuissants et résignés ce champ de bataille égotique. D’aucuns – pas à une contradiction près – courent après les abstentionnistes, tout en leur offrant des arguments pour ne pas se déplacer.

Et on peut les comprendre, les abstentionnistes. C’est bonnet blanc et blanc bonnet, ceux qui sollicitent leur vote. Aujourd’hui, on a le sentiment d’avoir le choix entre le moins pire et le pire. Dans quelque parti que ce soit, on trouve des menteurs, des bonimenteurs, des manipulateurs, des opportunistes, des idéologues sans âme ni humanité. Où est passé l’intelligence du cœur ? Où est passé le pragmatisme ? À force de se croire plus intelligent que son voisin, on passe à côté du bon sens et du dialogue ouvert.

 

Nos présidents sont les rois des promesses électorales non tenues depuis 2007 car ils n’avaient pour unique objectif que de prendre le pouvoir, même de façon immorale, donc de rassembler le maximum d’électeurs en leur faisant miroiter des fausses promesses. Vous me direz, « les promesses n’engagent que ceux qui y croient ». Et justement, on n’y croit plus ou de moins en moins. J’en veux pour preuve qu’on s’abstient de plus en plus, à force d’être pris pour des cons.

 

Regardez le duo Cluzel-Macron qui s’oppose farouchement à l’individualisation de l’Allocation aux Adultes Handicapés (AAH), d’une part, pour ne pas ouvrir une brèche dans les minima sociaux et donc d’ouvrir une porte au revenu d’existence mais surtout en raison du coût de plus de 700 millions que représenterait cette réforme, quand bien même on ne lésine pas sur les offrandes faites aux grands patrons ! C’est risible d’entendre Sophie Cluzel brandir pathétiquement, dans l’hémicycle de l’assemblée nationale, l’argument éculé de la sacro-sainte « solidarité familiale », tout en oubliant hypocritement que les personnes handicapées vivant chez leurs parents conservent l’intégralité de leur AAH. Sans commentaire.

On ne cherche plus à cacher son jeu, on ne cherche plus à faire croire qu’on se soucie d’égalité et de justice sociale. On s’en fout de l’égalité des droits et des chances, on s’en fout de la déclaration universelle des droits de l’homme ou de la convention des Nations unies relatives aux droits des personnes handicapées – on les a ratifiées pour s’asseoir dessus –, on préfère économiser du « pognon de dingue » sur le dos des plus précaires pour gaver les millionnaires. On préfère une politique de l’assistanat qu’une politique de l’autonomie. Une idéologie n’a pas de cœur et encore moins d’âme, c’est une calculette. Pire, elle n’a aucun bon sens, aucune logique. Car, d’évidence, augmenter les ressources des pauvres, donc leur pouvoir d’achat, serait un levier pour relancer l’économie, ce serait un investissement rentable à moyen terme. En recourant aujourd’hui au vote bloqué, ce gouvernement a piétiné un peu plus la démocratie parlementaire, étalant son mépris des droits de l’homme et du citoyen, de la justice sociale et de l’opinion des Français (100 000 personnes en faveur de cette réforme avaient signé une pétition déposée au Sénat). Ça montre aussi que le gouvernement n’a plus confiance en sa majorité !

 

Il y a quatre ans, lorsque j’ai appris que la secrétaire d’État aux personnes handicapées provenait du milieu du handicap, et était elle-même concernée par le handicap, je ne me suis fait aucune illusion sur la politique qu’elle allait mener, et elle ne déçoit pas, elle fait honneur à Michel Gillibert, Dominique Gillot, Jean-François Mattei ou Ségolène Neuville. Il suffit de regarder ce qu’ont fait ses prédécesseurs émanant du médico-social et du médical durant leur mandat, afin de s’en convaincre. Ce sont le plus souvent des opportunistes ou des arrivistes incompétents qui ont une connaissance parcellaire, bourrée d’idées reçues et de clichés, des personnes handicapées. Ils préfèrent vendre leur âme au pouvoir, à leur soif de pouvoir et de gloriole, quitte à trahir ceux qu’ils sont censés défendre. Tout le monde ne s’appelle pas Simone Veil ou Christiane Taubira.

Et ce qui n’arrange rien, ce qu’ils ont en face d’eux des associations hégémoniques qui jouent sur tous les tableaux : la défense de leurs adhérents et la gestion d’établissements et/ou de services d’aide à domicile, tout en étant grassement subventionnées par l’État. Comment dans ces conditions, prétendre à une quelconque objectivité ? Entre compromis et compromission, il n’y a que l’épaisseur d’une feuille de papier.

Si les personnes handicapées vivent sous le seuil de pauvreté, elles font en revanche vivre beaucoup de monde et rapportent énormément à certains, dont la déontologie est à géométrie variable et l’éthique très étique. L’assistanat est une manne inépuisable pour des gens peu soucieux d’humanité. J’exagère ? Allez le vérifier par vous-même. Je ne souhaite à personne de vivre en EHPAD, en MAS et autres mouroirs lénifiants. Bien sûr qu’il y en a des plus ou moins bien, mais même les « meilleurs » manquent de moyens et de personnels compétents pour offrir un accompagnement digne de ce nom et totalement respectueux des droits de la personne.

 

La politique médico-sociale est injuste, sciemment injuste, et elle n’évoluera pas tant qu’elle sera régie par une approche médicalisée. Les personnes handicapées ne sont pas des malades, ce sont des personnes avec des spécificités nécessitant un accompagnement de tiers pour compenser leur déficience physique, mentale ou cognitive. Les médicaliser, c’est les réduire à leur handicap, donc à leurs incapacités, ce qui justifie l’assistanat.

Et s’il y en a un qui n’a pas la moindre idée de ce que cela représente d’avoir un handicap, d’être pauvre, chômeur ou discriminé, c’est bien Emmanuel Macron qui n’est jamais sorti de sa bulle de surprotégé nanti, c’est donc facile pour lui de refuser l’individualisation de l’AAH.

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