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Billet de blog 25 juillet 2015

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CinémaS

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Je voulais me poser, prendre du recul le temps d’un été. Tu parles, promesse d’ivrogne, des paroles de vieux scribouillard invétéré et interpellé pour un rien. Et puis, j’ai lu tellement d’étonnement et de regrets dans certains messages que…

Par conséquent, j’y retourne parce que, à force d’observer nos sociétés, particulièrement la nôtre, et avec les récents et horripilants événements qui se sont déroulés sur la scène sociale autant que politique, et culturel – ne jamais oublier la culture –, c’était difficile d’attendre la rentrée.

En effet, une évidence me saute de plus en plus aux yeux, et m’exaspère parfois, comme vous allez le voir dans la suite : tant de choses, me semble-t-il, ne sont que « cinéma » autour de nous – et peut-être en nous, par capillarité ou par atavisme culturel –, à tous points de vue et dans tous les sens du terme. Ce qui n’est pas nécessairement réjouissant et glorieux. Car ce qui me frappe – sans trop de dommage, rassurez-vous –, c’est que, à bien y regarder, les scènes s’enchaînent, s’imbriquent ou se télescopent, à l’instar d’un vaudeville, tantôt dérisoire, tantôt grotesque, tantôt révoltant, tantôt amusant, tantôt encourageant, tantôt désespérant ?

14 juillet, il est un peu plus de vingt-deux heures, je sors du cinéma. Je viens de voir un feu d’artifice de niaiserie ennuyeuse : Magic Mike XXL le retour, si j’ose dire. Car ce second volet, au contraire du premier qui fut vraiment très réussi, on peut aisément s’en passer, à moins d’être passablementémoustillé par les spectacles ad nauseam de strip-teases masculins ; apparemment, les américaines adorent ça ; au point d’être hystériques comme dans le film ? Le machisme a encore de beaux jours devant lui, me suis-je dit devant certaines scènes. Me demandant s’il n’y en a pas toujours autant sur cette terre parce qu’il y a toujours autant de femmes qui l’entretiennent, consciemment ou non ? Et la floraison de courants féministes ne changent rien ou pas grand-chose à l’affaire, surtout pas les plus intégristes. Du reste, je me demande comment elles se comportent dans leur foyer, les plus « radicales » d’entre elles, celles qui s’attaquent notamment à une certaine liberté sexuelle sous prétexte d’éradiquer la prostitution ? Ceci dit, à mes yeux, rien n’est plus pitoyable et désolant qu’un macho ici-bas, un mec qui roule des mécaniques et pense avec le bas de son corps – pour être poli –, une grande gueule souvent hypocondriaque et pas mal angoissée. On se joue le film qu’on peut. Toutefois, la souplesse de Channing Tatum est digne d’éloges, c’est incontestablement un très bon danseur. Et après ? Ce film, assemblage de scènes bourrées de clichés, est vain, futile et mièvre – Andie McDowell est même grotesque et caricaturale. De surcroît, contrairement aux strip-teaseuses qui se mettent entièrement nues, ces messieurs gardent leur string… Même en vrai. Tu parles d’un strip-tease. Vous avez dit égalité des sexes ?

Et qu’on ne vienne pas me dire que je suis jaloux parce les acteurs sont charpentés tel le Hercule bodybuildé de Michel-Ange. Bien sûr, je ne souffre pas la comparaison pour qui me connaît. Quoique, si on prend le temps de faire un effort d’imagination et d’investigation intra-corporelle…

De toute façon, à ce train-là, si je regarde au hasard autour de moi et en toute impartialité – je ne permets pas qu’on en doute –, François Hollande non plus ne souffre pas la comparaison. L’« audacieux », comme il se présente désormais lui-même, depuis ce 14-juillet 2015, avec cette modestie qui le caractérise si bien et son sens consommé et assumé du ridicule, a fait un feu d’artifice de mensonges et d’autosatisfaction devant ses journalistes passe-plats du jour : Claire Chazal et David Pujadas. Il s’auto-congratule très chaleureusement d’avoir mis Tsipras, donc la Grèce, donc les Grecs au bord du gouffre, à genoux, d’avoir participé à leur humiliation et à leur colonisation en règle, en faisant le passe-plats d’Angela Merkel et de son doberman en… fauteuil roulant, Wolfgang Schaüble (décidément, les « handicapés » ne sont plus ce qu’ils étaient ; ils étaient quoi au fait ? Des emmerdeurs, voyons, des gens normaux en somme, C.Q.F.D.). Quelle grandeur y a-t-il à détruire la démocratie et à humilier un peuple, à le suffoquer méticuleusement et avec un cynisme roublard ? Quoi qu’il en soit, à partir de maintenant, on sait sans conteste que la France et toutes les nations qui composent l’Union européenne ne sont que des satellites de l’Allemagne et la Grèce une sorte de protectorat spolié. Les Allemands ont perdu deux guerres, ils sont en train de gagner la troisième, celle de la toute-puissance du fric, ce fric aussi austéritaire qu’une pierre tombale. Celle qui va nous faire imploser ? Et ça ne dérange presque personne. Cinéma catastrophe en vue ?

