Lettre ouverte aux anti-masques

Au nom du principe de précaution et de la solidarité, comment ne pas s'interroger sur ses choix lorsqu'ils peuvent devenir liberticides au nom de la liberté ?

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Lettre ouverte aux anti-masques


C’est quoi la solidarité ? Et la tolérance ? Et la liberté ? J’ai ma réponse, elle est dans les dictionnaires.


Cependant, depuis quelque temps, je vois circuler des posts et des vidéos sur les réseaux sociaux appelant à ne pas mettre le masque. Arguant de façon péremptoire et dogmatique que c’est une atteinte à la liberté, un complot de l’État et/ou des lobbys pharmaceutiques et, de surcroît, l’on ne peut pas respirer avec un masque. En concluant que celles et ceux qui respectant les consignes de sécurité sont des moutons stupides.

Ce qui signifie que je fais donc partie desdits moutons stupides.


Pourtant, je n’aime pas mettre le masque, c’est inconfortable, il étouffe ma voix naturellement faible. Néanmoins, je le mets parce que je sais d’expérience quelles sortes de souffrances pourraient m’attendre ainsi que mes concitoyens contaminés. Des souffrances que je préfère m’éviter autant que possible, et que je ne souhaite à personne de connaître, pour les avoir côtoyées et endurées à plusieurs reprises. Des difficultés respiratoires face auxquelles le port du masque est une contrainte dérisoire, croyez-moi ! Sans compter le genre de mort qui fauchera les plus fragiles.

Je le mets parce que je ne pense pas que les trois quarts des médecins, scientifiques et chercheurs soient des crétins endoctrinés aux ordres. Ni que les 14 millions de personnes contaminées depuis le début de la pandémie soient une vue de l’esprit, pas plus que la deuxième vague actuelle.

Je le mets parce que j’aime trop la vie et mon prochain pour jouer à la roulette russe avec la santé de qui que ce soit.


Que je risque ma vie, c’est mon droit. Mais, dès lors que je suis en société, j’estime que ma « liberté s’arrête là où commence celle des autres », comme disait Jean-Jacques Rousseau. Chez moi, dans mon intimité, si je suis seul, je fais ce que bon me semble. En revanche, en présence d’une autre personne, je m’adapte, je négocie, je fais des concessions, je n’impose rien, par civisme, respect, solidarité, fraternité.


Or, les anti-masques clament qu’ils ou elles refusent de le mettre au motif que c’est une entrave à leur liberté.

Mais de quelle liberté parle-t-on au juste ? C’est quoi la liberté en vérité pour chacun ?

Si un masque est une entrave à la liberté, une contrainte sociale inadmissible, que dire par exemple de la vie en prison ? Nelson Mandela à cet égard a démontré la grande capacité de l’être humain à être libre en toutes circonstances. Et que dire de la liberté des personnes « enfermées » dans leur corps du fait d’un handicap rédhibitoire entraînant une dépendance physique totale ? La liberté est un état d’esprit que rien ne peut empêcher d’éclore et de s’épanouir, a fortiori un masque, me semble-t-il.


Certes, je rencontre des contraintes, beaucoup de contraintes, d’astreintes, de limitations, de freins dans ma mobilité, donc ma liberté de mouvement, je ne peux rien faire sans la présence et l’aide permanentes de tiers. Indéniablement, c’est un frein à… certaines libertés. Pour autant, ce n’est pas une atteinte à MA liberté. Pour la simple raison que la liberté, la vraie, ne réside pas dans le faire ou le pas faire, la vraie liberté s’incarne dans l’être. Elle se développe et se déploie dans la tête et dans le cœur, pas dans le corps, pas dans une capacité d’ordre physique ou matériel.

Porter un masque m’est inconfortable, voire gênant, mais ça ne réfrène en rien ma liberté de penser, d’agir et d’interagir avec les autres. Par contre, je suis devant la nécessité de choisir entre égotisme et empathie, « moi-je » et « nous », l’indifférence ou le respect de la liberté d’autrui. Cependant, si je veux être respecté dans mes choix de vie, il me semble personnellement logique d’en faire autant pour mes compatriotes, avec ce que cela implique possiblement d’adaptation et parfois d’inconforts ou peut-être de frustrations.

Je suis solidaire parce qu’il n’y a pas de société et encore moins de communauté vivable sans solidarité et éthique commune.


Boris Johnson et Jair Bolsonaro ont non seulement refusé de mettre le masque mais l’ont dénigré publiquement. On sait ce qu’il en est advenu. Ils ont été bien heureux d’être pris en charge par des personnels soignants dévoués et compétents, pendant que des milliers de compatriotes anglais et brésiliens parmi les plus précaires n’ont pas pu bénéficier des mêmes conditions d’hospitalisation et de soins n’étant pas ou mal assurés ou trop isolés. Résultat : proportionnellement, l’Angleterre et le Brésil font partie, avec les États-Unis de Donald Trump, autre vilipendeur du Covid, des pays les plus contaminés au monde. Un hasard ?


Face au Covid-19, je n’ai pas de réponse toute faite mais j’ai des doutes. Et dans le doute, j’applique le principe de précaution.

Personnellement, en mon âme et conscience, je mets le masque et je le mettrai aussi longtemps que ce sera nécessaire. Par amour, juste par amour de la vie et des autres, je m’accommoderai de ce désagrément car j’assume ma part de responsabilité à leur égard.

 

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