Cynisme « démocratique »

L'indécence et l'outrance sont devenues des moyens pour gouverner en dissimulant incompétence et carences. C'est aussi devenu un outil de communication pour se fabriquer une apparence de virginité et de grandeur d'âme…

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Emmanuel Macron et Christophe Castaner ont clairement déclaré la guerre aux gilets jaunes, pour tenter de les étouffer en les dégoûtant et en leur faisant peur. Il ne s’agit pas de contenir les manifestations, de prévenir des débordements, il s’agit d’attaquer d’emblée pour casser la manifestation, quitte à provoquer des réactions d’exaspération suivies de répressions violentes. On l’a vu à Toulouse récemment. Cette stratégie guerrière est anticonstitutionnelle et à visée purement destructrice.

Elle est en train d’instiller durablement une haine de la police dont personne ne sortira vainqueur et ne pourra se glorifier. La police n’avait pas besoin de ça et la France non plus. Certes, une certaine police prend un certain plaisir à pouvoir exprimer en toute liberté et avec la bénédiction du chef suprême toute la violence qu’elle porte en elle. Pour autant, je ne pense pas que ce soit le cas de la majorité. Cependant, cette police docile, soumise au point d’obéir à des ordres contraires à l’éthique enseignée dans les écoles et contraire aux valeurs défendues par nombre de policiers, questionne par son inertie, son silence, à quelques exceptions près, et encore sous le couvert de l’anonymat. Peut-on perdre son âme pour ne pas perdre son travail ? De plus, Emmanuel Macron et Christophe Castaner sont responsables des centaines de blessés, des morts, des personnes mutilées irrémédiablement, des innombrables traumatismes, des familles brisées et de la confiance que des gilets jaunes ont accordé à Emmanuel Macron en votant pour lui en 2017 ; combien d’entre eux ont fait partie de ses électeurs ? Sont-ils conscients, Macron et Castaner, d’être responsables par procuration de toutes ces blessures ? Ont-ils des états d’âme, des regrets ? Rien ne le laisse supposer en tout cas. Ils ressemblent à ces dictateurs pour qui tous les moyens sont bons pour montrer son autoritarisme. Ce n’est pas réjouissant de voir leur cynisme « démocratique » affiché avec ostentation. Cependant, plus dur sera leur chute. Car chute, il y aura tôt ou tard, d’une manière ou d’une autre, l’histoire n’a cessé de le démontrer.

Là-dessus, la cathédrale de Notre-Dame de Paris s’est enflammée dans une ambiance de catastrophisme exacerbée. Incendie dantesque et drame crépusculaire surmédiatisés, surjoués, entre Shakespeare et Hugo. Émotion mondiale. Démagogie présidentielle et politique désinvolte où on a entendu tout et n’importe quoi dans des bouches loin d’être désintéressées, dont le président pour qui l’événement est plus important que le peuple en attente d’une prise en compte de ses besoins vitaux.

Ce cinéma tombe à point nommé pour mettre à nu encore un peu plus le cynisme « démagogique » qui ronge notre société. Pas que la nôtre d’ailleurs. Évitant à notre cher président d’annoncer ses décisions post-grand débat. Ce grand débat, véritable pantomime grand-guignolesque et grandiloquent, devait masquer sa mise en abyme, car son but implicite était, notamment, d’affaiblir les gilets jaunes, d’essayer de les étouffer à petit feu, le temps que durerait cette comédie grotesque. Manque de bol, les gilets jaunes sont toujours présents et la répression toujours plus féroce.

Hélas, ce que la cathédrale Notre-Dame met en lumière ne risque pas de calmer les esprits exaspérés. En effet, la récupération foudroyante de cette « tragédie » par les grosses fortunes – Pinault, Arnault, Bettencourt et consorts – ne risque pas de faire baisser l’intensité de la contestation. Bien au contraire. En 24 heures, ce beau monde a réuni plus de 800 millions de dons pour restaurer la cathédrale ! Plus de 800 millions ! Certes pour un monument national internationalement connu. Mais ce ne sont que des pierres, même les chefs-d’œuvre ne sont pas éternels ! Qui pleure les chefs-d’œuvre de l’Antiquité, de la culture Inca, Maya ou Aztèque aujourd’hui ? Nous sommes tous mortels et éphémères. Cela rend le geste de ces faux mécènes faussement désintéressés et altruistes encore plus indécents. Ils mettent sur la table d’un clic, médias à l’appui bien sûr, leur prétendue générosité. 880 millions pour Notre-Dame, alors que l’année dernière 566 SDF ont crevé de froid et de faim dans la rue, près de chez nous, qu’entre 5 et 9 millions de Français vivent sous le seuil de pauvreté, que les transports en commun sont insuffisants, que les maternités sont fermées, que les salaires sont ridicules, etc. Un tour de bonneteau choquant. D’autant que l’investissement est minime lorsqu’on sait, qu’en plus de se payer une virginité par médias interposés, ils récupèrent une grande partie de la mise grâce à la défiscalisation des dons. Faisant ainsi d’une pierre deux coups, si j’ose dire, tout en faisant porter l’essentiel de cette « générosité » sur les contribuables, les éternels dindons de la farce. À ce jour, seule la famille Pinault a vite annoncé qu’elle renonçait à la remise d’impôt, devant la bronca sur les réseaux sociaux. De toute façon, le cumul des cadeaux fiscaux de l’État, depuis 2007, compensent largement leur soi-disant grandeur d’âme. Pendant que, Macron se fout de la gueule des gilets jaunes et des Français en général, avec sa morgue coutumière.

Est-ce que nous avons affaire à une France minoritaire d’en haut totalement inconsciente et irresponsable ou profondément hautaine, méprisante et cynique au point de se croire invincible et au-dessus de tout ? Une France qui a instauré le cynisme « démocratique » comme dogme. À l’instar de cette noblesse d’État et de ce roi qui ont goûté à la guillotine ?

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