L’homme qui ricane aux oreilles du Peuple

Le peuple français joue son va-tout dans la grève actuelle. Va-t-il aller jusqu'au bout ou craquer au risque de tout perdre ?

macron-martinez

 

Ce n’est pas qu’une simple réforme des retraites qui est en jeu, ce sont des décennies de valeurs françaises que l’on veut sacrifier au profit de la haute finance, d’un néolibéralisme sans état d’âme, dédaigneux même.

Qui va gagner ce bras de fer vital, déterminant pour l’avenir de millions de Français ? Un pouvoir totalement inféodé à une doctrine destructrice du tissu social et profondément hautain, campé sur ses positions, droit dans ses bottes à l’instar de Juppé en 1995 ? Ou le Peuple, c’est-à-dire la France qu’un gouvernement de matamores veut livrer aux cochons du CAC 40 ?

Je faisais partie de ceux qui ne supportaient pas la politique de Nicolas Sarkozy mais, avec le recul, c’était presque de la médecine douce comparée à celle d’Emmanuel Macron. En fait, ce jeune homme, méprisant et hargneux du haut de sa jeunesse insolente, s’avère être la synthèse de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, en plus inquiétant. C’est un libéral comme le premier et un menteur comme le second. Et comme Hollande, Macron est arrivé au pouvoir en mentant. Comme Hollande, il a enfumé des millions d’électeurs qui l’ont certes élu par défaut mais avaient confiance en lui, alors qu’il savait dès le départ qu’il n’allait pas respecter ses promesses de campagne, car il avait la ferme volonté de faire, en plus spectaculaire, ce que les deux autres n’avaient pas osé ou projeté de faire ; on pouvait du reste s’en douter lorsqu’il a pris Édouard Philippe, Bruno Le Maire et Gérard Darmanin, à ses côtés. Dès lors, il ne s’agissait pas de faire dans la dentelle, il allait leur montrer comment on les dompte, ces gaulois incultes, à ses collègues internationaux.

Il a réformé au pas de charge, à coups de grenade, de matraque, de LBD, de provocations verbales, de chantage, de manipulation et d’intimidation. Et ça a marché. De quoi gonfler encore plus l’ego surdimensionné du coquelet-roitelet arrogant. D’où son comportement résolu d’aujourd’hui : il est convaincu d’avoir de nouveau le dernier mot, quel qu’en soit le coût. Il est le meilleur et le meilleur a toujours raison. Jusqu’à quand ?

Les Français sont plumés, au bord de l’asphyxie, vont-ils signer leur arrêt de mort définitif ou aller au bout de leur ras-le-bol, de leur exaspération légitime ? S’ils renoncent, ils n’auront plus que leurs larmes pour pleurer et pourront serrer leur ceinture un cran de plus.

Un des points d’interrogation de ce bras de fer, ce sera le positionnement de la CFDT. Tiendra-t-elle jusqu’au bout ou va-t-elle retourner sa veste dès qu’elle aura obtenu le minimum « syndical », quand bien même cette réforme est mal ficelée et injuste, une arnaque néolibérale de plus ?

L’autre question que l’on peut se poser, en se rappelant que Sarkozy et Hollande ont payé leurs erreurs en ne faisant qu’un mandat présidentiel, en sera-t-il de même avec Macron ? À la différence, non négligeable, que Macron n’a pour le moment aucune autre opposition valable, pour lui barrer la route, que Marine Le Pen. Les Français auront à choisir entre la peste et le choléra, si rien n’évolue dans les prochains temps du côté d’une opposition qui se ridiculise jour après jour, au lieu de ravaler son orgueil infantile pour soutenir et supporter un leader unique. On peut rêver.

L’avenir de la France, d’une certaine idée de la France, c’est-à-dire de la justice sociale, de l’égalité et de la fraternité, se joue dans la rue, sous le regard ricanant d’Emmanuel Macron et de ses sbires.

N’oublions pas, n’oublions surtout pas, que le gouvernement qui est capable de légitimer la violence policière, de l’encourager et même de la protéger de la justice, justifiant des actes aussi odieux que ceux consistant à renverser des personnes lourdement handicapées durant une manifestation, à mutiler des citoyens sans aucun état d’âme, ne reculera devant rien pour avoir gain de cause, car en Macronie on ne cède pas.

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