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Billet de blog 24 sept. 2017

Handicap et assistanat

Les effets papillon de l'assistanat ne sont pas sans conséquences, malgré ce qu'en pensent les assistés, consciemment ou inconsciemment…

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Copé et les 11 millions

En France, on se targue de défendre le droit à l’autonomie des personnes en situation de handicap, et de les accompagner dans ce sens, habité par le souffle de cet « eldorado » qu’est censée représenter leur autonomisation ; surtout depuis la loi du 11 février 2005 que, par parenthèse, les successeurs de Jacques Chirac se sont empressés méticuleusement de vider de sa substantifique moelle, sous prétexte de crise économique et autres fadaises libéralo-économiques.

Néanmoins, entre le dire et le faire, il y a parfois (souvent) deux mondes qui se fantasment et se rejoignent trop rarement dès qu’il s’agit d(e s)’autonomiser, car il y a loin de la coupe aux lèvres, côté politique, administratif, associatif et médicosocial. Il y a le discours et la réalité du discours, en d’autres termes l’akrasie si présente chez tout cet aréopage de décideurs, de professionnels, de parents et de personnes « handicapées » qui se voile la face, ou pas, derrière des rideaux de mots et de maux.

Du reste, le militant que je suis est, très régulièrement, amené à se demander si, tout compte fait, ce n’est pas une folie de s’échiner à plaider en faveur de la reconnaissance de l’accompagnement sexuel, alors que si peu de personnes en situation de handicap voient l’intérêt de faire davantage que de revendiquer, parfois avec véhémence, leur prétendu dû en matière d’expériences érotico-sexuelles ?

Pourquoi cette interrogation, me direz-vous ?

En fait, depuis mars 2015, l’APPAS a réceptionné plus de 800 demandesd’accompagnement sexuel, plus de 800 ! Et elle a permis la concrétisation de près de 250 de ces accompagnements. Bien sûr, elle aurait préféré pouvoir contenter tout le monde, satisfaire toutes les demandes – hormis celles qui ne répondent pas aux critères d’éligibilité, évidemment. Ainsi, très récemment l’association a reçu la demande d’un veuf de fraîche date au motif qu’il est seul et a besoin de réconfort sexuel, ce qui est légitime et compréhensible en soi mais ne représente pas une dépendance physique (le veuvage n’empêche personne de se masturber ou de recourir à la prostitution). Il n’y a cependant pas assez d’accompagnant(e)s sexuel(le)s actuellement afin de donner suite à toutes ces demandes qui, de surcroît, proviennent quelquefois d’endroits reculés de la France profonde, donc très mal desservis, y compris en voiture.

Et, afin d’assumer toutes ses charges et de soutenir ses engagements, l’APPAS propose une adhésion de 10 € pour les personnes « handicapées » ou au RSA. Juste 10 € – 25 pour les autres. C’est quoi 10 € par an, même avec 810 € d’AAH par mois ? Tandis que pour l’APPAS, 10 € multipliés par 800 demandeurs (dont moins de 6 % de demandeuses), cela ferait 8000 € d’adhésions annuelles – sans compte les autres adhésions –, en somme une véritable manne pour une association qui n’a aucune aide, aucune subvention, fonctionnant bon an mal an avec environ 2000 € sur son compte bancaire. Toutefois, dans ces 2000 €, combien proviennent de l’adhésion de personnes « handicapées » ? Une cinquantaine ? Au grand maximum. Ce qui signifie que seuls près de 5 % des demandeurs contribuent réellement au fonctionnement de l’association qui leur permet de bénéficier d’une expérience inespérée, il y a encore deux ans.

Un constat qui ne peut que laisser dubitatif. Et amène à s’interroger sur ce comportement quelque peu irresponsable et suicidaire étant donné que, si l’APPAS cesse son activité, il n’y aura plus d’alternative, exception faite pour les personnes résidant à proximité de la Suisse ou de la Belgique, peut-être de l’Espagne. Parce qu’il y a très peu de chances que d’autres associations prennent les mêmes risques de se mettre en infraction avec la loi sur le proxénétisme, aussi minime soit ce risque, sinon elles l’auraient déjà fait…

Pourtant, le principe de réalité nous apprend que, en matière d’engagement associatif entre autres, l’argent est le nerf de la guerre.

Mais, lorsque l’adhésion n’est pas obligatoire, comme c’est le cas à l’APPAS, car nous préférons tabler sur la responsabilisation, il y a un fort risque de carence en matière de solidarité et d’investissement – même très minime –, puisqu’on part du principe que l’accompagnement sexuel est un dû.

En somme, la cause en faveur de l’accompagnement sexuel met en lumière une réalité désolante et implacable : dans le milieu du handicap, on n’est pas encore sortis de la culture de l’assistanat, cette culture qui infantilise et déresponsabilise celles et ceux qui en sont imprégnés, dès la naissance en général. C’est encore le chacun pour soi qui prévaut bien souvent, le « moi, j’ai le droit », « moi, je veux », où on omet qu’on a également à tenir compte de devoirs, de règles et d’un rapport à soi qui passe par le rapport au tout, aux autres.

C’est d’autant plus problématique que, depuis quelques années, le « fléau » de l’assistanat est récupéré par une certaine droite et, dans une mesure moindre, une certaine gauche. Non sous l’angle de la dépendance physique, mentale ou psychique, voire morale, à autrui et/ou à la société, qui est majoritaire, mais de cet assistanat qui est accusé de profiter ignominieusement des deniers publics, d’une soi-disant générosité étatique qui serait prétendument détournée frauduleusement par des « fainéants », ce uniquement dans le but de faire des économies sur le dos des plus pauvres, des plus démunis et des plus fragiles. Cette politique pourrait être gravement préjudiciable à tout le monde, quoiqu’ils en pensent, ces politiciens.

Quoi qu’il en soit, l’assistanat rend généralement aveugle et sourd à l’approche globale d’une situation.

Et ce constat ne peut que conforter l’APPAS dans son choix de tarifer les prestations d’accompagnement sensuel et/ou sexuel, assumant pleinement d’être de ce fait en infraction avec la loi sur le proxénétisme. Car ce n’est pas un dû, et ça ne doit pas le devenir, dès lors que l’abstinence et les frustrations sexuelles ne sont pas une maladie et ne mettent aucunement la vie d’une personne en danger, qu’elle ait ou non un handicap. L’accompagnement sexuel doit découler d’un choix responsable qui s’appuie sur une liberté individuelle respectable, celle, pour tout être humain, de vivre sa sexualité à sa guise.

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