Handicap et Code du travail

De par mon expérience très particulière, ajuster le code du travail à certaines réalités d'aujourd'hui, ce serait indispensable. En revanche, le dynamiter, c'est scandaleux et méprisant de la part d'un gouvernement de Tartuffe…

Le gouvernement de gauche va dynamiter le Code du travail pour faire plaisir au patronat. Ce que Sarkozy n’a pas osé faire, Hollande va s'en charger. Jusqu’où va-t-il aller pour dilapider les valeurs et les fondements de la France ? Qui va oser se dresser devant lui ?

Mais quelle mouche l’a piqué en 2012 ?

Comment ne pas être consterné, dépité et révolté par autant de mépris, de petitesse, de suffisance et d’incompétence ?

Pour autant, est-ce vraiment surprenant ? Bien sûr que non. C’est du Hollando-Valls pur jus. À l’image du reste de ce gouvernement, à vomir.

En effet, on vient de nous offrir un remaniement-ajustement ministériel d’une indigence indigne d’une démocratie républicaine. C’est un ramassis d’opportunistes et d’arrivistes qui vient d’être nommé, le jabot gloussant d’aise. Heureusement que le ridicule ne tue pas. Ce serait une hécatombe chez les politiques par les temps qui courent ; le problème c’est qu’ils courent depuis un moment, à tel point qu’on a l’impression de ne plus voir le bout du tunnel.

Jean-Marc Ayrault, qui s’était fait virer comme un malpropre pour céder sa place à Manuel Valls, revient en mettant sa fierté dans sa poche. Emmanuelle Cosse lâche son poste de secrétaire générale d’EELV pour accourir quand Hollande la siffle. Tout comme Jean-Vincent Placé, autre Vert (kaki), qui n’attendait que ça depuis des mois. Et Jean-Michel Baylet, le désormais ex-patron des radicaux de gauche, qui piaffait au moins tout autant que le précédent dans les starting-blocks d’un pouvoir décadent ; mais, à ce stade, peu importe la décadence, pourvu qu’on ait l’ivresse. Tous sont des egos surdimensionnés tellement assoiffés de strapontin, de faste, d’apparat et d’apparence, sans honneur ni décence, sans dignité ni grandeur, qu’ils ne voient pas plus loin que le bout de leur ambition insane. Des valets de cour tout justes bons à servir de marchepied à leur calife. C’est dramatique et c’est grave. Car l’image qu’ils offrent à nos voisins européens, au monde et aux Français encore lucides, oscille entre Tartuffe et Raspoutine. Comment un gouvernement peut-il être crédible dans ces conditions ? Comment ne pas sérieusement s’inquiéter pour notre avenir, l’avenir de nos enfants, de nos anciens et de notre pays ? En fait, depuis juin 2012, nous n’avons que Mister Hyde aux commandes de l’État, le Docteur Jekyll est mort après le discours du Bourget.

Et les Français le laissent faire, totalement amorphes et résignés. La France d’en bas, la plus malmenée, se tait lamentablement, pitoyablement. Lâchement ? Personnellement, j’ai fini d’espérer une réaction. Nous vivons dans un État où règne le moins-disant, à l’instar des États-Unis de George Bush jr. ; une nation qui se laisse spolier, sans courage ni orgueil. Alors qu’elle pourrait renverser les guignols prétendument de gauche.

Cela dit, si l’attaque contre le Code du travail montre, s’il en était encore besoin, le peu de cas que font Hollande et sa clique de nos acquis sociaux après la dernière guerre mondiale, le Code du travail soulève néanmoins certaines interrogations.

Ainsi, en novembre, un de mes accompagnants m’a envoyé, une demi-heure avant de prendre son poste, un SMS pour m’annoncer qu’il ne viendra plus, et je ne l’ai effectivement jamais revu. Un comportement, non seulement, irrespectueux et irresponsable – il mettait ma sécurité et mon bien-être en danger – mais, de plus, il était en totale infraction avec le Code du travail. Pourtant, l’avocat spécialisé dans le droit du travail que j’ai contacté m’a déconseillé de le poursuivre aux prud’hommes ; j’aurais gagné mais je n’aurais pu espérer qu’une condamnation de principe car, me précisait-il, les employés sont très protégés.

