« Couvrez ce sein que je ne saurais voir ! »

Qui osera défendre un jour devant l'Assemblée nationale et le Sénat le projet de loi demandant une exception à la loi sur le proxénétisme pour permettre à des personnes en situation de handicap, les professionnels du médico-social et leurs proches de s'ouvrir à cette pratique en toute sérénité ?

présidentielle 2017 présidentielle 2017

À quelques heures d’un vote si peu orthodoxe et fondamental, après trois années d’engagement et de prises de position à contre-courant d’une morale prédominante, voire hégémonique, l’Association Pour la Promotion de l’Accompagnement Sexuel (APPAS) persiste à défendre ses valeurs et ses objectifs en maintenant son cap, assumant ainsi de facto d’être en infraction avec la loi sur le proxénétisme et celle pénalisant les client(e)s des professionnel(le)s du sexe – dont font partie, d’une part, les accompagnant(e)s sexuel(le)s, puisqu’ils/elles sont assimilé(e)s à cette catégorie « socioprofessionnelle », ainsi — assemblée et, d’autre part, les personnes accompagnées.

En conséquence, au regard de la loi, nous sommes des proxénètes bénévoles. Mais que vaut une loi lorsque tout le monde est bien embêté pour l’appliquer ? Ne vaudrait-il pas mieux la faire progresser, l’adapter à l’évolution de la société ? Si bien sûr. Encore faudrait-il que des femmes et des hommes politiques aient le souci, la volonté et/ou le courage de porter cette cause dans un débat public. Ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui.

J’en veux pour preuve l’absence de réponse ou les réponses convenues obtenues par les candidats au poste suprême. Seul Benoît Hamon a pris le temps de faire une longue réponse… certes, sans prendre clairement position pour ou contre l’accompagnement sexuel en France ; mais il a pris le temps, lui (ou son équipe. Quant à Emmanuel Macron, elle fut « simplement » marketée, donc impersonnelle ; mais elle fut. Du côté de Jean-Luc Mélenchon, silence total, hélas. François Fillon n’a pas été contacté : que peut-on attendre d'un catho allié au Sens Commun ? Et Marine Le Pen non plus, pour incompatibilité de valeurs et d’éthique. Par ailleurs, la quinzaine de personnalités politiques de tous bords (Montebourg, Aubry, Jadot, Juppé, Duflot, etc.) que nous avons contactés, n’a pris pas la peine de nous répondre. De là à penser que cette souffrance spécifique, aux conséquences collatérales, ne suscite guère ou très peu d’intérêt, il n’y a qu’un pas à franchir.

En fait, personne ne veut se mouiller ou mouiller son camp avec un sujet aussi controversé, a fortiori en cette période cruciale. Au final, actuellement, exception faite du sénateur-maire PS du Mans, Jean-Claude Boulard, du conseiller départemental PS, dans l’Essonne, Jérôme Guedj et du président LR du Conseil départemental du Bas-Rhin, Frédéric Bierry, aucun engagement politique véritable, laissant espérer une ouverture législative envisageable à court terme, n’a été ostensiblement affiché ; sans compter que d’ardents défenseurs de cette cause, à l’instar de Jean-François Chossy (LR), Catherine Trautmann (PS), Nicolas About (MoDem) ou François Brottes (PS), ont quitté la scène politique.

La classe politique, dans son ensemble, préfère garder ses distances avec cette patate chaude plutôt que de se positionner.

Du reste, que pourrait-on nous reprocher, nonobstant notre infraction manifeste et volontaire à la loi sur le proxénétisme ? De revendiquer l’application d’un droit-liberté ? De faire œuvre d’humanité ? De refuser la confusion entre le droit et la morale ? De militer en faveur du respect des libertés individuelles, dont la liberté sexuelle ? De nous opposer à toute forme d’intrusion dans la vie privée, dès lors que ce qui s’y déroule est le fruit d’un choix et d’un consentement mutuels ? De contrevenir à la loi ou de froisser la morale et les principes de certains ? De réclamer une réelle tolérance ? Un peu de tout ça probablement.

Dans ce contexte, ne sommes-nous pas en droit de nous demander à quoi joue nos élus ? En effet, dans la mesure où nous travaillons en toute transparence et qu’aucune opposition juridique ne se met en travers de nos engagements, ne sommes-nous pas encouragés à penser que notre cause est juste et justifiée ? D’autant plus, je ne le répéterai jamais assez, qu’elle est reconnue dans d’autres nations tout aussi soucieuses de droit, de démocratie et de respect des libertés que la nôtre.

De ce fait, l’APPAS est et restera, sous ma présidence, porteuse de valeurs humanistes et humanisantes nourries par une idée de la liberté qui refuse toute forme d’enfermement par et dans une démagogie intolérante et une morale liberticide, quitte à enfreindre une loi qui méconnaît ou mésestime une réalité humaine discriminée dont pâtissent de trop nombreuses personnes en situation de dépendance physique et/ou intellectuelle.

Car l’APPAS, c’est aussi un engagement politique, qui a vocation de faire entendre la voix et les attentes des quelque 580 personnes handicapées qui nous ont sollicités à ce jour pour leur permettre de pouvoir enfin explorer leur sensualité et/ou leur sexualité. Parce que nous sommes convaincus qu’une cohabitation intelligente doit être possible entre des gens ayant des opinions divergentes. À quand l’éveil, la prise de conscience, de nos parlementaires à cette action prépondérante dans une société qui se dit ouverte, garante de liberté individuelle et inflexible sur les droits de l’Homme ?

Notre futur président se penchera-t-il sur notre projet de loi ? Nous le saurons bientôt.

 

Le bonheur, le bien-être et la reconnaissance de toutes ces personnes ne valent-ils pas de prendre certains « risques » ? Si, bien sûr.

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