En attendant, il me semble que, en apparence s’entend, je supporte la comparaison avec l’« audacieux ». Non ? Si ce n’est qu’il a un scooter et que j’ai un fauteuil roulant – électrique, je précise –, et que son deux-roues vaut, à la louche, entre 2000 et 5000 €, alors que mon quatre-roues en vaut 28 000 (!) ; il n’y a donc pas photo, tout président qu’il est. De plus, lui, il se planque sous un casque alors que j’avance à visage découvert. De plus, avec ses handicaps cognitifs et sensoriels, avouez qu’il n’est pas vraiment aidé. Aveugle, sourd et dans l’incapacité de s’autodéterminer, de s’affirmer sans ambages, de regarder l’implacable vérité géopolitique et économique en face, préférant obstinément se compromettre dans des compromis compromettants pour son ego, son avenir et celui de la France. À vrai dire, il y a des jours où je me sens privilégié en comparaison, ce qui n’est pas peu dire. Ça montre combien l’État français est tombé bas en ce début de XXIème siècle – c’en est vertigineux. On tue politiquement et socialement un peuple – il y en aura d’autres qui vont suivre à n’en pas douter – et ça en fait à peine frémir quelques-uns dans cette culture du chacun pour soi et de l’État pour tous ; idem pour notre tissu social, nos libertés et notre Constitution. Mais de quel État s’agit-il ? Financier, bien sûr. L’État politique n’est plus qu’un vague souvenir, une antiquité qui remonte à une Athènes antédiluvienne, les technocrates l’ont phagocyté sans vergogne et en ont fait un protectorat. Et pourquoi se seraient-ils gênés puisqu’on les laisse faire en se voilant la face derrière des envolées lyriques aussi creuses que la vacuité intellectuelle de nos dirigeants européens ? C’est ce qu’on appelle la politique du pétard mouillé, à défaut de feu d’artifice démocratique. Le tout dans des mises en scène qui ne trompe que ceux qui ont envie d’être trompés.

Mais revenons au feu d’artifice du début. Ayant « admiré » les biscottos « érotiques » jusqu’au bout, je me suis retrouvé bloquer sur la place du cinéma because réjouissances du 14-juillet. Des flics partout afin de verrouiller le secteur, une place et ses environs bondés, une marée humaine polyglotte en cette période estivale. Bon, me dis-je, autant en profiter pour vérifier si mon avis concernant les explosions célestes multicolores a évolué. Premier constat rapide : ça me laisse toujours aussi indifférent et j’ai toujours cette impression de fric qui part en fumée, de futilité coûteuse pendant que la misère ne cesse de croître. Ce n’est pas moi, cette gabegie. Pour autant, je ne me dédouane pas. Je ne me sens pas meilleur que mon prochain, je refuse juste de me voiler la face, d’être hypocrite. Particulièrement dans une société tellement inégalitaire et peu empathique, de moins en moins préoccupée par le sort du prochain, du plus démuni, du plus fragile, du plus nécessiteux. Lorsque la solidarité fait pschitt, les feux d’artifice font plouf. Et quand, de surcroît, je me retrouve coincer dans des bouchons, perdu dans des rues inconnues avant de rattraper la sortie, en mettant plus d’une heure pour un trajet qui est parcouru en une vingtaine de minutes en temps normal, et manger à minuit, le feu d’artifice et les strip-teaseurs sont un tantinet indigestes. Le gag, c’est que, soudain, sur la voûte étoilée de la nuit, les explosions ont dessiné l’esquisse souriante d’un visage poupin… « Pas lui, non pas lui, me suis-je écrié intérieurement (ou aurais-je pu m’écrier, allez savoir, au cœur de tant d’artifices délétères) », avant de le voir disparaître en fumée, comme toujours avec lui. En attendant, je suis très triste pour les Grecs et je me demande comment ça va finir. Le pire n’est jamais loin, paraît-il. Le fossé entre les inégalités est vertigineux aujourd’hui et à peine voilé par le cinéma socio-politique qui nous entraîne aveuglément vers le fond à partir de 1983 – depuis la fin de l’état de grâce socialiste, si je ne m’abuse. Je suis triste pour les pauvres, les miséreux de plus en plus nombreux. Un nouveau 1789 se prépare-t-il contre l’aristocratie néolibérale ? Que devient l’empathie dans ce monde en capilotade ? Certes, un feu d’artifice peut être beau, féerique, impressionnant, mais à combien sont-ils revenus ce 14-juillet ? Un million ? Davantage ? Combien de repas cela représente-t-il ? De relogements ? D’aucuns diront que je suis simpliste. Mais je préfère être simpliste, anarchiste donc, plutôt que complice, indifférent et silencieux, face à trop d’injustice sociale et de déconstruction de la démocratie. Je préfère être libéré que libéral. Si la Grèce devient un protectorat de l’Union européenne, cette dernière ressemble de plus en plus à une colonie américaine. Évidemment, si demain il y a un soulèvement en faveur de nos valeurs démocratiques et humanistes, j’en serai !

