Emmanuel Macron affirme vouloir s’attaquer à la pauvreté, donc à l’exclusion. Or, non seulement, il ne sait pas ce qu’être pauvre et exclu signifie, et c’est compréhensible vu le milieu dont il vient. Mais, une fois n’est pas coutume, il essaie de faire prendre des vessies pour des lanternes à ces pauvres forcément incultes dans son esprit, dont il prétend tellement se soucier, ainsi que toute une caste politique derrière lui, composée essentiellement de nantis à son image.
En effet, comment peut-on affirmer que l’on veut s’attaquer à la pauvreté alors que, dans le même temps, on réduit les minima sociaux, parfois par des grossiers tours de bonneteau, comme c’est le cas pour l’allocation aux adultes handicapés (AAH), par exemple.
Pour Laurent Wauquiez « l’assistanat est un cancer » (2011), à l’instar de la droite dure et d’une gauche droitière portée par Manuel Valls, avant sa fuite en Espagne. Emmanuel Macron pense la même chose, avec ses mots bien à lui, préférant clamer : « Je ne céderai rien, ni aux fainéants, […] » ou « Il faut dans ce pays des jeunes qui ont envie de devenir milliardaires » ou « Le meilleur moyen de se payer un costard, c’est de travailler » ou « […] les gens qui ne sont rien » ou « On met un pognon de dingue dans les minima sociaux ». Ce n’est pas suffisamment clair pour donner une idée de ce qui nous attend avant la fin de son quinquennat ?
Le banquier « Jupiter » pense être plus subtil en faisant miroiter un revenu universel d’activité, sans trop insister sur le fait qu’il sera accordé sous condition de ressources et avec obligation de trouver un travail. Ce qui laisse déjà un certain nombre sur le carreau. En outre, il profite de mettre un maximum de minima sociaux dans le package pour… les réduire insidieusement. Ce qui n’était pas le cas de celui proposé par Benoît Hamon, lors des primaires de 2017, lequel n’était pas conditionné.
Le problème, c’est que Monsieur Macron, pas plus que la majorité des parlementaires et des hauts fonctionnaires, ne sait ce qu’est être pauvre, et ne semble pas pressé de le savoir. Si ça l’intéresse vraiment, ainsi que tous les parlementaires et pourfendeurs de la pauvreté, je leur conseille vivement de regarder cette émission suisse romande : Dans la tête d’un… pauvre.
Cette émission est une démonstration édifiante, passionnante et pleine d’enseignements pour… qui veut bien entendre. Car ce que l’on entend est valable pour toutes les formes de précarité, avec des nuances spécifiques en fonction de chacune d’entre elles, évidemment. Le stress, les sentiments d’humiliation et d’exclusion, la dépréciation, toutes choses qui paralysent intérieurement, sont tout aussi présents et viraux chez les chômeurs, que chez les personnes handicapées ou les émigrants, par exemple, c’est-à-dire les soi-disant « assistés ».
Ce n’est donc pas en les stigmatisant et en réduisant leurs maigres ressources que l’on sortira les gens de la précarité, bien au contraire. De là à penser que cela arrange les privilégiés de nos sociétés néolibérales de maintenir des inégalités sociales, il n’y a qu’un pas qui n’est pas difficile à franchir, d’autant que des articles, des ouvrages, des reportages, des alertes de spécialistes le démontrent, et nous en avons la preuve tous les jours, si nous savons lire entre les lignes, décrypter les mensonges dans les promesses et entendre les non-dits.
Des économistes, tel que Thomas Piketty, mondialement connu et reconnu, ne cessent de le constater et de le clamer : seul une réduction des inégalités, donc des écarts inhumains et indécents, je dirais même criminels, entre riches et pauvres, peut relancer l’économie, le plein-emploi – à condition d’être inventif et non obsédé par la rentabilité à tout prix. L’égalité, c’est du vent, la solidarité, c’est une muleta pour permettre au picador d’ajuster son cou avant la mise à mort ou au pas de la plèbe.
Mais comment faire comprendre cette nécessité de la justice sociale à des robots programmés par les milieux financiers ? Des calculettes sur pattes que la disparition de l’humanité et les injustices sociales ne dérangent absolument pas. Et pour cause : ça les enrichit, ça arrange donc leur portefeuille. En attendant, les extrémistes de tout bord se frottent les mains partout dans le monde de l’aubaine du pouvoir qui leur est offert par l’aveuglement des riches et de leurs laquais politiques : Italie, Hongrie, Turquie, Pologne, USA, une Amérique latine qui va voir le Brésil plonger dans une horreur sans nom, sans oublier les pays du golfe persique, etc., sont déjà sous le contrôle de ces extrêmes. À qui le tour ? Quand cessera-t-on de pousser les pauvres dans le désespoir, jusqu’à les acculer dans les bras des extrémistes ?
Par parenthèse, quelqu’un peut-il me dire quel est l’intérêt d’accumuler des millions et des milliards, alors que l’on est condamné à mourir tôt ou tard, au même titre que les plus pauvres de la Terre, et que personne n’emportera quoi que ce soit de matériel dans l’Au-Delà ? Que l’on souhaite avoir une certaine aisance, je le comprends très bien. En revanche, dormir sur des matelas de billets et de valeurs boursières juste pour le plaisir de thésauriser ou de spéculer, par soif de pouvoir et coucou, comme promis coucou cupidité, ça me dépasse.
« Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, cours-y vite. Le bonheur est dans le pré, cours-y vite, il va filer. Si tu veux le rattraper, cours-y vite… », écrivait Paul Fort dans Le Bonheur.
P.-S. : youpi ! Les personnes handicapées sous tutelle vont pouvoir voter et se marier à partir de 2020, a décidé Madame la secrétaire d’État Sophie Cluzel, surtout que ça ne coûte rien et que ça peut… rapporter. Mais seront-elles prévenues par l’édile qu’il en résultera une diminution ou une perte totale de l’AAH, car les revenus du conjoint ou de la conjointe seront encore plus lourdement qu’aujourd’hui pris en compte dans le calcul de leur AAH, puisque Tonton Macron a décidé de faire augmenter son barème ? Au fait, que pense la fille de Madame Cluzel des réductions futures de ces allocations grâce à sa mère ? Vive l’autonomie… assistée, sous tutelle ou pas. Une chose est sûre, Jupiter a le sens de la justice sociale et de l’égalité : tous les pauvres sont pressurés. Ainsi on ne pourra jamais lui reprocher de faire de la discrimination entre précaires. Quand je vous dis, qu’il n’y a pas que du mauvais chez ce monarque.
P.P.-S. : Vive la démocratie médiatique. Le Midi-Libre refuse l’article d’une correspondante locale qui proposait le portrait d’une jeune femme qui vient d’ouvrir un cabinet de médecine douce et de tarot divinatoire dans un petit village héraultais, au motif que les lecteurs ne sont pas ouverts à ce genre de pratique et risqueraient de les insulter. No comment. On marche de plus en plus sur la tête de par le monde.