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Billet de blog 19 mars 2020

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Chronique de la solidarité

Face à la pénurie de protections essentielles et aux manquements du gouvernement, la solidarité et la débrouille sont les seuls recours pour se protéger a minima dans les situations à risques

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Illustration 1
Covid-19

Pour mémoire, au cas (improbable, je pense) où vous l’auriez oublié, le 6 mars dernier, Emmanuel Macron et Madame sont allés au théâtre pour inciter les Français à sortir ou à ne pas craindre le coronavirus. Une semaine plus tard, jeudi 15, dans un discours solennel, il annonce des mesurettes quand tout montre, à commencer par les pays asiatiques, la gravité de la crise sanitaire. Puis, quatre jours plus tard, après avoir maintenu en dépit du bon sens le premier tour des élections municipales la veille, il décrète sans le dire (quel courage !) des mesures de confinement pendant 15 jours, avant de parler de la création d’un « état d’urgence sanitaire », quelques jours plus tard.

En fait, d’aucuns, bien renseignés, évoquent plus probablement le chiffre de 45 jours de confinement mais annoncés en trois fois pour… ne pas effrayer la population (?!).

Arletty en son temps aurait pu s’exclamer : « Schizophrène, vous avez dit schizophrène ? J’ai une gueule de schizophrène, moi ? » Ça le rassure de parler de guerre ou c’est encore une fois une rhétorique populace incrédule ?

L’art de gouverner, ça ne s’improvise pas, ce n’est pas donné à tout le monde. La soif de pouvoir peut suffire pour imposer autoritairement son idéologie mais ne présage pas de savoir gouverner, au sens profond du terme, un Peuple, une Nation. Avez-vous lu Han Fei Zi, Monsieur le président de la République ?

En revanche, que les policiers et les gendarmes qui verbalisent ne portent pas de masque, ça ne dérange pas, comme s’ils étaient immunisés par le Saint Esprit.

Pendant ce temps, dans un petit village de 900 habitants, Saint-Bauzille-de-la-Sylve, la solidarité fleurie de façon impressionnante et réconfortante. Dans ce petit village occitan, on s’entraide et on s’organise. Tout en respectant les consignes, à quelques rares exceptions près, apparemment inévitables chez les êtres humains (ne respectant pas la distance de sécurité, par exemple). Nous avons emménagé dans ce village en juin 2017 et nous découvrons, au fil des années, des gens attentionnés, généreux et ouverts.

Ainsi, depuis le confinement, connaissant ma situation de personne en situation de handicap et sous assistance respiratoire constante, qui nous rapporte des courses, qui apporte des élastiques à mon épouse pour qu’elle puisse confectionner des masques en tissu, commandés sur les réseaux sociaux par dizaines en raison de la pénurie, ou l’école du village accepte qu’une de ses employées nous donne des gants jetables pour protéger les mains de l’accompagnant qui vient épauler ma femme de temps en temps, pendant que le reste de l’équipe est au chômage technique par sécurité ; mais le dos de Jill, déjà fragile, ne résistera pas 45 jours. Et de nombreuses autres personnes ont proposé spontanément leur aide.

Alors que l’APARD, l’association qui nous livre et entretient mon matériel médical, a refusé ce matin de nous envoyer une boîte de gants, qu’ils ont en stock, contrairement aux généralistes, infirmières et autre personnel médico-social ! Pourquoi ce refus ? Car je ne suis pas inscrit sur la liste des bénéficiaires réguliers de la maison. Qu’importe ma mise en importe donc !

À l’instar de toutes ces personnes handicapées ou âgées, totalement dépendantes, abandonnées par leurs auxiliaires de vie du jour au lendemain et les services prestataires qui restent aux abonnés absents.

En tout cas, si les 45 jours se confirment, il faudrait que mes autres accompagnants puissent être testés pour être sûr qu’ils ne sont pas contaminés avant de reprendre leur poste. Sauf qu’en France, il faut avoir des symptômes pour en bénéficier (même les généralistes en sont privés), c’est-à-dire attendre que ce soit trop tard, contrairement à la Corée du sud ou à Taïwan. Il est vrai que les gouvernants Sud-Coréens, suite à l’épidémie de MERS en 2015, ont été bien plus prévoyants que les gouvernements Français successifs qui ont préféré détruire le service public, et entre autres hospitaliers, en offrande au dieu néolibéral. À cette heure, des pharmacies en province attendent toujours d’être livrées en matériel de première nécessité et elles savent déjà qu’elles seront très vite à court.

Aujourd’hui, les citoyens Français et les professionnels de la santé et du médico-social, les policiers et les gendarmes réquisitionnés pour verbaliser les contrevenants, sont les victimes de cette imprévoyance typique d’un Occident bouffi par le complexe de supériorité.

Sans omettre les SDF qui sont dans une situation catastrophique et totalement négligés par Emmanuel Macron, alors qu’ils font partie des gens les plus vulnérables !

La prétendue grandeur de la France prend un sacré coup au niveau politique ! N’est pas Jupiter qui veut.

Parallèlement, des gens se marchent dessus dans les supermarchés pour du papier toilette, quand d’autres s’agglutinent dans des marchés en plein air sans protection. Et on apprend qu’à l’hôpital de Montpellier plus de 1000 masques ont été dérobés en pleine nuit, ou encore que les pharmacies sont vidées par des angoissées hypocondriaques, au mépris de la collectivité, entraînant des pénuries gravissimes dont les conséquences peuvent être dramatiques pour des congénères vulnérables.

D’autres critiquent des initiatives individuelles sous prétexte qu’elles ne sont pas conformes à la norme, alors même que la norme est en rupture de stock, ne laissant que le choix de la débrouille et la solution du moindre mal (il vaut mieux des masques en tissu, changés et lavés régulièrement, que rien du tout).

De toute façon, à l’hôpital, même dans un service de réanimation où on est censé être dans une sécurité maximale, on peut se choper une maladie nosocomiale et en mourir !

En fait, ce que le Covid-19 nous rappelle fort justement, c’est que rien ne vaut la solidarité lorsque l’État n’est pas la hauteur de ses responsabilités et de ce que le Peuple est en droit d’en attendre.

Et au final, si le coronavirus sonne le glas du néolibéralisme et de la Finance qui gouvernent et écrasent le monde, on ne pourra que l’en remercier. En tout cas, ce sera mon cas.

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