Tourner la page

100_3079-300x225.jpg

Après neuf ans d'engagements associatifs intensifs, passionnants, frustrants, enrichissants et très fructueux, je viens de prendre la décision de démissionner de tous mes postes de responsabilité, à la CHA [Coordination Handicaps et Autonomie], au CHS [Collectif Handicaps et Sexualités] et à CH(S)OSE.

J'avais fondé la première en 2002. J'avais provoqué la fondation du second en 2007. Et j'ai participé à la création de la troisième en 2011.

Pourtant, je viens de tourner une page importante de ma vie. Par choix (longuement mûri). Par besoin (de plus en plus impérieux).

Aujourd'hui, après avoir beaucoup donné, après avoir donné ce que j'avais à donner et que je pouvais donner, j'ai besoin de penser à moi, d'aller vers d'autres projets et d'autres expériences, de tous ordres, notamment professionnels.

J'ai perdu ces derniers mois le plaisir, l'envie, l'émulation, l'excitation, l'intérêt et l'énergie que j'avais mis dans mes engagements associatifs durant toutes ces années. Comme si j'en avais fait le tour. Et je ne suis pas du genre à m'accrocher et à m'attarder lorsque le cœur n'y est plus. Lorsque je sens que c'est fini, en moi (on me reproche parfois d'être entier, trop entier ; mais l'est-on jamais assez ?).

J'ai besoin d'aller de l'avant, d'être toujours dans le mouvement et d'emprunter d'autres directions, d'autres horizons, pour continuer à apprendre et à me remettre en question.

J'ai dorénavant envie de m'investir encore davantage dans mes activités de consultant, de formateur et d'écrivain, d'initier et/ou de m'associer à de nouveaux projets professionnels et/ou artistiques qui soient en accord avec moi-même.

Or, mes engagements associatifs ne sont pas en accord avec moi-même, avec ma philosophie, mon éthique et mon tempérament. Avant, je trouvais des raisons de m'en accommoder. Je n'en trouve plus depuis un moment, mais j'ai résisté. Par fidélité et parce que je n'étais pas encore tout à fait clair avec moi-même.

Aujourd'hui, j'ai envie de me consacrer encore plus à l'écriture et à la création. Au plaisir, dans tous les sens du terme. Celui dont je me suis privé, que je me suis trop longtemps interdit, pour des tas de raisons.

Je suis et je resterai un électron libre. C'est irrémédiable. C'est incurable. Et j'en suis bien content. Je ne cherche pas (plus) à être compris, juste à être respecté. Et je le suis.

Dans la vie, il faut savoir s'écouter, et entendre ses propres limites pour ne pas se perdre. Il est temps pour moi de le faire. Pour me trouver, vraiment me trouver.

J'ai besoin maintenant de prendre du plaisir à ce que je fais, à qui je suis et à ce que je veux. J'ai besoin de légèreté, de réactivité et d'efficacité.

Pour moi, le milieu associatif est tout le contraire. Ce ne sont que des administrations caritatives. Des bulldozers qui manquent sacrément de réactivité, d'audace et de liberté ─ souvent, le temps d'avoir l'accord de tout le monde, beaucoup de trains ont passé. Ce sont des mammouths qui manquent terriblement de culture politique à mon sens, comme je l'ai déjà écrit et dit ─ cf. Démagogies associatives, un éditorial du mois de décembre 2010 qui a fait beaucoup de vagues à l'époque.

La politique est un jeu d'échec pas un jeu de dames. Il ne s'agit pas de prendre mais d'avoir une stratégie adaptée à la conquête de « l'adversaire », pour le mettre mat ou pat. À mes yeux, la plupart des associations n'ont pas cette approche stratégique. Mais qu'importe, je n'ai pas envie de me répéter et de théoriser ici.

De plus, tant que la participation ne sera pas une réalité ─ c'est-à-dire tant que les petites associations, telles que la CHA, n'auront pas les moyens financiers de leurs engagements sur le terrain (un droit que les grosses associations ne sont pas du tout pressées de défendre) ─, les dés seront pipés. Malheureusement, de ce fait, elles risquent de disparaître à tout moment, ces petites associations, quelles que soient leurs compétences et leur efficacité. En quoi, je ne peux que respecter les personnes qui s'investissent avec pugnacité et conviction dans un tel engagement. Je pense particulièrement à Jean-Pierre, Jean-Luc, Mathilde, Mireille et Vincent…

Moi, je ne le peux plus, je ne le veux plus. Je laisse la place à du sang neuf, à une énergie et des idées nouvelles. J'arrête après avoir démontré qu'on peut faire de la revendication et de l'engagement associatif autrement, et autrement mieux, et autrement efficace… À condition d'en avoir les moyens…

Quoi qu'il en soit, si je cesse d'assumer des responsabilités associatives, je continuerai à rester adhérent de ces associations que j'ai voulues et soutenues durant toutes ces années. Je ne renie pas mon passé, je vais vers mon avenir.

C'est Roselyne et tous les autres, de tous bords, qui vont être contents d'être enfin débarrassés d'une épine dans leur pied bot politico-machin chose. En quoi ils auraient tort. Car je suis beaucoup plus libre aujourd'hui que je ne l'étais jusqu'à présent du fait d'une certaine retenue, d'un « certain » devoir moral que m'imposaient mes engagements. Et je n'ai toujours rien à perdre…

En outre, dans le droit fil de cette même démarche, j'ai décidé de ne plus accepter d'interventions qui se résument à une dizaine de minutes, même très bien payées. Je n'ai plus envie de faire 500 km pour participer à une table ronde qui ne fait que diluer et/ou rabâcher des thèmes. Je préfère le travail en profondeur et dans la durée. Je n'ai plus envie ni besoin de faire acte de présence pour être reconnu ou pour exister.

Je suis reconnu maintenant.

L'argent n'est tout pour moi. Ma liberté et mon bien-être ont aussi un prix. Ai-je enfin compris ou, plus exactement, admis après beaucoup d'errements et de doutes, d'interrogations et de recherches intérieures.

Cherchez la femme…

Il me reste désormais à vivre et à vibrer pleinement. Et je suis bien décidé à le faire.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.