C'est pas la teuf

La teuf. La nuit. Quand tous les chats sont gris. Qu’on est entre moi et soi. Entre potes et potesses. À l’abri des regards de la France morale. Borderline. Bordermine. On fonce vers la défonce. Pour s’éclater la rate, le foie et la tête. Music à donf, lancinante et répétitive. Enivrante jusqu’à la transe. On ne s’entend pas. On ne s’entend plus.

La teuf. La nuit. Quand tous les chats sont gris. Qu’on est entre moi et soi. Entre potes et potesses. À l’abri des regards de la France morale. Borderline. Bordermine. On fonce vers la défonce. Pour s’éclater la rate, le foie et la tête. Music à donf, lancinante et répétitive. Enivrante jusqu’à la transe. On ne s’entend pas. On ne s’entend plus. Mais on ne vient pas pour s’entendre, on vient pour s’éclater. La rate, la panse et la tête. C’est la teuf. On vient pour s’égosiller, se torcher, se cuiter, se shooter et draguer. Consommer pour se consumer. S’éclater pas se rencontrer. Pas vraiment. Ne plus penser. Fuite en avant ? Fuite en arrière ? Face de bouc tient lieu de lien et de mère. Faut déballer et emballer pour le fun et le vide. Agitation avide. Angoisse du silence. Conquérir pour assouvir. La beuh et les amphéts, ça aide à dealer l’amour sous la frime d’apparences rances. Macho bobo. Gloire à la dépendance. Aux dépendances. Pendant que la vie s’engloutit. On s’agite. On dégueule. Gueules de bois. Faut se torcher et baiser pour s’exciter. Profiter ! Pour avoir le sentiment d’exister. Comme si la vie on n’y croyait plus. Révoltés, désabusés, cabossés. Les rires sont ivres d’excès sur le fil du futile. Orgie musicale, hurlements déchaînés. Fuck à cette société débile !

Anesthésie inutile. La réalité revient toujours même derrière la défonce, Alphonse.

Qu’ai-je compris à la vie ? Suis-je un vieil imbécile ? Un vieux con radoteur ? Je reste sur le trottoir à contempler des existences qui s’enfoncent dans le bitume de leurs bitures et de leurs cris sans voie. Je sais trop le coût de la vie pour m’enfoncer aussi. Demain c’est aujourd’hui. C’est tellement précieux une vie, même d’écorché à vif, même de proscrit. Vivre debout, quel que soit le prix, pour ne pas oublier qui je suis. J’ai tant donné pour ne pas l’oublier. Je me défonce au bonheur et à l’amour qui le nourrit. Je fais la teuf dans les yeux de ma mie. Je danse et je ris dans son cœur si joli. Elle est mon ivresse et la drogue de mes nuits. De mes jours aussi. Sous l’ombre la lumière. Dans le silence la vie, la rencontre avec Soi, elle ou lui. Se laisser porter et vivre. Oser la liberté d’être libéré. Loin d’une certaine folie saoulée.

Je vis donc je suis. Je vis donc je veux. Je vis donc je peux. La fête peut continuer jusqu’à l’Éternité, jusqu’au Commencement de tout. Jusqu’au bout de nous. Elle et moi. La fête à chaque pas, à chaque souffle, à chaque regard, à chaque baiser de nos lèvres enflammées.

J’aurais voulu faire l’amour quand elle a surgi dans la nuit. Mais nous avons dormi. Un plaisir aussi. Être blottis au fond du lit. Un Amour infini.

 

Grâce à Jill, j’ai découvert un monde, un univers que j’étais loin de soupçonner, qui m’interpelle et m’interroge au point d’en avoir fait un poème en prose. Nul jugement ou dénigrement de ma part, juste un constat qui n’est pas exhaustif (je ne veux pas réduire cette génération à ses seuls « excès »).