CinémaS cauchemardesques… J’ai mis du temps à m’endormir le 14 juillet 2015. Rassurez-vous, je sais pourquoi.

Mais au moins, je me suis réveillé sans gueule de bois. Pas comme ces personnes qui se font un film en s’imaginant être libres parce qu’elles s’alcoolisent, s’enfument et/ou se droguent à volonté. J’avais déjà évoqué, il y a quelque temps, ces gens qui détériorent lentement mais sûrement leur corps par leurs excès sourds à toute raison, sans le moindre respect pour celui-ci, par conséquent pour eux-mêmes et pour la vie qui leur a été donnée, dans le but (inconscient ?) de fuir quelque chose, quoi qu’ils en pensent ou en disent (on a les illusions ou les aveuglements qu’on peut ; même si ça énerve les vrais fuyards de se l’entendre dire). Si encore c’était par misère sociale et affective ou un choc émotionnel, du fait d’une vie de merde, mais ce n’est souvent pas le cas. C’est plus fréquemment par désœuvrement, angoisse existentielle, pour faire genre, « parce que j’en ai besoin pour le moment » – sans la moindre garantie qu’on pourra arrêter lorsqu’on en aura envie (même si, ici comme ailleurs, il y a des exceptions à la règle) ; c’est le risque avec toute addiction : elles sont fréquemment irréversibles et fatales (cf. Amy Winehouse, par exemple). Est-ce dans le but d’être dans l’air du temps ? Qu’importe, bien sûr, c’est leur vie, leur droit, leur bon-vouloir, leur dépendance, leur corps, leur santé, ils sont « libres » d’en faire ce qu’ils veulent, nous sommes en démocratie. Cependant, cela soulève une question, me semble-t-il : est-ce normal que la société assume les frais considérables que représentent les soins de ces personnes, le jour où le corps lâche ? Est-ce normal de prendre en charge ce type d’irresponsabilité ? De quelle solidarité parle-t-on ? Évidemment, que ces personnes ont cotisé un certain nombre d’années mais beaucoup d’entre elles coûteront bien plus chères que ce qu’elles auront cotisé. Peut-on s’autodétruire consciemment et, dans le même temps, trouver logique d’en faire porter tout le poids financier sur la société, pendant qu’à côté d’autres se démènent dans une misère, un dénuement et une précarité qu’ils n’ont souvent pas choisis ? Je n’ai pas de réponse. Je n’ai que des interrogations et une grande perplexité. D’autre part, peut-on être libre en étant addict, sous la dépendance de « psychotropes » plus ou moins anxiolytiques, car c’est de ça dont il s’agit en vérité ? Libre de les ingurgiter, indéniablement. Mais libre, au sens profond du terme, sûrement pas. Cette liberté-là est bien plus difficile et exigeante à atteindre. J’en sais quelque chose. Faire ce n’est pas être. Faire ce qu’on veut ce n’est pas être ce qu’on peut. Tout le monde peut s’adonner à l’alcool, la cigarette ou la et à l’autre cocaïne, du jour au lendemain, mais combien sont en capacité d’être ici et maintenant, d’être présent à soi, avec une conscience sereine de la vie et de la mort, loin de tout besoin frénétique de consommer ? Les vrais voyages sont intérieurs. Mais ce sont aussi les plus longs et les plus difficiles à faire. Comme du reste être en lien et relié au Tout, à cette dimension Cosmique et Spirituelle qui nous dépasse, dans un renoncement mûri et décidé sans regret. Être en soi sous un arbre ou en pleine nature, un jour rayonnant de lumière et de sérénité, et partir, se sentir soudain aspiré vers le haut avec une sensation de plénitude, d’éternité et de totalité indescriptible, quelle incroyable liberté ! De toute façon, quoi qu’il fasse, l’humain sera toujours frustré. Tout est donc une question de choix assumé. Négliger sa santé en est un. Sans conteste. Mais quel gâchis, non ? Quel film personnel désolant et pathétique, jusqu’au dérisoire quelquefois (cf encore Amy Winehouse, à qui Asif Kapadia a consacré un documentaire intitulé Amy, un chef-d’œuvre saisissant dont on revient profondément secoué). J’exagère ? En tout cas, il est clair que je n’ai pas le même sens de la vie, du respect et de l’amour de soi, et encore moins de la liberté que certains. Peut-être parce que je sais ce que souffrir et être prisonnier de son corps veut dire et, par corrélation, le prix à payer pour être vraiment libre.

