Empathie et Loi Travail

Que fait-on des conditions de travail dans les grandes surfaces ? La loi travail y a-t-elle pensé ?

Supermarché Supermarché
 

J’ai horreur des grandes surfaces, des supermarchés et autres fast-foods, de tous ces lieux saturés de musique pour mieux vous abrutir, vous saouler, afin de plus aisément vous plumer. J’ai horreur de toute cette déferlante de cacophonie que l’on nous impose à longueur de journée depuis le début des années 1960 – bien que le premier supermarché soit apparu en 1931, sous l’enseigne Prisunic.

Mais comment font celles et ceux qui travaillent des heures durant dans une telle ambiance ? Au nom de la modernité, de la compétitivité et du libéralisme, de l’ultralibéralisme, on veut achever ce qu’il reste de la Loi Travail en osant prétexter que c’est pour le bien du peuple et de la nation, pour la mort du chômage et la résurrection du pouvoir d’achat. Alors que l’on dilapide le fruit d’années de luttes ouvrières, de grèves, de souffrances pour se plier au tout-puissant dieu de la haute-finance.

On se fout de qui ? S’est-on jamais soucié, hormis pour la façade, du confort des employés des grandes surfaces ? Comment peut-on travailler dans des conditions pareilles sans devenir fou, sans rentrer chez soi complètement abruti par le bruit, la musique et le brouhaha constants, abrutissants ? C’est infernal et, de plus, ils sont payés des clopinettes. Tout pour le patron et le minimum pour les serfs des temps modernes.

Quand va-t-on se soucier, s’inquiéter de leur santé et de leur confort ? Vraiment s’en inquiéter. Car bien sûr, on a peut-être « amélioré » un peu leurs conditions de travail naguère, pour avoir bonne conscience et faire bonne figure mais ça n’enlève rien à la réalité du quotidien de ces employés, pendant que les grands patrons s’engraissent copieusement et en exigent toujours plus.

Et dire cela, ce n’est pas se voiler la face devant le fait que certains employés peuvent être malhonnêtes et prêts à vous faire des crasses sans aucun état d’âme, d’autant qu’ils ont quasiment la certitude que les prud’hommes seront de leur côté, comme j’en ai fait l’expérience à plusieurs reprises. Pour autant, ça n’excuse pas certaines conditions de travail et une exploitation éhontée de ces gens.

Et par-dessus le marché, ils sont traités de « fainéants » par le plus éminent des représentants du patronat, la taupe idéale qu’il a réussie à dégoter et à installer à l’Élysée. Mais que peut-il bien savoir de la vie de ces « fainéants », de leur quotidien, de leur épuisement, de leurs problèmes financiers, de leur fin de mois ingérable, de leurs souffrances morales et/ou physiques, lui qui a tous les costards qu’il veut ? C’est si facile de tenir des discours emphatiques touchant au social et à l’égalité des droits et des chances quand on n’a aucune idée de quoi on parle, de faire du prosélytisme avec la misère d’autrui.

Comment rester indifférent face à cette réalité chaque fois que l’on va dans un supermarché ou autre usine à gaz déshumanisée ? Je vois bien que c’est le cas de la majorité des clients, dont certains sont prêts à marcher sur leurs voisins devant la caisse, juste pour gagner quelques minutes.

L’homme est un loup pour l’homme, et après il s’étonne, le sous-homme, que le monde ne tourne pas rond et qu’il soit exploité par plus rapace et immoral que lui.

Il faut s’opposer à toute force à la Loi Travail pour ne pas aggraver une situation déjà tellement indigne de notre société soi-disant civilisée, que spolient outrageusement, de plus en plus outrageusement, les grands patrons et les gouvernements successifs depuis quelques décennies.

Il faut que le Peuple cesse de jouer le rôle du mouton de Panurge, bêlant à cor et à cri pour mieux se laisser entraîner vers l’abattoir. Mais le fera-t-il ? Le pourra-t-il ? En aura-t-il la force et le courage ?

Mai-68, c’était avant-hier et c’est déjà tellement loin.

Si seulement il y avait davantage d’empathie, de solidarité et d’amour dans nos sociétés à l’individualisme forcené, me semble-t-il. Si seulement. Si seulement nous n’étions plus gouvernés par des gens sans vision, à l’humanité cachectique et au courage au mieux microscopique. Si seulement.

Suis-je utopiste ? Il n’est pas interdit d’espérer, ni de refuser de se voiler la face devant l’inhumanité qui nous gangrène au profit du fric. Je préfère être du côté des opprimés que des opprimeurs. Mais des opprimés lucides et prométhéens, résolus à avancer malgré tout et par-dessus tout. Car je suis persuadé que notre vie nous appartient et que c’est notre bien le plus précieux, un bien qu’il faut par conséquent défendre bec et ongles pour ne pas vendre son âme.

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