D’autant que mon adolescence a été zappée du fait du handicap et, depuis mai 68 (j’avais 13 ans) et aujourd’hui, il y a un fossé culturel qui s’est creusé, me semble-t-il – non dans la forme (les hippies abusaient probablement tout autant d’alcool et de drogue ; et avant eux Baudelaire ou Rimbaud s’y adonnaient également) mais dans le fond (la convergence de plusieurs facteurs contribue à une atmosphère et une ambiance très particulière.. Certes, déjà « de mon temps » l’alcool et la drogue faisaient leur apparition, mais pas dans le petit village où j’ai passé mon enfance et mon adolescence. Certes, il y avait aussi des revendications et des comportements que nos parents ne comprenaient pas. Ainsi va l’évolution. Notamment du fait de la musique. Entre le rock et la pop des années 60/70 et la techno des années 90/2000, nous ne sommes pas dans le même registre musical. Mais je ne me souviens pas d’une telle fuite en avant, d’un tel individualisme, de tels excès et plongées dans les alcools et les drogues. Ni d’une telle superficialité (du moins apparente). Je le répète, n’ayant pas eu d’adolescence, je peux me tromper.

J’ai l’impression que cette jeunesse est bien de son temps. Il suffit de regarder autour de soi. Du plus haut au plus bas de l’échelle sociale. Dans les années 60, on voulait changer le monde. Aujourd’hui, on veut profiter du monde, d’autant que les profits sont de plus en plus congrus.

Vers quoi allons-nous, entre les reniements d’un président de la République, la frime, la cacophonie, les incohérences et les lâchetés d’un gouvernement (aujourd’hui de gauche, hier de droite), le culte de l’apparence dans une société qui cherche ses valeurs, le chacun pour soi, la course effrénée vers la sécurité, la déprime et la misère galopantes, le manque d’ambition exponentiel à tous les niveaux, et le manque de courage (que le courage manque !) et des Français résignés, moutons de Panurge se laissant mener à l’abattoir avec un fatalisme qui me laisse songeur et ne peut qu’inquiéter pour l’avenir, pour les générations à venir ?

La France va se plier gentiment aux diktats sociaux économiques de l’Europe. Comment se sentir bien dans un pays qui n’est plus que l’ombre de lui-même ? Le vassal d’une idée bien plus que d’une réalité, celle d’une Union européenne qui nous mène à l’abattoir. Qu’offre la gauche aux dernières générations ? Pas plus que la droite, en tout cas. Une politique d’austérité en se pliant docilement aux injections de Bruxelles. Une augmentation galopante l’essence, des augmentations à tous les étages, une politique inégalitaire et un abandon de la politique sociale. D’abord la crise et après l’autre, le prochain, le démuni, le délaissé, le laissé-pour-compte d’une politique antisociale. Le nombre de pauvres et de chômeurs va continuer à grimper, mais ce n’est pas grave, c’est pour le bien de la France et des Français (évidemment) – on constatera quand même que François Hollande et ses ministres vont continuer, dans le même temps, à bien manger, à bien se porter et à cotiser pour une retraite mirobolante… Un simple constat.

On échappe à cette réalité comme on peut et avec ce qu’on peut plutôt que de l’affronter. Je suis prêt à parier que la politique d’austérité, qu’on va nous faire avaler comme une nécessité incontournable, ne provoquera que de la résignation et du fatalisme. La France n’appartient plus aux Français, elle a été livrée aux requins de la finance. Elle est vendue à bas prix par des politiques sans envergure, sans vision d’avenir, sans autonomie, sans inventivité ni courage pour initier une véritable politique socialiste, c’est-à-dire sociale, plus égalitaire et interactive.

Combien de promesses non tenues à ce jour durant ce nouveau quinquennat ? Le coq n’arrête pas de chanter sous Hollande, il est vrai que depuis Saint-Pierre l’inflation est galopante.

Comment ne pas vouloir se saouler dans une société du superficiel, du tout tout de suite, de l’image, du risque zéro et du chômage ? Pour espérer et pour oser, il faudrait que nos politiques offrent de l’espoir, ne serait-ce qu’un peu. Nous en sommes loin. De plus en plus loin. C’est désespérant autant que révoltant. Pour espérer, il faut avoir la foi. Mais en quoi, aujourd’hui ?

Quand les Français se soulèveront-ils ? Quand oseront-ils se révolter devant autant d’inanité et de démissions ? Quand oseront-ils défendre la vie ? Car c’est la vie que l’on enterre à petit feu, au jour le jour, par manque d’amour et de lucidité.

Par parenthèse, ce gouvernement de gauche n’applique pas davantage que son prédécesseur de droite la loi sur le quota (6 %) d’embauche de travailleurs handicapés, comme par hasard. C’est plus facile d’être dans l’opposition. Toujours. C’est tellement bien huilé que ça marche tout seul ce petit jeu-là entre partis…

À gouvernement fantoche, citoyens gavroches.

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