Du fait de cette défection inopinée, pendant trois jours, je ne serai pas lavé et je dormirai dans mon bureau – un moindre mal, parce que cela aurait pu être bien pire. Pour autant, je n’ai pas eu de réparation pour tous les désagréments subis et pour le surcoût pécuniaire que cela a représenté pour l’employeur que je suis. Sans compter le fait qu’un particulier-employeur en situation de dépendance vitale, d’une part, a une subvention mensuelle limitée qui entrave sa liberté de budgétisation, le privant de toute latitude en cas d’imprévu et, d’autre part, sa situation étant très spécifique, il lui est impossible de trouver un remplaçant au pied levé, il lui faut au préalable dûment le former pendant plusieurs jours. Par parenthèse, il n’est pas inutile de préciser que cette impossibilité de trouver des remplaçants compétents, lorsque l’on est en situation de dépendance vitale, est totalement négligée par les pouvoirs publics, quand bien même cette attitude inconséquente peut avoir un jour des répercussions graves. Ce risque laisse lesdits pouvoirs publics parfaitement indifférents car, selon eux, il n’y a qu’à passer par le mode prestataire qui… coûte, au minimum, 30 % plus cher aux conseils départementaux !

Et puis, pour corser le tout, durant la même période, une autre de mes employées a été mise plus de quatre mois en arrêt de maladie avant de demander une rupture conventionnelle de contrat ; elle a même essayé de le faire passer pour un accident du travail – malheureusement pour elle, elle n’avait pas fait les démarches dans les règles. En se comportant de la sorte, elle savait qu’elle allait déséquilibrer l’équipe et imposer à ses collègues un surplus de travail, puisquesoit ils la remplaçaient, soit j’engageais quelqu’un, prenant ainsi le risque de me retrouver en surnombre si l’envie lui prenait de revenir. Fort heureusement, ça n’a pas été le cas. Il n’empêche, pendant des semaines, j’ai vécu dans l’indécision et j’ai été finalement amené à faire des choix difficiles (notamment prendre le risque d’embaucher). L’administration – la sécurité sociale, par exemple – reconnaissait sans peine l’incohérence de ma situation mais se disait impuissante à y répondre efficacement. Pourtant, sachant que mon employée avait un problème à un genou – elle sera opérée après deux mois d’arrêt – et qu’il est indispensable de me porter pour faire mes transferts, donc qu’il était évident qu’elle ne pourrait plus reprendre son travail, étant dans l’impossibilité d’adapter son poste en conséquence, il allait de soi que la meilleure solution résidait dans un licenciement pour incapacité. Au lieu de quoi, je me suis coltiné des pesanteurs mesquines et des contraintes iniques pour, finalement, en arriver à une rupture conventionnelle de contrat ! Qui peut cautionner de telles mesquineries du fait d’obligations contractuelles « en dépit du bon sens » ?

Oui, il est urgent de faire évoluer le Code du travail. Pour autant, il est inacceptable de le voir détricoter, dynamiter, piétiner, dans un mépris total des ouvriers, des artisans et des employés, par des ronds de cuir nantis à ne plus savoir que faire de leur fric, par un chef d’État et son Premier ministre qui se mettent tous les mois 15 000 € (bruts quand même, les pauvres si surmenés à force de chercher comment faire pour nous empoisonner l’existence) dans la poche, puisés dans nos impôts. Surtout que, dans ma situation spécifique, ce dynamitage ne changera rien. Et, quand bien même cela changeait quelque chose, je ne peux pas cautionner une telle régression sociale. Pas au détriment de millions de travailleurs. Tant pis pour ma tranquillité d’esprit.

Quand je vous dis que c’est à vomir en ce moment.

Mais la vie continue, les pauvres restent pauvres et les riches restent riches, pendant que les pauvres s’appauvrissent un peu plus et que les riches s’enrichissent beaucoup plus. C’est ça le libéralisme. Une majorité des Français à voter en faveur de ce mode de gouvernance. Faut donc assumer mes frères. Ou faire la révolution des marguerites, puisque les œillets (Portugal), les roses (Géorgie), les tulipes (Kirghizistan), sont déjà prises. D’ailleurs, ça nous va tellement bien les marguerites à nous qui aimons les effeuiller pour conter fleurette, à nous les incorrigibles French lovers que nous sommes. Allez, bonne indigestion et à la prochaine.

 

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