Clap suite et fin

Toute histoire a une fin… Et bonjour à l'histoire qui va s'écrire maintenant…

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Puis-je avouer ma stupéfaction voire ma sidération ?

Il faut que j’annonce que je tire ma révérence au militantisme et aux engagements associatifs pour crouler sous près de 300 likes, une centaine de commentaires et presque autant de partage – du jamais vu –, quand mes appels à soutenir l’APPAS, juste en y adhérant, laissaient quasiment de marbre ! Pourquoi ?

Que la poésie suscite un intérêt relatif, je peux comprendre, mais… pourquoi faut-il se tirer pour susciter un tel engouement ?

S’il faut systématiquement « mourir » à quelque chose, ou mourir tout court, pour recevoir une pléthore de remerciements (y compris pour mon honnêteté, laissant supposer que c’est une denrée qui ne va pas de soi, ce qui est triste, je trouve), d’encouragements, d’affection et de reconnaissance, que faut-il faire pour amener à une prise de conscience et à un éveil citoyen, une responsabilisation et une adhésion, un ralliement ? On n’adhère pas par plaisir mais par conviction.

 

Ceci dit, bien sûr, je suis très touché par toutes les réactions induites par mon texte, touché par les retours emplis de chaleur, de reconnaissance et d’admiration.

Mais que l’on se rassure, si l’on s’inquiète pour mon avenir, je ne me suis jamais senti indispensable. Nécessaire, comme tout un chacun, pas indispensable. Personne n’est indispensable, quoi qu’en pensent des egos surdimensionnés. Si demain je décède, il faudra bien se passer de ma personne, continuer à tracer le chemin sans moi, différemment ou mieux peut-être que moi, voire en s’inspirant de moi.

Je suis un défricheur, un éclaireur, pas un bâtisseur, un hurdler (pour être à la mode) pas un coureur de fond. Et lorsque j’ai atteint mes limites et que je n’éprouve plus de plaisir, je préfère me retirer plutôt que de rester à contrecœur, même dans un boulot rémunéré. Je m’en fous du pouvoir, pas du bonheur. Et puis j’ai des valeurs, une éthique, pour lesquelles je ne vendrai pas mon âme. Or, je les ai perdues à l’APPAS. Je suis génétiquement solitaire tout en étant solidaire, j’ai besoin d’avoir les coudées franches pour être au maximum de mes capacités et de mon efficacité.

 

J’ai ouvert la voie, montré que tout est possible… à condition d’oser et de prendre des risques (calculés).

Aux personnes concernées désormais, celles pour qui l’APPAS a été créées, de mouiller leur chemise, de s’investir afin de défendre leur liberté sexuelle et de bénéficier d’un accompagnement sexuel. Mieux même, d’obtenir un jour une reconnaissance officielle de ce type d’accompagnement prostitutionnelle spécifique.

 

À l’avenir, combien vont adhérer à l’APPAS, s’engager et apporter leurs compétences à l’association pour qu’elle perdure et continue à grandir ? L’avenir dira si vous tenez vraiment à l’accompagnement sexuel ou si c’était un caprice ou une passade d’assistés. Ce qui est certain, c’est que c’est à vous de défendre vos droits et votre liberté pour être considérés, inclus et reconnus citoyens à part entière, certes avec le soutien de « valides » mais pas l’inverse.

Ça fait très longtemps que je ne suis plus handicapé, à vous maintenant d’essayer de saisir la vie et l’autonomie.

« Oui, mais… », « Marcel ci, Marcel ça », Marcel l’irréductible, le courageux, etc. Marcel aussi n’en menait pas toujours large, Marcel aussi a dû se faire violence parfois. Marcel aussi a douté. Mais mon refus de l’injustice, ma conscience que l’on ne peut pas avoir le beurre, l’argent du beurre et le sourire de l’État, le refus de ma situation, du fatalisme, mon sens de la dignité et ma volonté à être autonome malgré tout, ont toujours été les plus forts.

Personne ne m’aurait donné mon autonomie, au contraire. Je l’ai conquise sans relâche.

 

C’est un peu facile de se planquer derrière le « Marcel Nuss » et ses présumées « capacités exceptionnelles » pour… ne rien faire. Je ne suis pas une marque déposée. J’ai démontré qu’impossible n’existe pas, tout est possible quand on le veut, quand on y croit, quand on ose – et que l’on reste dans le champ du réalisme, souvent plus important que ce que l’on s’imagine. Tout est possible, à condition d’en avoir la volonté, la patience et… un minimum de culture afin de pouvoir argumenter et revendiquer efficacement ses droits. Évidemment, ça demande peut-être de fournir des efforts, de se faire violence, de prendre des risques, mais le jeu en vaut la chandelle, croyez-moi.

Ma culture n’est pas tombée du ciel, je l’ai cherchée durant des années, en dévorant des dizaines, des centaines de livres (avec un simple certificat d’études dans les bagages). À votre tour de vous extraire de votre petit confort d’assisté.e, que vous soyez dans la catégorie « valide » ou « handicapé.e ». Êtes-vous prêt.e.s à vous en donner les moyens ? Voulez-vous vraiment devenir autonome et pouvoir avoir accès librement à votre sexualité, bénéficier de vos libertés et de vos droits ? Prouvez-le à vous-même.

Je sais, je suis affreusement pragmatique et réaliste mais j’ai appris que les paroles s’envolent et les actes restent. Et qu’un non-choix est un choix. Ne l’oubliez jamais.

 

Ayez confiance en vous, en vos capacités, personne n’aura confiance à votre place. La vie appartient à celles et ceux qui ont la foi (au sens profond du terme, pas religieux).

 

Ma vie entière n’a été que quête de justice, d’égalité autant que possible (je ne crois pas à l’égalité absolue), afin d’éveiller des petites flammes, de l’espoir et de l’amour. Prétentieux ? Peut-être.

Quitter l’association, ce n’est pas un déchirement pour moi, si elle devait péricliter, à l’instar du tant d’autres, ce n’est pas moi qui y perdrais, ce sont les centaines d’entre vous qui souffrent de misère affective et sexuelle et profitent des services de l’association.

Depuis 2018, j’ai annoncé que je quitterai l’APPAS si une prise de conscience du CA et des demandeurs d’accompagnement sexuel ne se faisait pas, parce que le dilettantisme des uns et l’égoïsme des autres me déprimaient et m’épuisaient nerveusement et moralement.

L’usure, la maladie, une prise de conscience salvatrice et le ras-le-bol des handicapés (à ne pas confondre avec les personnes handicapées), a finalement fini par me convaincre de l’urgence d’arrêter si je voulais me préserver.

 

Ma vie continue avec d’autres projets, des tas d’envies, des vidéoconférences et du coaching individuel peut-être, l’écriture et l’amour par-dessus tout.

Ma vie va prendre un virage tout aussi passionnant que ceux que j’ai pris jusqu’à présent. Ce n’est pas très difficile, car la vie me passionne passionnément. C’est peut-être ça le moteur d’une vie ?

 

Je souhaite du fond du cœur à l’APPAS de prendre un nouveau virage, de rebondir à son tour. Je m’éloigne, je prends du recul, je ne claque pas la porte (je suis quelqu’un de fidèle), et j’aurais sûrement l’occasion, professionnellement, de partager encore de temps en temps mon expérience, mais à mes conditions.

 

À suivre…


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