En tout cas, bien plus qu’un François Brottes (désormais ex-député PS de l’Isère et ancien Président de la commission des affaires économiques à l’Assemblée nationale) qui se prépare une retraite dorée sans le moindre état d’âme ni déontologie, avec un tiroir-caisse à la place du lobe frontal. Pensez donc, quitter l’assemblée pour gagner 33 000 € par mois (plus du double du président de la République) et en plus chez un employeur qui est tout sauf désintéressé et neutre (EDF) puisqu’ils se fréquentent depuis pas mal de temps. Vous avez dit conflit d’intérêts et copinage plus que douteux ? Mais non voyons, tout le monde sait ou devrait savoir qu’un parlementaire, un élu du peuple, est la probité même et l’altruisme incarné. Toutefois, laissons à César ce qui lui appartient : le monsieur a quand même accordé à l’Association Pour la Promotion de l’Accompagnement Sexuel (APPAS pour les intimes, les accros aux acronymes et les paresseux) 5000 € de sa réserve parlementaire, ce qu’il faut lui laisser, d’autant qu’il fallait oser le faire vu l’illégalité – provisoire – d’un pan de l’accompagnement sexuel défendu par cette dernière. Pour autant, faut-il fermer les yeux sur la réalité, cette triste réalité mercantile qui nous rattrape à tout bout de champ ? Je dis non. Vous perdez beaucoup de panache dans cette affaire, Monsieur Brottes, mais pas de plumes, loin s’en faut. On ne peut pas tout avoir, n’est-ce pas.

Les éleveurs, les agriculteurs et les producteurs de lait en savent quelque chose. Cependant, s’ils ont raison d’être en colère et de manifester, ça sert à quoi par exemple de déverser 16 000 l de lait sans le moindre discernement puisque, ce 20 juillet, ils se sont écoulés dans la rivière du Durgeon, tuant par étouffement des centaines de poissons et d’écrevisses qui n’avaient rien fait à personne. Sans compter que ce lait aurait pu nourrir tellement de miséreux. Cette violence irréfléchie, stupide, me dépasse et me désole. Il y avait bien plus intelligent et plus efficace à faire afin de se faire entendre et comprendre par le peuple. De telles actions sont contre-productives. C’est du cinéma gore pour impulsifs écervelés. Que c’est dommage.

Face à tout ce cinéma indigent, courez voir Les bêtises de Rose Philippon, un petit bijou d’humour fin et malicieux, de fraîcheur et de tendresse, comme le cinéma français sait rarement en faire ; ces bêtises-là au moins sont drôles et revigorantes. Et, si vous préférez rester dans le glauque, je vous conseille La isla minima d’Alberto Rodriguez. Ça nous rappelle que, si la mode a bien changé – la reconstitution des années quatre-vingts est fascinante –, les mœurs et les pratiques n’ont guère évolué… C’est un très bon polar.

Action !

Petite révélation d’été : on n’écrit jamais par hasard. Derrière tout écrit, il faudrait arriver à lire entre les lignes. Ainsi, pour les lecteurs éventuels, si l’héroïne de Libertinage à Bel-Amour se nomme Héloïse B. Ryan, c’est en souvenir de la chanson éponyme de Barry Ryan qui m’a, alors que j’avais treize ans, beaucoup marquée. De là à penser qu’un livre n’est qu’une autre façon de se mettre en scène, de faire son cinéma…, il n’y a qu’un pas qu’il ne faut pas hésiter à franchir…

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